Mai 16, 2023
Par Contre Attaque
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La publicité du ministÚre de l'Intérieur, sur fond de manifestation féministe faisant face à une ligne de keufs

«SĂ©curitĂ© des femmes dans l’espace public, les forces de l’ordre vous protĂšgent» est-il inscrit sur le flyer, avec l’image d’une femme de dos, seule, face Ă  la foule. PremiĂšre question Ă©vidente : depuis quand la police nous protĂšge ? Dans la rue, les commissariats, dans les manifestations, la police est violente et sexiste, et ce n’est pas en distribuant des bouts de papier qu’on nous fera croire qu’elle nous protĂšge !

Refus de dĂ©pĂŽt de plainte, culpabilisation des victimes, propos sexistes, agressions sexuelles
 Non la police ne protĂšge pas les femmes, encore moins l’ensemble des personnes sexisĂ©es, victimes de violences et de discriminations quotidiennement. Dans le mĂ©pris total des institutions policiĂšres et judiciaires, qui rĂ©itĂšrent elles-mĂȘmes ce continuum de violence. On se souvient des arrestations, parfois violentes, de colleuses fĂ©ministes Ă  Bordeaux, Paris ou Nantes. On se souvient de la marche fĂ©ministes du 8 mars 2020 Ă  Paris, rĂ©primĂ©e par la police. On se souvient des Ă©tudiantes de Nantes agressĂ©es sexuellement lors d’un contrĂŽle aprĂšs une action militante cette annĂ©e. On se souvient des violences trop ordinaires commises par les agents, au sein de leurs propres familles. Comment la police pourrait-elle protĂ©ger les femmes alors que l’institution porte en elle la violence patriarcale ?

«GĂ©rald Darmanin lance une grande opĂ©ration sur la sĂ©curitĂ© des femmes dans l’espace public» peut-on lire sur le site du MinistĂšre de l’intĂ©rieur, qui invite mĂȘme les fĂ©ministes Ă  rentrer dans la police. Le mĂȘme Ministre mis en cause, qui n’a lui-mĂȘme pas compris la dĂ©finition du viol ? Celui qui dĂ©fendait les flics ayant agressĂ© sexuellement les Ă©tudiantes de Nantes lors de fouilles abusives ? Le mĂȘme qui s’opposait Ă  l’égalitĂ© des droits pour les personnes homosexuelles ? Celui qui militait aux cĂŽtĂ©s des royalistes rĂ©acs de l’Action Française ?

Cet homme qui, pour tenter de se redonner une conscience, mobilise des keufs pour distribuer ce type de flyers. Certes, ça les changera de la distribution de coups de tonfa et de grenades. Mais n’allons pas croire que cette opĂ©ration ne soit autre qu’un coup de com’ pour faire oublier la nullitĂ© de ce gouvernement en matiĂšre de lutte contre les discriminations et les violences sexistes et sexuelles.

Une opĂ©ration d’autant plus hypocrite qu’elle semble oublier la rĂ©alitĂ© des violences sexistes et sexuelles. Le refus habituel des forces de l’ordre d’intervenir, notamment dans le cadre de violences conjugales ; la complaisance des flics avec les auteurs de violences puisqu’ils en font eux-mĂȘme partie, comme le dĂ©nonçait le livre «Silence, on cogne». Une enquĂȘte sur les violences conjugales subies par des femmes de gendarmes et de policiers, par Sophie Boutboul et AlizĂ© Bernard, qui recueille les tĂ©moignages de conjointes d’agents agresseurs.

C’est Ă©galement oublier l’impunitĂ© judiciaire des auteurs de violences sexuelles et le taux exorbitant de classements sans suite et de non-lieu. Plus de 70% des plaintes pour violences sexistes et sexuelles sont classĂ©es sans suite, alors mĂȘme qu’on estime que ces plaintes ne correspondent qu’à 10% des violences commises. Comment envisager alors que d’avertir les services de police des violences que l’on subit pourra permettre d’engager un processus de prise de conscience et de lutte contre les violences sexistes.

Le racisme de l’institution s’ajoute parfois Ă  son sexisme. Le mĂ©dia indĂ©pendant Street Press rĂ©vĂšle plusieurs cas de femmes sans-papiers victimes d’agressions, qui ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es et placĂ©es en centres de rĂ©tention alors qu’elle portaient plainte au commissariat. Notamment NaĂŻma, jetĂ©e Ă  la rue avec ses 2 enfants par son mari qui, aprĂšs une altercation, tente d’expliquer son histoire Ă  des policiers
 qui la jettent en cellule avant de l’envoyer en rĂ©tention en vue d’une expulsion. La double peine. Une pratique dĂ©noncĂ©e par la Cimade : «Il faut absolument que le ministĂšre de l’IntĂ©rieur rappelle Ă  la police qu’il y a une obligation de prendre les plaintes des personnes victimes d’infractions ! Il n’y a ni condition de sĂ©jour, ni condition de nationalité».

Le Haut conseil Ă  l’égalitĂ© s’inquiĂ©tait lui-mĂȘme, dans un rapport rendu en janvier 2023 : «Le sexisme ne recule pas en France. Au contraire, certaines de ses manifestations les plus violentes s’aggravent et les jeunes gĂ©nĂ©rations sont les plus touchĂ©es». Celui-ci note que «cinq ans aprĂšs #MeToo», la «sociĂ©tĂ© française reste sexiste dans toutes les sphĂšres : publique, privĂ©e, professionnelle, mĂ©diatique »

À mesure que la parole des victimes du patriarcat commence Ă  ĂȘtre diffusĂ©es dans les mĂ©dias et la sphĂšre publique, les rĂ©flexes masculinistes se renforcent. Et cyniquement, les autoritĂ©s s’approprient cette question pour redorer le blason des forces de l’ordre. Tant qu’un rĂ©el rapport de force ne sera pas imposĂ© pour inverser la peur, le combat ne pourra ĂȘtre gagnĂ©. Optons pour l’autodĂ©fense et la riposte fĂ©ministe !

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Source: Contre-attaque.net