Une récente enquête de Radio-Canada (septembre 2019) nous apprenait qu’un policier du Service de police de Saguenay (SPS) est soupçonné d’agression sexuelle contre une Haïtienne. Il n’a jamais fait face à des accusations criminelles ni à des procédures administratives par manque de preuve. (Radio-Canada, Pas de sanctions contre des policiers canadiens accusés d’inconduite sexuelle en Haïti)

Démêler les informations publiées depuis 2017

Rappelons qu’en mars 2017, un article du Quotidien nous révélait qu’un policier de Saguenay a été rapatrié d’urgence au pays. Selon les propos rapportés dans l’article, le policier aurait été victime d’un banal mal entendu : « il aurait remis de l’argent à une famille d’Haïti, mais un proche de celle-ci n’aurait pas apprécié le geste et aurait dénoncé le policier à un membre du gouvernement » (Le Quotidien, Un policier rapatrié d’urgence d’Haïti). Toutefois, un autre article affirme tant qu’à lui que l’agent aurait été rapatrié au pays « peu après avoir été dénoncé par des agents d’une force policière partenaire. »( La Presse, Haïti: un autre policier québécois fait l’objet d’allégations d’inconduites sexuelles). Est-ce que le policier de Saguenay aurait essayé d’acheter le silence de la famille de la victime et aurait été par la suite dénoncé aux autorités locales?   Ou encore, est-ce que dans un sursaut de remords, le policier a voulu laisser quelques grenailles en guise d’allocation à sa nouvelle progéniture? ( Radio-Canada, Pas de sanctions contre des policiers canadiens accusés d’inconduite sexuelle en Haïti). Chose certaine, la façon que les autorités policières ont traité ce dossier nous laisse présager bien plus qu’un mal entendu.

Qui nous protège de la police?

L’état-major de la SPS refusait en 2017 « de dévoiler l’identité du policier ou encore de préciser les raisons exactes de son rapatriement, précisant qu’il s’agit du dossier personnel d’un employé » (Radio-Canada, Un policier de Saguenay rapatrié d’Haïti).   Alors dans ces circonstances, pourquoi que le SPS en tant qu’organisation a été suspendu du programme de collaboration avec l’ONU par la Gendarmerie royale du Canada? Parce que le rapatriement du policier s’est réalisé dans un très grand empressement et ce avant même que les enquêteurs de l’ONU n’aient pu faire leur travail. Cette situation a mis à mal les relations entre l’organisation internationale et le Canada. (Radio-Canada, Pas de sanctions contre des policiers canadiens accusés d’inconduite sexuelle en Haïti)
Au moment où nous écrivons ces lignes, le policier est toujours employé par le corps de police, ce qui est loin d’être rassurant pour les femmes victimes d’agression sexuelle au Saguenay et plus largement pour la confiance du public vis-à-vis de cette institution.
De bons vieux réflexes coloniaux
Lorsque l’on voit les manœuvres pour protéger l’image de l’organisation et soustraire de la justice au moins l’un des 20 policiers de Saguenay ayant séjourné en Haïti, la ville de Saguenay et sa police nous apparaissent comme les dignes descendants des grands empires coloniaux. À la lumière de ces informations, la célébration à l’automne 2017 pour souligner les « dix années de coopération à Haïti » représente une belle opération  visant à redorer l’image de l’organisation.
Il faut savoir que dans ce genre de situation, c’est à l’employeur direct du policier visé de mener une enquête interne et d’appliquer des mesures disciplinaires. Alors quand la police enquête sur la police et qui plus est, lorsque les événements se sont déroulés dans un pays étranger, il ne faut pas trop s’étonner que l’organisation essaie d’étouffer l’affaire afin de protéger son image déjà mise à mal dans d’autres dossiers. 
Aujourd’hui, le Service de police de Saguenay affirme avoir ouvert à nouveau le dossier  et prendre au sérieux la situation. En plus d’être « extrêmement préoccupé », le Service de police de Saguenay affirme partager « pleinement la position des Nations Unies et du Canada et est soucieux du respect des droits de tous ».( Le Quotidien, L’enquête se poursuit pour le policier de Saguenay rapatrié de Haïti). C’est du moins ce qu’a déclaré la SPS.

Article publié le 09 Oct 2019 sur Ucl-saguenay.blogspot.com