“Ici c’est le terminus, si tu arrives à t’en sortir c’est que t’as vraiment un mental d’acier”.
“Ici c’est le terminus, si tu arrives à t’en sortir c’est que t’as vraiment un mental d’acier”.
“Ici c’est le terminus, si tu arrives à t’en sortir c’est que t’as vraiment un mental d’acier”.
publié
le samedi 19 octobre 2019 à 19:26 |

Témoignage d’une prisonnière du Mesnil-Amelot


Je suis ici depuis début septembre, j’étais d’abord au centre de Metz. Après un mois, ils m’ont ramené à Charles de Gaulle pour un vol, j’ai refusé, ils m’ont mis en garde à vue et après ils m’ont mis ici à Mesnil-Amelot. Quand je suis arrivée, j’avais des médicaments que je prenais à Metz, mais ils m’ont tout pris. J’ai pleuré, j’ai tout fait, mais rien. C’était limite comme si je parlais avec personne, ils s’en foutaient.
Du coup, ils m’ont pris de force et ils m’ont mis dans la cellule. Là, j’ai compris que c’est comme une prison, c’est encore pire qu’à Metz. Ça ressemble beaucoup à une prison, la zone est insalubre, c’est dégradé et pas entretenu, les toilettes sont sales et bouchées.
La laverie c’est pas bien, les vêtements ils sentent, on est obligé de les laver après, mais nous non plus on n’a pas vraiment de savon, on a un petit savon, qui ne te permet même pas de te laver.
J’ai compris que c’est à toi d’aller voir auprès de l’administration, quand tu pars si t’as la chance tu rentres voir l’administration, si t’as pas de chance tu peux rester pendant 3 – 4 heures debout. Tu dois passer par une porte avec les policiers, s’ils te laissent pas rentrer tu peux pas voir l’administration, pareil pour l’infirmerie.
Par exemple, j’ai mal aux dents et j’ai essayé d’aller à l’infirmerie et ils me laissent pas rentrer, car ils disent que c’est trop tard pour aujourd’hui, ce sera demain 14h. C’est pour dire qu’ils s’en foutent, si t’as mal ou pas, ils s’en foutent.

Ça se passe comment avec la police ?
Les policiers sont là quand on mange, ils nous surveillent pendant qu’on mange, après ils ferment et ils nous ramènent dans la cellule. Pour l’embarquement, c’est eux qui arrivent pour te porter même de force. Souvent le dimanche ils font la fouille, ils viennent en masse, même si t’es en train de te laver et tout tu dois sortir. Tout le monde dans la cour, et ils peuvent tout jeter de tes affaires pendant la fouille. Finie la fouille, tu peux rentrer.

Tu disais que t’as eu beaucoup de tentatives d’embarquements ?
Oui. Moi c’est déjà la cinquième fois qu’ils me ramènent pour un vol, c’est pas normal. Surtout parce que j’ai juste un problème de papiers, je n’ai plus de visa, c’est tout.

Vous êtes combien dans la section ?
C’est organisé que les hommes sont d’un côté et les femmes de l’autre, on est séparées par un grillage. Des femmes ici on est une vingtaine, voire plus, une trentaine. Avec différents cas, certaines sont ici pour les papiers seulement, d’autres sortent de prison, d’autres doivent être rapatriées en Italie ou en Espagne, car elles sont dublinées. Il y a des femmes enceintes actuellement, un couple dont la femme est enceinte, et une autre toute seule, elle est enceinte de deux jumeaux en plus.

Cela pour te dire qu’ici c’est le terminus, si tu arrives à t’en sortir c’est que t’as vraiment un mental d’acier. Beaucoup ne résistent pas et ont des troubles à la tête. Tous les jours, tu dors, tu manges et t’attends d’être libérée, au tribunal s’ils te libèrent pas ils te ramènent ici, toujours la même chose.


Article publié le 19 Oct 2019 sur Nantes.indymedia.org