Décembre 4, 2020
Par Le Poing
191 visites




Arrestation de Ian B le 28 septembre 2019 à Montpellier

Ian B, militant du collectif “Désarmons-les”, qui œuvre pour le désarmement de la police, comparaissait ce 3 décembre devant le tribunal de grande instance (TGI) de Montpellier, suite à son arrestation, le 28 septembre 2019 lors de l’acte 46 des gilets jaunes. Le Poing a passé un coup de fil à l’intéressé.

Le Poing : Comment s’est passée cette manifestation et ton arrestation ?

Ian B : Le 28 septembre, je venais à Montpellier pour animer une conférence sur les violences d’État, la répression policière et les armes des forces de l’ordre. Elle était censée se tenir juste après la manifestation. Le lendemain, il y avait aussi une rencontre prévue avec des groupes d’observateurs des pratiques policières, à laquelle j’aurais aimé assister. Mais j’ai été arrêté [la conférence s’est tout de même tenue, le 28 octobre].

Je suis donc venu en badaud à la manifestation des gilets jaunes. En fin d’après-midi, le cortège se dirige vers le Polygone. Il y a une altercation, un agent de sécurité du centre commercial jette un extincteur sur la foule. Dans la foulée, les policiers de la Compagnie Départementale d’Intervention [CDI] déboulent de la galerie marchande : des gens sont mis violemment à terre, ils arrêtent deux manifestants. L’un d’eux est relâché immédiatement, sans doute parce que les agents se rendent compte qu’ils n’ont rien à lui reprocher. Je m’approche et je leur dis : « Vous arrêtez les gens pour n’importe quoi ! »

Deux observateurs de la Ligue des Droits de l’Homme [LDH], dont Camille Halut, arrêtée la semaine précédente dans le cadre de sa mission d’observation, viennent filmer une interpellation brutale derrière le cordon de police. Un premier officier vient la pousser en arrière, et un second l’empêche très vite de revenir avec son bouclier. Il commence à lui mettre des coups de bouclier, pour lesquels elle fera d’ailleurs un signalement à l’IGPN. Au troisième coup, je pose ma main en latéral sur le bouclier, pour bloquer le coup ! Toute la scène est visible sous plusieurs angles, dans un montage vidéo mis en ligne sur le site de “Désarmons-les”.

Puis les choses se calment un peu, je retourne du côté de la manifestation. Soudain, un policier me montre du doigt, un autre court vers moi, me renverse sur un bac à fleurs, puis ils sont trois à me plaquer au sol et me passer les menottes !

Comment s’est déroulée ta garde à vue ?

On était plusieurs. Quand on nous amène devant les officiers de police judiciaire [OPJ], ceux-ci s’esclaffent : « Mais qu’est ce qu’ils font là eux ? Vous déconnez les gars, vous les avez tous amochés ! » Puis vient le moment où je sens que s’improvisent contre moi des chefs d’inculpation. Au départ il y avait simplement « violences sur agent dépositaire de l’autorité publique », puis viendront s’ajouter les très classiques « outrage à agent » et « groupement en vue de commettre des violences ».

Quel rôle joue là-dedans mon statut de militant contre les violences d’État ? Difficile à dire, mais j’ai été identifié comme tel, puisque les OPJ ont, devant moi, souligné qu’il leur fallait contacter la DGSI [Direction Générale de la Sécurité Intérieure. Rappelons que Ian B est fiché S pour ses activités militantes…]

Tu as été déféré au TGI de Montpellier, pour une comparution immédiate, dans la foulée de ta garde à vue. Tu as demandé un délai pour préparer ta défense, et, après un premier report le 28 octobre 2019, ton procès a eu lieu ce jeudi 3 décembre. Qu’en est-il de cette audience ?

La juge Gisèle Bresdin ne m’a pas fait de cadeau ! Mais au vu des faits qui m’étaient reprochés, des éléments boiteux dans le dossier, et ayant assisté à de nombreux procès similaires, je m’attendais à une peine avec sursis. C’était sans compter sur l’océan de mensonges et de mauvaise foi qui s’est déployé pendant l’audience !

Face à la juge, j’ai dû batailler pour pouvoir finir mes phrases ; idem pour mon avocat ! L’avocat du policier qui s’est porté partie civile, celui au bouclier, prétendait qu’on m’avait interpellé avec du matériel de protection, ce qui est juste totalement faux, et même pas accrédité par un procès-verbal mensonger. Son client a prétendu que je lui aurais donné des coups de pieds et de poings. C’est faux ! Le tribunal a pu avoir en sa possession des captures d’écran de la vidéosurveillance pour montrer mon visage soi-disant « déformé par la haine », mais pas les vidéos entières pour montrer que les allégations de cet agent de la CDI sont des mensonges !

Et que dire du procureur… Selon lui, le « groupement en vue de commettre des violences » est caractérisé puisqu’on a trouvé sur moi un éclat de grenade… Un objet que je récolte depuis toujours en manif dans le cadre de mon travail sur les armes de la police… [Déjà arrêté dans un train en possession d’un objet similaire, Le Point avait titré : « Un fiché S d’ultragauche qui transportait des grenades en garde à vue »]. Au moment où j’explique avoir tenté de protéger Camille Halut d’un troisième coup de bouclier, il me rétorque : « Et si ça avait été Mohamed Merah, vous vous seriez interposé ? » Comparer une observatrice de la LDH à un terroriste islamiste, il fallait oser !

Verdict ?

La juge ne s’est pas contenté pas de suivre les réquisitions du procureur – cinq mois ferme avec aménagement –, elle a fait monter les enchères : ce sera huit mois ferme [sans mandat de dépôt, ce qui ouvre le droit à un aménagement de peine] ! Plus 600 euros de dommages et intérêts à verser au policier ! Si les choses en restent là, je vais passer devant un Juge des Libertés et de la Détention [JLD], pour qu’on décide de la manière dont je vais purger ma peine. Avec un bracelet électronique, certainement. Une grosse entrave à mes projets persos, puisque je comptais travailler à l’étranger… On a dix jours pour décider ou non de faire appel de cette décision.

Un autre interpellé du mouvement social passait ce jeudi 3 décembre devant le TGI de Montpellier. Il a obtenu un report d’audience.




Source: Lepoing.net