Juillet 13, 2022
Par Manif Est
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La Pigeonne est le squat anarcha-fĂ©ministe, queer et dĂ©colonial de Strasbourg. C’est un lieu d’habitation et d’activitĂ© autogĂ©rĂ©, par et pour les femmes et les personnes queers, fonctionnant en mixitĂ© choisie sans hommes cisgenres.

Depuis le dĂ©but de notre squat, et de plus en plus souvent, nous recevons des demandes intrusives de personnes qui soit ne savent pas ce que c’est qu’un squat, soit n’ont pas pris la peine de lire notre prĂ©sentation sur notre site  : demandes d’interviews de journalistes curieuxses ; sollicitations d’étudiant-e-s en mal de sujets de recherches originaux pour avoir une bonne note ; des personnes qui veulent venir « observer Â» l’organisation anarchafĂ©ministe d’un squat pour la recopier ailleurs mais en la rendant « acceptable Â», « confortable Â» et bourgeoise ; des personnes qui veulent « visiter Â» la Pigeonne comme si nous Ă©tions une auberge de jeunesse pour touristes militant-e-s.

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MĂȘme si ces initiatives partent de « bons sentiments Â», nous gerbons ces sentiments. Nous ne sommes pas des sujets d’étude « anthropo-sociologiques Â» ou des terrains d’enquĂȘte. Nous ne cherchons pas Ă  « sauver des femmes et des personnes LGBTI+++ Â» et Ă  recevoir des mĂ©dailles. Nous n’éprouvons aucun plaisir sacrificiel Ă  effectuer du travail gratuit pour des bourgeois-e-s en mal d’expĂ©rience « atypique Â». Nous n’avons pas besoin de voyeurs et voyeuses, de personnes qui regardent nos initiatives depuis une position surplombante ou exotisante sans jamais participer Ă  la vie de ce lieu essentiel.

Nous sommes Ă©puisĂ©-e-s et en colĂšre face Ă  un contexte politique d’exploitation et un pouvoir fasciste dont les dangers ne semblent pas ĂȘtre mesurĂ©s. Le futur est incertain, mais nous sommes convaincu-e-s que nous n’en aurons aucun si nous sommes isolĂ©-e-s et demeurons la proie des patrons, des proprios et des patriarches. MalgrĂ© des constats alarmants, nous sommes fatiguĂ©-e-s de constater que certains mĂ©canismes perdurent.Nous sommes certes un « lieu alternatif Â», mais surtout un lieu en opposition au fonctionnement d’une sociĂ©tĂ© qui cherche Ă  faire du profit. Et notamment du profit sur les initiatives « radicales Â» pour s’enrichir ou nourrir la gloriole personnelle. Nous n’avons pas leur temps. Leur agenda ne nous intĂ©resse pas. Nous avons faim d’organisation collective en dehors de l’idĂ©ologie libĂ©rale.

Dans une sociĂ©tĂ© qui s’effondre, nous avons toustes besoin de transformer notre rapport au monde : en changeant notre façon de consommer, de produire et de crĂ©er des liens. Nous avons besoins que tout le monde participe au travail de soin et de rĂ©gĂ©nĂ©ration. Ce n’est pas possible de continuer Ă  vampiriser les idĂ©es et les Ă©nergies des lieux prĂ©caires. Nous avons besoin de consolider des endroits qui expĂ©rimentent le changement en Ă©tant Ă  la fois des espaces de rĂ©sistance mais aussi des lieux ressources et des lieux de repos. Nous avons besoin de les multiplier et de les mettre en rĂ©seaux, pas d’en faire de pĂąles copies utiles au systĂšme et mises en concurrence.

S’impliquer dans une utopie, ce n’est pas la consommer ni se contenter de faire de la « charitĂ© Â». Notre compost est bien joli, mais nous ne sommes pas la poubelle du monde capitaliste. Nous supportons dĂ©jĂ  une bonne charge Ă©cologique en soignant, en triant, en rĂ©parant, en rĂ©cupĂ©rant et en jetant Ă  la place des industriels ou des mĂ©nages riches. Il est essentiel de se sentir impliquĂ©-e-s dans le changement et non de regarder les autres le faire. Il est nĂ©cessaire de crĂ©er une vraie entraide, de vĂ©ritables Ă©changes d’expĂ©riences, d’idĂ©es, de savoir-faire et d’actions en partant de nos expĂ©riences directes, de choses matĂ©rielles, et tout ça Ă  double sens. Un exemple concret : si tu donnes des vĂȘtements au freeshop de La Pigeonne, viens les ranger et prends-en aussi ! Car l’idĂ©e ce n’est pas de dĂ©barrasser ton armoire et ta conscience, mais de faire tourner les biens dĂ©jĂ  produits, les revaloriser, au lieu de consommer et nourrir la machine capitaliste. C’est un petit pas pour changer en profondeur les systĂšmes d’exploitation et de consommation des ressources.

Notre bibliothĂšque autogĂ©rĂ©e fĂ©ministe, queer et dĂ©coloniale est lĂ  pour s’autoformer politiquement, se nourrir des pensĂ©es et des pratiques. Nous ne voulons pas ĂȘtre utilisĂ©-e-s par des personnes qui veulent exploiter ces ressources pour avoir l’air « inclusives Â» et « conscientisĂ©es Â», pour avoir le bon vocabulaire et les « bonnes Â» rĂ©fĂ©rences subversives, sans jamais changer leurs façons de faire et la sociĂ©tĂ© dans son ensemble. Tout ça en laissant 3 centimes dans le pot commun. Les livres et les zines ne sortent pas tout frais du compost, il y a du travail et des dĂ©penses derriĂšre.

La Pigeonne critique en actes les systĂšmes d’exploitation. Ces critiques ne concernent pas que les « pauvres Â», les « marginales Â» et les « marginaux Â», les « dĂ©viant-e-s Â». Les idĂ©es Ă©cologiques, dĂ©coloniales, fĂ©ministes, queers et anticapitalistes profitent Ă  toute la sociĂ©tĂ©. Et ce ne sont pas que des thĂ©ories. Nous thĂ©orisons en partant de nos vĂ©cus et de nos besoins. Ces besoins sont immenses et multiples comme ils sont urgents. Nous n’avons pas la science infuse ni les rĂ©ponses Ă  toutes les questions. Nous expĂ©rimentons. Les nouvelles Ă©nergies sont les bienvenues.

La Pigeonne est devenue pour beaucoup un lieu de ressources et un refuge face Ă  la violence et l’absurditĂ© de notre sociĂ©tĂ©. Alors mĂȘme que le premier rĂ©flexe des un.e.s et des autres est de se retrancher dans la nation, ou dans un bunker en choisissant l’individualisme ou le dĂ©ni. Nous sommes ailleurs. Nous maintenons un lieu collectif, prĂ©caire, illĂ©gal et nĂ©cessaire qui repose sur des Ă©nergies et des corps fragilisĂ©s. Nous aussi nous connaissons la peur, la maladie, la pauvretĂ© et l’anxiĂ©tĂ©. Si tu viens, demande-toi ce que tu peux apporter, comment tu peux contribuer et pas uniquement ce que tu peux prendre. Nous remercions les personnes qui apportent une aide prĂ©cieuse en participant aux ateliers, aux chantiers, qui profitent de l’espace pour partager des savoirs, transmettre leurs expĂ©riences, filer des ressources matĂ©rielles, comme celleux qui font des dons rĂ©guliers. Cet endroit est aussi le leur.

Si notre coup de gueule te met dans l’inconfort, tant mieux. Nous partons de situations inconfortables et souvent conflictuelles pour transformer nos relations. Ce n’est pas de culpabilitĂ© dont nous avons besoin, mais de vulnĂ©rabilitĂ© partagĂ©e et de prise de responsabilitĂ© pour agir et avoir un impact Ă  long terme sur notre environnement. Les espaces que nous crĂ©ons sont divers, parfois festifs, intimistes, littĂ©raires, artistiques, pratico-pratiques, communautaires ou dĂ©sordonnĂ©s. Nous serions ravi-e-s que tu participes Ă  leur crĂ©ation en proposant des choses folles ou simples qui te nourrissent et sont susceptibles de plaire Ă  d’autres.

En termes de besoins (bien qu’ils soient immenses), si tu n’as pas d’idĂ©e, on partage une liste courte et non exhaustive :

  • du papier pour les impressions (des zines, des zines, des zines !)
  • des bras pour porter des trucs lourds et arranger les espaces
  • de la bouffe et des maillots de bain
  • des envies d’ateliers, de lectures collectives, de discussions, de sport ou yoga
  • rendez les livres que vous avez empruntĂ© Ă  la bibliothĂšque svp
  • fabriquer un portail en bois
  • aides administratives
  • des gars bien Ă  marier
  • deux reins
  • on organise aussi des mariages
  • des souris pour le chat

Infos : site de la Pigeonne

Email : lapigeonne((at]]riseup[dot]net




Source: Manif-est.info