Juillet 12, 2019
Par Reims MĂ©dias Libres
97 visites


L’expulsion du foyer “Sövkipeu” a Ă©tĂ© menĂ©e tambour battant avec un maximum de forces de police et un minimum d’humanitĂ©.

Jeudi 11 juillet dĂšs 5 heures du matin un impressionnant dispositif policier se met en place autour du foyer rĂ©quisitionnĂ© depuis avril par le collectif Sövkipeu . Le quartier est bouclĂ© par des barriĂšres mĂ©talliques et des bandes tricolores, des policiers en armes “sĂ©curisent” le pĂ©rimĂštre. Un passant ignorant se demande s’il s’agit d’un opĂ©ration antiterroriste, une autre voudrait rejoindre la rue David, “il faut contourner” lui rĂ©pond calmement un policier. Mine navrĂ©, un troisiĂšme trouvera tout de mĂȘme que “c’est dĂ©gueulasse”.

L’intrusion policiĂšre a eu lieu au petit matin avant l’heure lĂ©gale, le bĂ©lier a dĂ©foncĂ© la porte d’entrĂ©e, les chambres ont Ă©tĂ© brusquement vidĂ©es de leurs occupants, toutes ces familles de rĂ©fugiĂ©s et de demandeurs d’asile doivent descendre rapidement, rassembler leurs affaires personnelles et embarquer dans des voitures pour ĂȘtre dĂ©placĂ©es vers l’armĂ©e du salut avant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©es Ă  Charleville, Ă  ChĂąlons, Ă  Epernay, Ă  Troyes. Ils ne peuvent garder que le strict minimum, le reste sera embarquĂ© dans un camion de dĂ©mĂ©nagement. On aperçoit quelques visages connus aux traits marquĂ©s par la fatigue, la peur ou le tristesse. Le responsable de cette opĂ©ration s’efforce d’apaiser les rĂ©fugiĂ©s, il va mĂȘme jusqu’à mettre la main Ă  la pĂąte en portant quelques sacs. Le camion de dĂ©mĂ©nagement s’engage dans la rue de Cernay qui n’a jamais aussi bien portĂ© son nom. Un fonctionnaire de police, dĂ©gage la barriĂšre pour la manƓuvre du camion. Il est un peu gĂȘnĂ© par son flashball en bandouliĂšre, le camion passe enfin, la barriĂšre est remise en place et le policier municipal reprend fiĂšrement la pose.

Aux alentours de 8 heures l’expulsion s’achĂšve. Les bĂ©nĂ©voles demandent encore un entretien avec un responsable, l’officier de policier qui dirige l’opĂ©ration contacte le jeune cadre prĂ©fectoral. Nous pouvons enfin glaner quelques informations et intercĂ©der pour qu’un rĂ©fugiĂ© puisse accĂ©der Ă  l’immeuble afin de rĂ©cupĂ©rer ses papiers. Mais tout a Ă©tĂ© vidĂ©, il faut suivre le camion.

A l’armĂ©e du salut les expulsĂ©s doivent trier leurs affaires. Les hĂŽtels imposent une rĂšgle : une seule valise ou un sac de voyage pas plus par personne. On est maintenu Ă  l’extĂ©rieur de ce lieu d’accueil et priĂ© instamment de repasser derriĂšre les grilles “parce qu’il y a dĂ©jĂ  assez de monde comme ça” dĂ©clare un. MĂȘme la journaliste de l’Union sera assez offusquĂ©e de ces pratiques. On restera sur place jusqu’à 14 heures avant les derniers dĂ©parts en voiture vers les villes voisines et la gare de Reims. Moments difficiles, accolades, embrassades, larmes, adieux et promesses de se revoir, de ne pas se lĂącher. Plusieurs mois d’entraide et des liens profonds qui s’achĂšvent ainsi , une fois encore, sur un trottoir. Lieu finalement symbolique puisque nombre de ces personnes hĂ©bergĂ©es avaient Ă©tĂ© rencontrĂ©es dans les rues, les parcs, les halls de gare et tous ces lieux oĂč l’on est censĂ©s ne pas “exister” rĂ©ellement.

On a achetĂ© en vitesse du pain et quelques viennoiseries. D. et M. font des aller-retours pour offrir aux bĂ©nĂ©voles un cafĂ©. Eux, au moins, ont compris la valeur “d’accueil” inscrite sur la façade de l’armĂ©e du salut. La direction de cet Ă©tablissement devrait faire le trottoir un peu plus souvent afin de lire et mĂ©diter ce message.:Nous devons encore attendre le retour d’une famille embarquĂ©e au poste de police pour un contrĂŽle de situation, contacter les rĂ©fugiĂ©s qui n’étaient pas au foyer et qui ont par consĂ©quent tout perdu, papiers d’identitĂ© compris, organiser un garde-meuble pour les bagages “superflus”. Par ailleurs de nouveaux arrivants demandent oĂč dormir, il faudra installer une nouvelle tente sur le terrain de foot voisin.

Bilan de l’opĂ©ration : l’hĂ©bergement des demandeurs d’asile est enfin appliquĂ©. Avec plusieurs mois de retard l’Etat applique la loi, rien de plus . On peut se demander pourquoi sont-ils tous transfĂ©rĂ©s dans d’autres villes ? Les familles, les enfants ou adolescents scolarisĂ©s devront recommencer Ă  zĂ©ro, tisser d’autres liens… ;stratĂ©gie d’usure ou saturation du dispositif d’accueil ? Ce foyer vacant auquel le collectif avait restituĂ© sa fonction premiĂšre sera donc rendu Ă  ses propriĂ©taires et remis sur le marchĂ© de la spĂ©culation immobiliĂšre. Il avait sans doute Ă©galement le dĂ©faut d’ĂȘtre trop implantĂ© dans le cƓur de la ville, trop de visibilitĂ© “couvrez cette misĂšre que je ne saurais voir” Les tartufes de la mairie et du foyer rĂ©mois vont pouvoir reprendre leurs petites affaires, poursuivre l’obsessionnel ouvrage de technicien de surface en recouvrant tout ce qui peut heurter le regard des nantis et des bien-pensants. Grilles mĂ©talliques et dalles de bĂ©ton cirĂ©, terrasses chics de bar Ă  vins fins dĂ©licatement ombragĂ©es par des bambous jaunĂątres emprisonnĂ©s dans des bacs d’un gris sale. ApprĂ©cier la vie qui se dĂ©roule, simple et tranquille, cultiver l’élĂ©gance et jouir de la tranquillitĂ© des gens de biens en contemplant le ciel sans nuages, les squares sans enfants et les volets clos des immeubles vides.




Source: Reimsmediaslibres.info