Septembre 15, 2020
Par Marseille Infos Autonomes
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Macko Dragan, journaliste indépendant niçois et proche des inculpé·es relate les faits dans un billet sur son blog Médiapart. Tout part d’une manifestation organisée à Nice en mai 2019 pour la défense de la fonction publique, manifestation en toute logique majoritairement composée de fonctionnaires et de militant·es, classé·es plutôt à gauche. Un groupe de membres du syndicat policier Alliance, dont le verbiage cache difficilement l’accointance avec l’extrême-droite, se joint alors au cortège et “fait bruyamment connaître sa présence“.

Las ! Face au mécontentement de la horde de vils gauchos hostiles, il leur a fallu, bien malgré eux, se résoudre –avec amour ! – à interpeller violemment, avec plaquage au sol, coups et insultes, quelques manifestants ayant protesté contre cette intrusion.

Quatre personnes sont alors violemment embarquées par les forces de l’ordre assurant le dispositif de maintien de l’ordre du rassemblement : Alec, étudiant de 23 ans, Dany, doctorant en statistiques de 28 ans, tous deux militants du syndicat Sud Éducation, Delphine, sympathisante de gauche, et Olivier, professeur d’histoire-géographie de 50 ans et militant Snes-FSU. Ce dernier était accusé par un policier de l’avoir mordu lors de son interpellation.

Suite à ces faits, sept des fonctionnaires de police ont fait jouer leur droit à la protection fonctionnelle de l’État pour attaquer ces militant·es et réclamer des dommages et intérêts. Le syndicat policier Alliance s’est aussi constitué partie civile.

La police, ce souffre-douleur des gauchistes…

Alec, Dany et Delphine seront finalement reconnus coupables et condamné·es à 2 mois de prison avec sursis. Olivier, pour qui le Parquet avait requis 8 mois de prison avec sursis, et qui avait lui-même déposé plainte contre les policiers, ayant subi une violente interpellation, a été condamné à 6 mois de prison avec sursis. Au total, douze mois de prison avec sursis ont donc été distribués par les juges, qui ont ainsi considéré qu’un simple slogan hostile aux forces de l’ordre pouvait constituer un outrage. Leur avocate, Me Damiano a annoncé faire appel de cette décision.

Ils tuent, ils blessent, à bas les CRS ! Ils tirent au LBD, à bas les condés !

Voilà donc le slogan qui aura motivé l’interpellation de ces quatre personnes, dont l’avocate a expliqué à FR3 PACAqu’il s’agissait là de : “slogans qui ont fleuri pendant la crise des gilets jaunes et qui ne s’adressent à personne en particulier, c’est de la liberté d’expression.” Les juges ont donc considéré qu’un slogan ne comportant pas d’insulte directe et généralisant pourtant sur une réalité (des policiers tuent et blessent) devait être considéré comme une insulte. Rappelons que le terme “condé” n’en est cependant pas une, mais bien un terme devenu argotique, et qui à la base désignait un pacte formel ou tacite qu’une personne allait passer avec la police (prostituées, indicateurs, etc.)

Cette affaire résonne avec le mouvement des Gilets jaunes. En avril 2019, l’un d’entre eux avait été condamné à 8 mois de prison avec sursis pour avoir lancé à plusieurs reprises “Suicidez-vous !” à des fonctionnaires de police, lors de l’acte 23 du mouvement fluo. Des paroles que le tribunal avait alors considéré du premier degré et qui avaient suscité une polémique médiatique, en pleine vague de suicides de policiers.

Les slogans hostiles aux forces de l’ordre (“mort aux vaches“, “tout le monde déteste la police“, “la police fait son travail, ça crève les yeux” etc) font pourtant partie du folklore de la contestation politique, étant donné que celles-ci sont les principales concernées lorsque des violences étatiques sont imprimées sur des mouvements sociaux et des militant·es. Le même raisonnement vaut pour les quartiers où la répression policière s’exerce depuis des années sur “la racaille”, terme qu’utilise souvent le syndicat Alliance pour justifier le harcèlement policier qui s’abat sur les banlieues. Nous ne reviendrons pas sur les récentes polémiques déclenchées par des enquêtes de plusieurs médias sur le racisme dans la police et l’utilisation récurrente de termes odieux à l’égard des personnes racisées.

Le business de l’outrage

Pour Macko Dragan, les policiers ont “de sérieuses, sonnantes et trébuchantes raisons d’avoir la larme facile : le juteux business de “l’outrage” fait la fortune à la fois des avocats spécialisés dans la question et des policiers ravis de se créer ainsi de confortables 13èmes mois“. Déjà, en 2014, le média StreetPress publiait une enquête sur le “business des outrages” qui relatait comment près de 19.000 plaintes pour outrage, rébellion et violence volontaire sont déposées chaque année par des policiers. A la barre, c’est bien souvent la version policière qui convainc les juges.

Pourtant, des affaires mettent aussi en exergue l’esprit de corps de certains fonctionnaires de police lorsqu’il s’agit de couvrir leurs collègues qui tentent de provoquer des délits et d’en tirer ressources aux frais du contribuable. A Montpellier, le procès de l’observatrice de la LDH Camille Halut, relaxée par les juges, avait démontré que ce type de pratiques pouvait toucher jusqu’à la hiérarchie (lire notre article). Cependant, les juges s’étaient bien gardés de mettre en cause directement les policiers concernés. Alors que tout au long du mouvement des Gilets jaunes on a pu constater à Montpellier que les accusations d’outrages et rébellions étaient presque systématiquement suivies par le Parquet, même en l’absence de preuves matérielles.




Source: Mars-infos.org