Le Jeudi 2 Mai, on se retrouve en fin d’aprem à une dizaine sur le parking du Quick de Basso Cambo. L’objectif est d’aller ensemble à l’église de Seysses, lieu de départ d’une manif qui est sensée s’approcher au plus près de la taule. On est peu nombreuses et bien surveillé.e.s (au moins une voiture de flics en civil) mais on décide quand même d’y bouger, histoire de pas laisser les potes qui y seraient allé.e.s directement seul tout.

Arrivé à proximité, on se gare pas trop loin et on marche en groupe jusqu’à l’église, sans trop sentir venir le traquenard qui s’annonce. En effet, une fois sur place, on s’aperçoit qu’il n’y a pas grand monde, à part des keufs. Iels commencent à se mettre en mouvement dès qu’on arrive sur le parvis. On ne se laisse pas démonter, et on avance quand même, alors que les flics sprintent de l’autre coté de la place pour essayer de nous rattraper. Ça pue la nasse.

Effectivement, c’est ce qui va se passer. Une dizaine de keufs nous entourent. « Contrôle d’identité » braie l’OPJ (Officier de Police Judiciaire), en étant tout fier de nous montrer sa réquisition du proc fraîchement imprimée. On prend bien le temps de la lire, en en profitant pour avoir un petit cours de géographie local : »le parvis de l’église, il est pas marqué sur la feuille ? », « oui, mais la on est rue de la libération, du coup on a le droit de vous contrôler ».

Bref, dès que la réquisition est passée entre les mains de tout le monde, le petit jeu à assez duré, et iels demandent les papiers et les identités des personnes présentes. On décide de refuser collectivement, ce qui a le don d’énerver la bleusaille locale. Iels demandent du renfort et nous embarquent un.e à un.e. Direction les gendarmeries de Muret et pour ma part de Seysses.

Une fois arrivé sur place, on est dispatché.e dans des bureaux différents, avec chacun.e.s un OPJ pour s’occuper de nous. Le major convoque ses troupes, iels se mettent d’accord sur l’heure du contrôle et sur la marche à suivre si on continue notre refus. Surprise, nous aussi on a le droit de s’entretenir. Du coup on se tchèque, on se rassure et on se met une dernière fois d’accord pour tenir le désormais classique « je n’ai rien a déclaré », même pas une identité. Iels en profitent pour nous demander notre signalétique (empruntes et photos), je refuse.

Du coup je suis placé en garde à vue (GAV), tout comme une deuxième personne qui sera emmenée à Rieumes. Les autres seront libérées sans suite, c’est déjà une bonne nouvelle ! Bref, après beaucoup de paperasse et une petite virée aux urgences (les médecins dans les petites villes ne courant pas les rues), je suis accompagné à ma cellule par les fanfaronnades des keufs de garde « T’as Mr X ou Mr Y toi ? », « ah ba moi j’ai X ahah ».

C’est beaucoup moins marrant au réveil. Le keuf ouvre ma porte en me saluant par mon blaze. Game Over. Iels ont retrouvé ma voiture, m’y emmènent, ouvrent ma portière avec les clés trouvées dans la fouille et trouvent mes papiers dans la boite à gant. Regame over. Bon au moins l’autre pote était pas venu avec une voiture à son nom du coup il avait une chance de pouvoir tenir. Quant à moi, ba j’étais kéblo et j’ai confirmé mon identité.

On me notifie la fin de ma garde à vue et on me défère au tribunal. Arrivé la-bas, je retrouve mon comparse dans les geôles. On est content se se retrouver, on se raconte nos GAV. J’apprends que les flics n’ont pas son identité, tout du moins pas encore, Good news. On m’emmène voir le proc (ureur de la République). Après un bref entretien avec un commis d’office qui a passé plus de temps à discuter avec le flic qui était sensé me garder qu’avec moi, j’entre dans le bureau du proc.

Il me dit tout le mal qu’il pense de moi, et par conséquent requiert un contrôle judiciaire (CJ) jusqu’au procès qui serait en octobre. Je lui répond en lui disant tout le mal que je pense de lui, de sa fonction, et de son satané CJ. L’interaction s’arrête la. Je redescends en attendant mon passage devant la Juge des Libertés (Ahah) et Détention (JLD). Mon comparse redescend lui aussi, Bad news. Iels ont retrouvé sont identité. Un nébuleux fichier au commissariat central de Toulouse dans lequel seraient inscrit des personnes susceptibles de mettre le zbeul, combiné au fichier des permis aurait suffit aux keufs pour retrouver son blaze.

La porte se rouvre, on m’emmène voir la JLD. Elle est guère plus avenante que le proc, mais dans un soupçon de bonté, allège le CJ qu’il voulait me mettre. Pointage au comico tous les 15 jours au lieu de toutes les semaines. Par contre elle confirme l’interdiction de manif à Toulouse et à Paris, et l’interdiction de Seysses. Je prends ma fouille et je sors retrouver les copain.es qui attendent devant le tribunal, après 25 heures de bons et loyaux services. Mon comparse sors lui aussi, mais avec un pointage toutes les semaines. La juge n’ayant pas du aimer se faire rentrer dedans une deuxième fois de suite.

Bilan des courses, des keufs qui veulent toujours nous empêcher de nous rassembler à la prison même quand le point de rassemblement n’est pas devant. Un proc qui leur donne systématiquement des réquisitions. Un fichier au central. Deux procès (qui en suivent un autre qui aura lieu en Septembre parce qu’une personne qui était sur le FPR s’est faite contrôlée au dernier rassemblement pour une histoire d’ADN). Et deux contrôles judiciaires jusqu’à la.

Bon dis comme ça, ça a l’air un peu négatif ! Mais il est nécessaire malgré tous leurs moyens mis en place de continuer à montrer notre solidarité avec les prisonnier.e.s. En s’y rassemblant, en y faisant du bruit et de la lumière, en y diffant des tracts, des journaux, et en diffusant des messages par les ondes. En soutenant financièrement, juridiquement et politiquement les personnes qui sont en taule. En s’opposant à la construction de leurs nouvelles prisons, comme en favorisant la destruction de celles qui sont déjà construites (et de celleux qui en profitent).

Et pierre par pierre, et mur par mur, nous détruirons toutes les prisons !

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Article publié le 12 Mai 2019 sur Iaata.info