Novembre 11, 2020
Par Le Monde Libertaire
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La première Semaine internationale contre les salaires impayés s’est déroulée cours de la troisième semaine d’octobre (12 au 18 octobre), à l’initiative de l’Association Internationale des Travailleurs (International Workers Association) pour attirer l’attention sur les salaires impayés et la lutte anarchosyndicaliste contre ce phénomène. Toute la semaine, les syndicats de l’AIT ont mené une campagne d’information dans les pays où ils sont actifs et ont rappelé leurs conflits anciens ou actuels en rapport avec le problème.

Voici le résumé des infos de toutes les actions venant de 14 pays et notre évaluation de la semaine.

POLOGNE Związek Syndykalistów Polski (ZSP, Union des syndicalistes de Pologne) est l’un des syndicats de l’AIT plus impliqué dans nombre de conflits pour le paiement des salaires dus. A l’occasion de la Semaine, la ZSP a préparé une grosse brochure en anglais avec les renseignements utiles sur la question des salaires impayés et des luttes concrètes pour les récupérer. Le syndicat a également participé à d’autres actions. Le 11 octobre, deux émissions en direct ont été diffusées sur la question, l’une en anglais et l’autre en polonais, sur les sujets suivants : l’AIT, les différentes formes de non-paiement des salaires, les conflits concrets des syndicats de l’AIT, l’importance de lutter pour récupérer même des petites sommes d’argent impayées, etc. Le membre de la ZSP a également fait savoir que le syndicat avait prévu de se joindre à la Semaine en organisant des actions directes pour les salaires impayés. Ils étaient déjà sortis victorieux de deux conflits la semaine précédente et un autre était sur le point de commencer (ce qui s’est produit le 26 sous forme d’un sit-in contre les salaires et congés impayés devant le Centre d’Éducation, de Thérapie et de Tiagnostic TuMiRaj à Varsovie).

Une autre action a été organisée le 15 octobre à Varsovie, une manifestation devant l’Inspection nationale du travail (PIP) contre l’inaction et l’incapacité de cette institution à résoudre les problèmes, principalement les salaires impayés. Une manifestation a également été organisée à Lodz, le 17 octobre, devant les bureaux locaux du parti au pouvoir PiS. Dans le discours du syndicat et selon les données du PIP pour 2019, le patronat devait aux travailleurs 102 millions de zlotys (environ 22 millions d’euros) en salaires impayés et en primes. Les chiffres attendus pour 2020 sont encore aggravés par la pandémie. La ZSP ne croit pas qu’il n’y ait pas d’argent pour payer mais que les sommes sont retenues sur les comptes en banque de l’entreprise. Le syndicat de Wroclaw a organisé un événement Facebook du 14 au 18 octobre : les gens pouvaient écrire des posts sur leurs problèmes de salaires impayés, d’heures supplémentaires non rémunérées ou de pauses réduites. De plus, les personnes qui avaient réussi à se faire payer leur salaire ont pu témoigner.

ESPAGNE La Confederación Nacional del Trabajo (CNT-AIT, Confédération Nationale du Travail) a mené des actions dans plusieurs villes espagnoles. Un piquet de grève a eu lieu Le le 15 octobre, contre les salaires impayés au café La Bohême à Albacete. Deux jours plus tard, le syndicat a organisé un débat sur ses expériences de lutte contre les salaires impayés. Ils ont parlé des conflits engagés contre les principaux hôtels et entreprises de la ville, là où l’action directe avait été le facteur clé obligeant ces entreprises à payer ce qu’elles devaient aux camarades. A Grenade, le syndicat a organisé un piquet mobile, le 16 octobre, qui s’est déplacé dans la ville pour aller devant des entreprises avec lesquelles ils sont en conflit. Des arrêts ont été faits devant le café MIMIMI, la joaillerie Joyerías Sánchez et enfin devant CeX, avec lequel la CNT Barcelone est en conflit. Ils ont également invité les gens à contacter le syndicat pour tout problème sur le lieu de travail, afin de pouvoir lutter ensemble. Le 17 octobre, la CNT Tarragone a organisé des actions pour dénoncer deux entreprises pour salaires impayés à des camarades. Une action similaire à celle de Grenade a également eu lieu à Barcelone le 17 octobre. Les entreprises qui ne payent pas des salaires et ne respectent pas les conventions collectives (telle est la raison du conflit actuel avec l’entreprise CeX) ont été ciblées. D’autres sections locales CNT-AIT ont informé de la Semaine sur leurs réseaux sociaux.

AUTRICHE L’engagement de Wiener ArbeiterInnen-Syndikat (WAS, Syndicat des travailleurs de Vienne) dans cette Semaine a été très concrètement l’ouverture d’un conflit avec Seamox GmbH avec organisation d’un piquet devant son siège à Vienne, le 15 octobre, afin d’exiger le paiement de 5800 € de salaire impayé à un ex travailleur. La manifestation contre Seamox a été animée par des banderoles, des discours, de la musique et des chansons. Le patron, pris de paranoïa, a appelé la police au lieu de rencontrer les manifestants, ce qui a été sans effet sur la manifestation. Seamox n’est que l’un des quatre parties sous-traitantes pour l’emploi du du technicien informatique (qui se trouve être un camarade CNT-AIT en Espagne ayant travaillé à Vienne en novembre- décembre 2019). Pour WAS, ce cas de figure a tout l’air d’un business plan pour passer outre l’obligation d’inscription à la sécurité sociale et le paiement des impôts.

SLOVAQUIE
Nous, en tant que Priama Akcia (PA, Action Directe), avons participé de plusieurs façons. Notre objectif était de montrer que lorsque les gens manifestent de l’intérêt et agissent, il est vraiment possible de lutter contre les salaires impayés. Nous avons déjà commencé à promouvoir la Semaine en septembre en partageant la vidéo préparée par le secrétariat de l’AIT. Début octobre, nous avons publié un communiqué et appelé les gens à partager leurs expériences et à nous tuyauter sur les entreprises qui ne paient pas. Nous avons également créé pour cela un événement Facebook. Nous avons mis des autocollants contre les entreprises avec lesquelles nous avions déjà eu des conflits de ce type et, grâce aux infos recueillies, également pour d’autres entreprises à Bratislava et Senec, et nous avons reçu des demandes pour envoyer des autocollants en dehors de la région de Bratislava. Au cours de la semaine, nous avons publié quotidiennement un cas de victoire au moins dans les luttes contre les salaires impayés en Slovaquie ou à l’étranger (principalement à partir des luttes des syndicats de l’AIT). Conflit entre l’AP et l’agence CATO, Conflit ZSP avec l’agence Impuls, conflit SolFed avec un café à Brighton, conflits multiples solidaires de Most avec Zepter International.
Nous avons fait référence à notre publication “Comment nous avons géré les problèmes au travail : Conflits du syndicat Priama Akcia en 2015-2019”. La plupart des conflits étaient liés aux salaires impayés et nous y décrivons en détail comment un conflit pour les revendications des travailleurs commence et se développe et ce qui est nécessaire pour gagner. Nous avons comparé certains des conflits (dont trois du secteur hôtelier) et pris en compte leurs faiblesses et leurs forces. Nous avons également réimprimé notre texte de l’année dernière sur les salaires impayés qui traite des problèmes généraux liés aux contrats, aux fiches de paie, aux obstacles mis par le patronat et à la signature forcée de documents.

ROYAUME-UNI
La Fédération de solidarité (SolFed) a une grande expérience en matière de lutte contre les salaires impayés. A Bristol, le syndicat a rédigé une déclaration résumant le phénomène au Royaume-Uni. Extrait : «En 2018, la BBC a rapporté que le non-paiement du salaire minimum national atteignait un niveau record, environ 15,6 millions de livres non sterling pour des travailleur.e.s se retrouvant en dessous du salaire minimum déjà minable. Les travailleur.e.s sociaux, en grande surface et “les précaires” ont été les plus touché.e.s. Force est de rappeler que le salaire minimum britannique est déjà trop bas pour susbsister à ses besoins, même sans salaire volé ; cette année, le Child Poverty Action Network a signalé que le salaire minimum national pour un parent célibataire est inférieur de 74 livres sterling par semaine au minimum requis pour satisfaire les besoins de base. Les patrons ont d’autres tactiques pour voler notre salaire : tendance à la retenue de petites sommes répétées de sorte que le travailleur affecté ne se sente pas en mesure d’en parler ; non-paiement des périodes d’essai, des congés et du dernier quart de travail. Les travailleurs de moins de 25 ans et les travailleurs de plus de 64 ans sont les plus à même d’être touchés. Le secteur le plus affecté par le vol de salaire est l’hôtellerie (pubs, restaurants et hôtels). Même dans les industries lucratives des médias et des arts créatifs, le vol de salaire est courant. De nombreux travailleur.e.s ont déclaré avoir été contraints à faire des heures supplémentaires ».
SolFed a divulgué les communiqués du secrétariat de l’AIIT et de l’AP ; un membre du syndicat de Leeds a montré des graphiques à l’appui et enfin, le 12 octobre, le syndicat de Liverpool a organisé un “reading group” en ligne public pour recenser les luttes sur le lieu de travail avec une première séance consacrée aux luttes contre les salaires impayés.

NORVÈGE La Norsk Syndikalistisk Forbund (NSF, Fédération des Syndicalistes Norvégiens) a traduit les communiqués du secrétariat de l’AP et de l’AITet les a diffusés sur leur site et par mail. Elle a également fourni des informations sur deux conflits liés aux salaires impayés. Dans le premier cas, la NSF a été contactée par un travailleur. Un fax a été envoyé à l’entreprise, ce qui, ajouté à une distribution de tracts par la NSF, a suffi à faire récupérer l’impayé. La NSF a ajouté que les informations sur la Semaine étaient bien diffusées et bien reçues par les gens.

RUSSIE Konfederacija revoljucionnych anarchosindikalistov (KRAS, Confédération des anarchosyndicalistes révolutionnaires) nous a informé.e.s de la situation dans le pays, qui rend impossible l’organisation d’activités de revendication. Nous les citons : « Les mesures totalitaires d’assignation à résidence de facto, et d’intimidation au moyen d’amendes, introduites par les autorités russes ce printemps sous prétexte de pandémie, nous ont de fait privé.e.s de la possibilité d’agir hors Internet. Même avant, il était déjà très difficile d’organiser des événements publics à Moscou. Les manifestations de rue avec plus d’une personne requièrent une autorisation officielle. La dernière fois que la KRAS a tenté d’organiser une manifestation de solidarité pour des salaires impayés, elle a essuyé deux refus et toute action sue la voie publique à Moscou est désormais interdite et réprimée. Extrait : « Dans les circonstances actuelles, nous sommes contraint.e.s de nous limiter à des actions de propagande en ligne, via notre site et nos réseaux sociaux. Nous continuons à diffuser des informations sur les mouvements de grève en Russie et en Ukraine (dont les grèves pour non-paiement d’arriérés de salaires, comme cause principale), sur les mouvements sociaux dans le monde et sur les luttes de nos camarades d’autres sections de l’AIT. Nous faisons également activement campagne contre les mesures totalitaires liberticides mises en place par les autorités sous prétexte de lutter contre la pandémie ». Nous recommandons la lecture sur notre site grâce à un traducteur ».

SUÈDE
Örestad LS (ÖLS, groupe local d’Örestad) a fait part de la situation particulière de la Suède. Le syndicat a abouti dans tous les cas de salaire impayé. Extrait : « Jusqu’à présent, nous n’avons jamais eu à recourir à des manifestations, à des piquets de grève ou à autres actions directes pour faire payer les entreprises. Elles ont payé quand nous l’avons demandé ». Un organisme d’application de la loi opère dans le pays pour obtenir les salaires impayés. Le syndicat conseille parfois aux non-membres d’y avoir recours et les personnes qui l’ont fait ont toujours récupéré leur argent. Extrait : « Cela ne veut pas dire que ce n’est pas un problème en Suède. Ça l’est ! Surtout dans l’économie des petits boulots et parmi les personnes travaillant sans papiers. Et ÖLS a mené des actions collectives de boycotts concernant les pubs et les restaurants ayant utilisé des « esclaves ». Le dernier a eu lieu ce printemps et a été un succès”. L’ÖLS a participé à la Semaine principalement en divulguant sur son site Internet et sur les réseaux sociaux.

ÉTATS-UNIS L’Alliance de Solidarité des Travailleurs (WSA) a le statut d’Amis de l’AIT. Elle a informé de la Semaine sur leurs réseaux sociaux. Dans son communiqué, elle a fait part des problèmes spécifiques aux États-Unis – pourboires non rémunérés et système carcéral avec main-d’œuvre bon marché voire esclave (plusieurs grèves dans les prisons américaines soutenues par la WSA a soutenues ces dernières années).

AUSTRALIE
La Fédération Anarchosyndicaliste (ASF) a fait la promotion de la Semaine via ses réseaux sociaux et invité les gens à regarder le streaming en direct organisé par le syndicat ZSP de Pologne sur la question.

SERBIE
Anarhosindikalistička inicijativa (ASI, Anarchosyndicalist Initiative) a fait la promotion de la Semaine en diffusant le communiqué du secrétariat de l’AIT en langue serbe sur ses réseaux sociaux.

BULGARIE
Avtonomna Rabotničeska Konfederacija (ARK, Confédération autonome des travailleurs). L’ARK ne fait pas partie de l’AIT, mais a traduit et divulgué le communiqué du secrétariat de l’AIT.

RÉPUBLIQUE TCHÈQUE Pražská solidární síť (Solis, Prague Solidarity Network) ne fait pas non plus partie de l’AIT, mais entretient des relations de camaraderie avec notre syndicat et a publié notre déclaration sur sa page Facebook.

ALLEMAGNE Anarcho-Syndikalistisches Netzwerk (ASN, Anarchosyndicalist Network) de Cologne est proche de l’AIT. Pendant la semaine, L’ASN ont distribué des tracts dans les rues appelant les gens à lutter pour les salaires dus et à contacter l’ASN car il est plus facile de lutter ensemble.

NOTRE EVALUATION DE LA 1° SEMAINE INTERNATIONALE CONTRE LES SALAIRES IMPAYES

Tout d’abord un peu d’histoire. L’idée de créer la Semaine est venue de l’AP (Priama Akcia) l’année dernière (au départ nous avions pensé à une Journée). Nous l’avons proposée au reste des syndicats de l’AIT et au Congrès de l’AIT à Melbourne en décembre 2019, où elle a été adoptée avec une modification pour en faire une Semaine. Ensuite, nous avons aidé à l’adhésion de tous les syndicats à la Semaine et participé à la rédaction du communiqué du secrétariat de l’AIT.

11 des 18 organisations existantes de l’AIT ont participé à la semaine. Nous devons garder à l’esprit que certaines sont dans des conditions extrêmement difficiles pour mener des actions et que leurs membres ont des conditions de vie peu enviables en raison de la pandémie et de la répression étatique (principalement en Asie et dans le Pacifique).

Nous nous réjouissons de l’échange d’expériences de luttes entre les syndicats ainsi que du partage d’informations sur les salaires impayés dans les différents pays. De plus, nous avons eu de bons retours des gens sur Facebook sur leurs expériences de salaires impayés.

Dans l’ensemble, nous sommes satisfait.e.s du déroulement de la première Semaine internationale contre les salaires impayés. Nous l’évaluerons également au niveau de l’AIT lors de sa réunion plénière à l’été 2021. Notre objectif principal sera de contribuer à rendre plus efficaces les luttes des syndicats de l’AIT contre les salaires impayés et de discuter des actions possibles dans la troisième semaine d’octobre.




Source: Monde-libertaire.fr