Sur les réseaux sociaux, des complotistes adeptes de QAnon relayés par des personnalités pro-Trump accusent des activistes d’extrême gauche d’être derrière les incendies criminels qui ravagent l’Oregon.

Crédits : Euronews.

Lors des centaines d’incendies qui ont ravagé l’Australie l’an dernier, les climatosceptiques australiens, relayés par les journaux et stations de télévision du groupe Murdoch, avaient entrepris de nier tout lien avec le dérèglement climatique et promu l’idée que les feux étaient en fait d’origine criminelle, malgré les affirmations contraires de la police et des pompiers.

C’est un raisonnement semblable qui inspire depuis quelques jours les conspirationnistes adeptes de Qanon à propos des terribles incendies qui, depuis le mois d’août, dévastent l’Oregon, un État situé au nord de la Californie : s’il y a des incendies, c’est qu’il y a des pyromanes, et les pyromanes ne peuvent être que des opposants a Donald Trump, des « antifas » (pour « antifascistes ») en l’occurrence ; un épouvantail agité par le président américain depuis plusieurs mois pour discréditer le mouvement Black Lives Matter.

Mercredi 9 septembre, après que la police de Portland a diffusé sur Twitter une alerte sur le risque d’incendie lors des manifestations, une rumeur est apparue selon laquelle six activistes « antifas » auraient été interpelés après avoir allumé des feux dans la zone.

Un message signé « Q » a été diffusé jeudi matin sur les forums de 8Kun (un successeur du forum 8chan). Il renvoyait à un tweet de Paul Joseph Romero Jr., un ancien candidat malheureux au Sénat américain, affirmant trompeusement que le bureau du shérif du comté de Douglas avait arrêté six « pyromanes antifas ». Selon « Q », les incendies seraient liés à un « terrorisme domestique hautement coordonné ».

Paul Romero affirmant que le shériff du comté de Douglas (Oregon) avait placé en garde à vue six pyromanes antifas (capture d’écran Twitter, 09/09/2020).

« Q » est le nom d’un compte anonyme se présentant comme étant un haut fonctionnaire (ou un groupe de hauts fonctionnaires) qui aurait accès à des informations classées « secret défense ». Depuis trois ans, « Q » dénonce l’existence d’un « État profond » qui mènerait une guerre souterraine à Donald Trump et qui serait composé de dirigeants démocrates et de célébrités, eux-mêmes contrôlés par une cabale de pédophiles satanistes…

La rumeur des « pyromanes antifas » a rapidement été partagée sur les réseaux sociaux : jeudi, le New York Times rapportait déjà qu’elle avait touché jusqu’à 680 000 personnes sur Facebook.

Malgré les démentis des autorités locales quant à la réalité de ces interpellations d’activistes antifas, les services d’urgence ont été débordés d’appels de particuliers qui cherchaient à vérifier cette rumeur.

Interrogé par le New York Times, Joy Krawczyk, porte-parole des services forestiers de l’Oregon, a déclaré qu’il n’y avait « aucun signe d’une campagne d’incendies criminels motivée politiquement » et que l’incendie le plus dévastateur avait été provoqué par la chute d’arbres qui ont renversé des lignes électriques.

Vendredi 11 septembre, l’antenne du FBI de Portland a en outre diffusé un communiqué concluant, après enquête, que ces rumeurs étaient fausses. Et d’ajouter :

« Les théories du complot et la désinformation ôtent des ressources précieuses aux services de pompiers et de police locaux qui travaillent sans relâche pour maîtriser ces incendies. Veuillez aider notre communauté en ne partageant que des informations validées provenant de sources officielles ».

Les incendies dans l’Oregon auraient tué au moins 15 personnes, provoqué l’évacuation de 500 000 autres et consumé des centaines de milliers d’hectares.

Voir aussi :

Les théories du complot, une menace prise très au sérieux par le FBI

Petit guide à l’usage des plateformes qui veulent endiguer la théorie du complot sur QAnon


Article publié le 13 Sep 2020 sur Conspiracywatch.info