Edito du journal national Expressions Solidaires de septembre 2020 (à paraître)

Cette maxime que l’on attribue au philosophe Antonio Gramsci résonne avec force dans la période. La covid-19 est une accélératrice et une révélatrice d’un monde qui meurt et qui cherche à nous entraîner dans sa chute. Ainsi, le système économique capitaliste, pour maintenir au final ses taux de profits, n’est pas capable de faire face autrement qu’en supprimant des millions d’emplois. Les plus fragiles payent pour les milliardaires. Dans le même temps la crise climatique, liée à nos modes de productions et de consommation, s’aggrave. Et les Etats en profitent pour rogner les libertés, les régimes se durcissent contre les opposant.es, les nationalistes aiguisent leurs haines, les extrêmes-droites alimentent et surfent sur le complotisme…

En France, déjà presque 800 000 personnes ont perdu leur travail. Il est à craindre qu’un million de plus se retrouvent au chômage d’ici décembre. Face à cette catastrophe sociale et humaine, la “relance de l’économie” du gouvernement se fait “à l’ancienne” : baisser les impôts des grosses industries, financer le BTP… L’argent public devrait servir à financer une transition plus profonde. Là il s’agit une fois de plus de colmater en urgence et de maintenir le système en place. Et pendant ce temps les hauts revenus prospèrent sans être mis à contribution.

Il y a nécessité et urgence à porter des ruptures fortes.

C’est le moment d’inventer d’autres choses, d’aller de l’avant, vers un modèle durable et solidaires, social et écologique, qui soit profondément féministe et antiraciste, qui ne base pas sa création de richesses sur l’exploitation des humains, sur la destruction de la nature mais sur les besoins. Alors oui il faut poser la question de l’utilité sociale du travail, de la place des salarié.es au sens large dans la prise de décision et le contrôle de ce qu’elles/ils produisent, donc au final de la forme des entreprises. C’est le temps de la reconversion et de la relocalisation. C’est le moment de porter de façon large et unitaire une autre répartition des richesses, un partage du temps de travail qui permette de ne laisser personne sur le bord de la route. C’est ce que notre Union syndicale, qui tiendra en octobre un congrès extraordinaire pour développer nos réponses dans le contexte actuel, cherche à faire en participant au CUSE (collectif urgence sociale et écologique) qui regroupe des syndicats et des associations. Ce collectif a lancé en mars la pétition “Plus jamais ça” et a élaboré en mai un plan de sortie de crise.

Des exemples concrets existent, comme la Coop des Masques, initiative bretonne visant à produire autrement ces objets devenus tellement essentiels à nos vies. On ne manque pas d’idée ni de volonté. Alors oui la situation est difficile. L’analyse de la période pourrait rendre pessimiste. Mais par la lutte on peut tout changer. On voit que c’est parmi les plus précarisé.es et invisibilisé.es, chez les sans-papier.es, que la revendication de justice sociale et d’égalité des droits fait tache d’huile et pousse à la mobilisation, notamment à travers des marches dès la mi-septembre sur l’ensemble du territoire qui convergeront sur Paris le 17 octobre pour une marche nationale pour la régularisation des Sans Papiers, la fermeture des Centres de rétention et un logement pour tout.es. Il n’y a rien d’inéluctable. L’histoire n’est pas écrite à l’avance. C’est en agissant, en utilisant et renforçant notre outil collectif, le syndicat de lutte, que nous allons inverser la vapeur, que nous allons gagner un autre avenir, émancipateur et égalitaire !


Article publié le 28 Août 2020 sur Solidaires.org