DĂ©cembre 8, 2022
Par Organisation Communiste Libertaire (OCL)
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La Commission s’y prĂ©pare, en s’inspirant de la gestion du Covid, et brandit la notion « d’urgence Â», qui permet de remettre en question entre autres le droit de grĂšve, dĂ©jĂ  bien malmenĂ© depuis des dĂ©cennies. La Commission europĂ©enne institutionnalise une logique : la subordination des droits, et singuliĂšrement du droit de grĂšve pour les salariĂ©s, aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques des entreprises, et de l’État, qui en la matiĂšre est exemplaire. Il s’aligne sur sa gestion de la casse de France TĂ©lĂ©coms pour terroriser les salariĂ©s de l’éducation nationale, de la santĂ© et du soin dans le but de privatiser les services publics. Il abuse des emplois aidĂ©s, prĂ©caires, via la sous-traitance, ou la sur exploitation des sans papiers.

DĂ©jĂ  lorsque Sarkozy officiait au MinistĂšre de l’intĂ©rieur en 2002, pour Ă©difier l’espace judiciaire europĂ©en, le Conseil de l’EuropĂ©en revoyait la dĂ©finition du terrorisme. La nouvelle formulation, dĂ©finissait comme terroriste tout acte commis « par un individu ou un groupe contre un ou plusieurs pays, leurs institutions ou leur population, et visant Ă  les menacer ou Ă  porter gravement atteinte ou Ă  dĂ©truire les structures politiques, Ă©conomiques ou sociales d’un pays Â» [1], ce qui permettait de soumettre aux lois d’exception antiterroristes aussi bien la simple occupation d’une gare, qu’une grĂšve Ă  EDF, un piratage informatique, ou simplement la solidaritĂ© avec ce type d’action.

Ainsi en France, au petit matin du 4 octobre 2022, aprĂšs plusieurs mois d’enquĂȘte, quatre agents de maintenance du RĂ©seau de Transport d’ÉlectricitĂ© (RTE) ont vu dĂ©barquer Ă  leur domicile la police pour des perquisitions. MenottĂ©s devant leur famille et qualifiĂ©s de « cybercriminels en bande organisĂ©e Â», ils sont emmenĂ©s dans les locaux de la DGSI (direction gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieur) Ă  Levallois-Perret pour 96 heures de garde Ă  vue. Le 7 octobre, ils ressortent sous contrĂŽle judiciaire et seront convoquĂ©s au tribunal le 28 fĂ©vrier 2023. Ils sont Ă©galement mis-Ă -pied Ă  titre conservatoire.

Ces agents de maintenance ont participĂ© activement Ă  une mobilisation sociale de quatre mois en juin dernier pour demander des hausses de salaires. L’entreprise a fait des profits record, avec un rĂ©sultat net de 661 millions d’euros en 2021, en hausse de 27% par rapport Ă  l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Face au refus de nĂ©gocier, les agents ont dĂ©cidĂ©s collectivement d’effectuer des coupures de courant. Une pratique classique dans le cadre des luttes menĂ©es dans le secteur de l’énergie. Pourtant, cette fois-ci, la rĂ©pression a pris des proportions dĂ©lirantes.

Le choix de RTE de porter plainte auprĂšs de la DGSI [2] et le fait que celle-ci dĂ©cide d’intervenir dans un conflit social est un signe supplĂ©mentaire du durcissement des politiques rĂ©pressives. PhĂ©nomĂšne qui s’accentue aussi bien aux niveaux hexagonal, europĂ©en que mondial.

Les États europĂ©ens visent Ă  constituer un vĂ©ritable arsenal juridico-policier pour contrĂŽler et rĂ©primer les rĂ©sistances de tous genres au dĂ©veloppement du systĂšme capitaliste. Pour contraindre l’ensemble des populations, les États ne lĂ©sinent pas sur les moyens : ils dĂ©finissent une politique commune Ă  l’encontre des travailleurs, des prĂ©caires et des immigrĂ©s. Ils appliquent une dĂ©finition de la notion de « terrorisme Â» qui englobe dĂ©sormais les mouvements sociaux radicaux et les moyens de luttes efficaces qui jusqu’à prĂ©sent faisaient partie de l’arsenal classique de lutte du monde du travail ; ils parlent d’éco-terroristes, de cyber-criminels pour dĂ©signer et rĂ©primer durement des manifestants, grĂ©vistes, opposants.

La promulgation de mesures d’exception antiterroristes ou sanitaires se banalisent et deviennent des outils ordinaires de gestion de l’ordre public qui remettent en question jusqu’au droit de manifester, de se rĂ©unir et rĂ©duit toujours plus notre expression politique et nos dĂ©placements. À chaque nouvelle rĂ©forme ou manifestation de la violence d’État, de grands cris se font entendre, alertant contre les lois liberticides, la remise en question des droits de l’homme, la fin de l’État de Droit. Les lois se succĂšdent et s’inscrivent dans le marbre des codes et les suivantes arrivent avec le mĂȘme cortĂšge d’indignations. La pĂ©nalisation de gestes individuels ou collectifs qui Ă©taient perçus il n’y pas si longtemps comme l’expression d’une critique sociale, la consĂ©quence de l’inĂ©galitĂ© et de la pauvretĂ© sont marquĂ©s dĂ©sormais du sceau de l’« illĂ©galitĂ© Â» ou du « terrorisme Â» donc regardĂ© par une frange importante de la population comme un choix impossible puisque hors du terrain du Droit. Le Droit enferme toujours plus les dĂ©possĂ©dĂ©s en les rendant invisibles, inaudibles, impuissants. Il faudra bien interroger cette notion et cesser de s’y rĂ©fĂ©rer en permanence si nous voulons renverser la logique capitaliste. Depuis le temps, de 49.3 en circulaires, de mensonges en dĂ©tournements, de violences en licenciements, ne serions-nous pas passĂ©s Ă  un autre mode de gouvernance ?

Il s’appelait Mathieu Poli, il avait 29 ans. Il travaillait à Saumur pour l’entreprise RTE*

Mathieu avait participĂ©, comme beaucoup d’autres salariĂ©s de RTE, Ă  une mobilisation en juin dernier pour rĂ©clamer une augmentation de salaire de 5 %. Mathieu n’était pas parmi les arrĂȘtĂ©s. Par contre, il avait subi un interrogatoire au commissariat d’Angers dans le cadre de cette enquĂȘte. Le 7 septembre, la police l’avait auditionnĂ© concernant la grĂšve et les coupures de courant. Un Ă©pisode qui l’avait beaucoup marquĂ©, puisque l’agent a arrĂȘtĂ© le travail pendant un mois. Il s’est donnĂ© la mort le 17 octobre 2022. Le dĂ©cĂšs de Mathieu Poli, et de tant d’autres, tĂ©moigne de la souffrance au travail, du mĂ©pris patronal qu’il soit privĂ© ou public et de la rĂ©pression. Mais surtout de l’impuissance face Ă  la dĂ©possession des moyens de lutte et l’aggravation des conditions de vie. Des raffineurs font grĂšve ? Ils sont rĂ©quisitionnĂ©s. Une manifestation dans la rue ? Des salves de grenades, des nasses, des matraquages, des visages Ă©borgnĂ©s, des arrestations
 la prison. Une mesure impopulaire ? 49-3 sans dĂ©bat. Des Ă©lectriciens en lutte coupent le courant ? On leur envoie la police anti-terroriste. Face Ă  la violence de l’État et du patronat les mobilisations se font trop timides.

* le RĂ©seau de transport d’électricitĂ© qui gĂšre les lignes et l’acheminement d’électricitĂ© haute tension.

Gakou, gréviste de GRDF perquisitionné pour avoir fait la grÚve

Six heures du matin, lundi 4 juillet 2022, la police frappe Ă  la porte d’un pavillon d’Argenteuil. Moussa Gakou ouvre. Quatre agents du commissariat de Colombes (92) l’attrapent et lui passent les menottes sans mĂ©nagement, devant femme et enfants. Gaz RĂ©seau Distribution France (GRDF), l’employeur de Moussa Gakou, a portĂ© plainte contre lui. Cette filiale de l’entreprise Engie (25% du capital dĂ©tenu par l’Etat) l’accuse de « dĂ©gradation volontaire d’une installation de gaz Â». Le technicien de 35 ans travaille Ă  l’agence GRDF de Villeneuve-la-Garenne (92) depuis 15 ans. Les 15 et 22 juin dernier, Ă  l’appel de la FĂ©dĂ©ration nationale des mines et de l’énergie de la CGT (FNME-CGT), il participe Ă  la grĂšve nationale des agents de l’électricitĂ© et du gaz pour l’augmentation des salaires. L’intervention sur l’outil de travail ; la coupure de gaz est un moyen de lutte rĂ©flĂ©chi, collectif, bien connu des syndicalistes du gaz. Il Ă©cope de 90 heures de TGI (travail d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral) et de six mois d’interdiction d’exercer dans le gaz. Moussa Gakou a le sentiment d’avoir Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© pour l’exemple. « J’assume. Pour moi ce n’est pas un acte dĂ©lictueux. Â». « On est en plein dans la rĂ©pression syndicale. Dans mon agence, ils ont instaurĂ© un climat de terreur. Â»




Source: Oclibertaire.lautre.net