Novembre 30, 2020
Par Lundi matin
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Le problĂšme sous-jacent Ă©tant celui du « sujet Â» ; terme dont il faut immĂ©diatement noter l’ambiguĂŻtĂ©, la distinction en opposition entre « sujet maĂźtre Â», celui qui agit, celui qui « dĂ©cide Â» – le dĂ©cisionnisme Ă©tant une variante du complotisme – et « sujet assujetti Â», celui qui est agi, le simple exĂ©cutant, le cadavre vivant, cette distinction est essentielle pour classer les trois formes que nous introduisons.

1 – Complot et complotisme

Pour les complotistes (vulgaires) un complot renvoie Ă  des « sectes secrĂštes Â», des franc-maçonneries, ou autres rĂ©unions tĂ©nĂ©breuses, implique l’idĂ©e d’un « comitĂ© secret Â», de rĂ©unions secrĂštes ou de cabinets noirs et repose sur une gĂ©nĂ©ralisation romancĂ©e des mĂ©thodes des « services secrets Â» (qui sont des organisations militaires disciplinĂ©es).

Le complotisme est un hyper subjectivisme.

Si l’on veut, et pour commencer, le complotisme est un conspirationnisme exacerbĂ©, un volontarisme dĂ©bridĂ©.

Un complot implique un plan avec des décideurs qui commandent et des exécutants bien disciplinés.

Et plutĂŽt que le modĂšle idĂ©alisĂ© des « services secrets Â», c’est certainement la stratĂ©gie des entreprises qui sert de patron ; le complotisme n’est que l’expression des stratĂ©gies d’entreprise, toute entreprise Ă©tant complotiste.

L’idĂ©e de complot dĂ©rive d’une pensĂ©e militaire stratĂ©gique ; c’est pourquoi les complotistes sont gĂ©nĂ©ralement « de droite (extrĂȘme) Â», sans doute d’anciens militaires ou des fanatiques de l’ordre militaire, vĂ©nĂ©rant l’AS & l’OAS, et tous les coups tordus des sections spĂ©ciales (de nouveau les services secrets).

2 – Conspiration et conspirationnisme

Pour aller vite, nous dĂ©taillerons dans la suite, disons que le conspirationnisme se distingue du complotisme par l’épaisseur du temps : une conspiration est un projet trĂšs long qui se dĂ©ploie dans l’histoire.

L’épaisseur du temps conspiratoire implique une organisation conspiratoire complexe, organisation, Ă©glise, parti, supposĂ©e ĂȘtre capable de « tenir Â» (dans) le temps, au-delĂ  des « agents mortels Â» qui composent, passagĂšrement, l’organisation.

La prise en compte du temps historique et de la mortalitĂ© (des agents) implique de dĂ©passer un subjectivisme trop dĂ©cisionniste ou trop personnalisĂ© (il est question d’institutions, puis de mouvements abstraits, pas de personnes).

Il y a cependant un point commun entre complot et conspiration : le projet, qui, pour le complot, est un plan (secret) court, et, qui, pour la conspiration, est une idĂ©e (publique) longue.

Si, pour nous, le modĂšle du complot est la gestion stratĂ©gique des entreprises, le modĂšle de la conspiration est celui de la christianisation, « organisĂ©e Â» par l’église chrĂ©tienne (nous reviendrons plusieurs fois sur ce modĂšle exemplaire de la conspiration chrĂ©tienne).

Mais, pour ĂȘtre plaisant, la pensĂ©e « communiste Â» de Badiou, avec son « idĂ©e du communisme Â» et ses rĂ©fĂ©rences appuyĂ©es Ă  Paul (Saint Paul), rentre dans le cadre du conspirationnisme ; ici un conspirationnisme plus que virtuel.

Pour le complot, le plan, le projet Ă  rĂ©aliser, est aussi prĂ©cis qu’un plan d’attaque militaire tel que les entreprises stratĂ©giques le dessinent ; pour la conspiration, le projet est beaucoup plus gĂ©nĂ©ral et abstrait, c’est « une idĂ©e Â» qui guide la conspiration (dont le symbole est bien sĂ»r l’étoile, rouge ou grise).

RĂ©sumons :

Complot = mĂ©thode concrĂšte d’entreprise, avec des dĂ©cideurs dĂ©terminĂ©s et un organigramme de dĂ©cision (subjectivisme fort).

Conspiration = tentative idéologique à trÚs long terme (subjectivisme faible ou non subjectivisme).

Conspiration doit se lire : respiration, souffle, esprit, idĂ©e – toujours la conspiration chrĂ©tienne.

Complot et conspiration se ressemblent ; mais la diffĂ©rence essentielle porte sur le TEMPS et la subjectivitĂ© associĂ©e. Un complot court exĂ©cutable peut (sembler) ĂȘtre renvoyĂ© Ă  des officiers exĂ©cutants ou traitants, tandis qu’une conspiration longue et alĂ©atoire est soumise au rĂšgne de la contingence, contingence dĂ©rivant du temps long et effet des contradictions, des conflits, des morts, que ce temps long nĂ©cessairement dĂ©ploie.

Si l’on veut, pour ĂȘtre encore plus ramassĂ©, complot = dĂ©terminisme classique, conspiration = indĂ©terminisme et dynamique chaotique (mais cependant dynamique).

3 – On peut alors affiner la division (entre complot et conspiration) et introduire une sous classification entre conspiration subjective et conspiration objective

L’idĂ©e de conspiration subjective suppose encore qu’il y a « un sujet Â» qui guide, dirige, mĂȘme si ce sujet devient dĂ©multipliĂ©, populeux ou multiple.

Telle est la recherche du « sujet rĂ©volutionnaire Â» mis au centre des « conspirations communistes Â» (conspirations qui sont des rĂ©cupĂ©rations de la grande conspiration, celle de l’église chrĂ©tienne).

Mais cette idĂ©e « de sujet moral Â» (de personne morale, abstraite) nous Ă©carte tout de suite du « subjectivisme vulgaire Â».

Cette idĂ©e de « sujet collectif Â» rend intenable, avec le temps long qui lui correspond, la dĂ©signation de comploteurs (rĂ©sumer « la classe prolĂ©taire Â» Ă  LĂ©nine est une facilitĂ© « people Â» – bien lire le chef d’Ɠuvre de China MiĂ©ville sur Octobre, 1917).

À long terme tous les comploteurs seront morts ; mais la conspiration continue !

« Le sujet Â» complotiste / conspirationniste doit cĂ©der la place Ă  une institution conspiratoire (Ă©glise ou parti) puis Ă  une dynamique abstraite « de l’idĂ©e Â».

Si l’on suit le modĂšle de la conspiration chrĂ©tienne, l’église, « le sujet Â» de la conspiration, cette institution crĂ©Ă©e pour gĂ©rer la durĂ©e, est traversĂ©e par des ruptures, des conflits. Encore une fois, l’introduction du TEMPS HISTORIQUE long modifie totalement le cadre dans lequel on peut penser complot ou conspiration. MĂȘme une secte militarisĂ©e d’illuminĂ©s, qui visent Ă  casser le monde en deux, se transforme, dans le temps, en un nid de serpents venimeux ; si le complot, court, semble Ă©chapper Ă  la corruption, il n’en est jamais de mĂȘme d’une conspiration, longue.

La conspiration doit, donc, ĂȘtre pensĂ©e avec ses contradictions, ses luttes internes.

Si l’analyse du complot relĂšve d’un quelconque manuel d’économie ou de gestion stratĂ©gique, l’entreprise Ă©tant le prototype du complotisme permanent, l’analyse du conspirationnisme, dĂšs que l’on abandonne le subjectivisme facile (ou imagĂ©), dĂšs que l’on introduit l’alĂ©atoire, la contingence, la contradiction, le conflit interne, la nĂ©gativitĂ©, etc., exige un schĂ©ma plus complexe.

SchĂ©ma qu’offre la sociologie historique ou la philosophie hĂ©gĂ©lienne, nous y reviendrons plus loin.

Par exemple, analyser la conspiration contre-rĂ©volutionnaire en France, de la Restauration au Second Empire, ou de PĂ©tain Ă  Macron, avec « le choix de la dĂ©faite Â» ou celui de « l’intĂ©gration europĂ©enne Â» implique de lourdes Ă©tudes socio-historiques, complexes et feuilletĂ©es. OĂč, exemple dans l’exemple, il faut montrer que la France contre-rĂ©volutionnaire (bonapartiste et royaliste) est une des sources du fascisme (hommage Ă  Zeev Sternhell).

Finalement une conspiration objective, ce que nous introduirons dans la suite, est un mouvement politico-religieux qui tente de « faire avancer une idĂ©e Â», sur le trĂšs long terme (inhumaniste).

Maintenant, nous allons examiner une telle conspiration objective, la conspiration (objective) des Ă©conomistes.

Cette conspiration est « la cause Â» de l’épidĂ©mie virale actuelle (2020) et de bien d’autres dĂ©sastres socio-Ă©cologiques (comme l’holocauste des animaux).

Pour mener cette contre-analyse « conspirationniste Â» (objective) nous allons reprendre les thĂšmes juste introduits et les difracter.

La conspiration des Ă©conomistes

L’épidĂ©mie virale (de 2020) est la consĂ©quence du dĂ©ferlement Ă©conomique, colonisation, prĂ©dation, extraction, exploitation, consommation, facilitĂ©s, commoditĂ©s. Or ce dĂ©ferlement est le rĂ©sultat d’une « conspiration Â», la conspiration des Ă©conomistes, de la secte Ă  l’église, des entreprises prĂ©datrices extractivistes aux finances du contrĂŽle gĂ©nĂ©ral, conspiration pour instaurer « le totalitarisme Ă©conomique Â», conspiration pour porter « Ă  l’idĂ©e Â» le capitalisme excitĂ© et branlant, conspiration pour rendre rĂ©flexif (et spirituel) un chemin erratique et dĂ©sastreux, celui du capitalisme colonial de la terre arasĂ©e. Conspiration pour faire du capitalisme des vandales, l’économie au service de l’humanitĂ©. L’épidĂ©mie invasive est donc « causĂ©e Â» par une conspiration, par un « souffle Â», celui de l’économicisation, il faut dĂ©velopper l’économie, par la promotion de « l’idĂ©e du capitalisme Â», spiritualisation d’un mouvement historique inconscient de lui-mĂȘme et qui, sans cette spiritualisation, serait restĂ© un simple havre de pirates.

Sans le montage dogmatique des Ă©conomistes, le capitalisme n’aurait pas pu atteindre la force des « idĂ©es Â» qui dĂ©placent les montagnes. MĂȘme l’enrichissement affairiste, que l’on met souvent Ă  la base de la dynamique des entreprises de prĂ©dation, mĂȘme la cupiditĂ© mortelle, ne peuvent ĂȘtre entretenues que par l’idĂ©ologie (libĂ©rale ou nĂ©olibĂ©rale) qui permet la transmutation du vulgaire plomb des militaires coloniaux en or des financiers, transmutation du pillage ou du brigandage en affaire commune de l’humanitĂ©. Nous retrouvons ici l’idĂ©e forte de Soljenitsyne selon laquelle les assassinats ou les tueries classiques n’ont pu se transformer en gigantesques meurtres de masse que sous « le couvert Â» de l’idĂ©ologie « de la dĂ©fense et de la promotion de l’humanitĂ© Â».

C’est cette « causalitĂ© conspiratoire Â», ce « souffle spirituel Â», ce montage dogmatique de l’esprit Ă©conomique (et de l’esprit d’entreprise) que nous allons analyser.

L’épidĂ©mie virale, parmi d’autres dĂ©sastres bien connus (sociaux, moraux, Ă©cologiques), est l’effet du souffle de l’esprit d’entreprise, esprit montĂ© en idĂ©ologie par les Ă©conomistes.

Conspiration, respiration, effet de souffle, conversion, destruction, mise Ă  mort.

Nous allons montrer que l’épidĂ©mie actuelle (2020 – silence pour les visons [1]) est la consĂ©quence, involontaire mais utile et agrĂ©able, rĂ©cupĂ©rable, d’un mouvement trĂšs long, mouvement historique s’étendant sur, au moins, cinq siĂšcles, le mouvement de la conversion Ă  l’économie, le mouvement de la conquĂȘte religieuse pour dĂ©ployer « totalement Â» l’économie.

L’épidĂ©mie, avec d’autres dĂ©sastres (Ă©cologiques) est la consĂ©quence, encore une fois involontaire (c’est un « effet externe Â») mais rĂ©cupĂ©rable (en termes de perfection policiĂšre), l’effet (de souffle) de la guerre sacrĂ©e des Ă©conomistes.

Nous pouvons donc parler de « projet conspirationniste Â» (ou de plan spirituel, l’esprit saint) – histoire conspiratoire et non pas dĂ©lire complotiste, stratĂ©gie sans stratĂšge, qu’il faut dĂ©nouer.

Insistons, cette histoire conspiratoire est celle du souffle, de l’esprit, des Ă©conomistes, de la secte Ă  l’église et aux finances ; esprit d’entreprise qui est la cause gĂ©nĂ©ratrice, respiratoire, de l’épidĂ©mie et des autres dĂ©sastres.

L’arasement, Ă©cologique, mais d’abord moral (la corruption rĂ©pandue – BlackRock), l’uniformisation, religieuse, la conversion de masse pour l’unitĂ© de la foi religieuse, toutes ces mĂ©thodes religieuses de la conversion forcĂ©e Ă  la foi Ă©conomique, avec ses « retours sur investissement Â» (comme la consommation dĂ©bridĂ©e et ses commoditĂ©s attachantes), toutes ces mĂ©thodes Ă©conomiques (et biopolitiques) sont « causes Â» de la catastrophe.

Certes, ce dĂ©sastre Ă©pidĂ©mique (et dĂ©jĂ  dĂ©sastre moral ou politique) n’est qu’un minuscule dĂ©sastre parmi les dĂ©sastres provoquĂ©s par la marche impĂ©rieuse des lĂ©gions dĂ©sastreuses, les lĂ©gions pour la propagation de la foi Ă©conomique, des conquistadors (fascinĂ©s par l’or) aux maĂźtres de plantations, aux industriels (avec leurs moulins sataniques) et aux techniciens de l’innovation (biochimique, par exemple) en passant par les grands et petits prĂȘtres de la colonisation (ou de la croissance), prĂȘtres regroupĂ©s dans l’église Ă©conomique.

Et si l’épidĂ©mie est le rĂ©sultat conspiratoire du souffle Ă©conomique, ce n’est pas tant que ce rĂ©sultat involontaire ait Ă©tĂ© voulu, calculĂ©, anticipĂ© (c’est mĂȘme tout le contraire, l’imprĂ©vision et son chaos ayant dominĂ©), mais que cet effet de souffle (et soufflant) a pu, rapidement, ĂȘtre intĂ©grĂ©, rĂ©cupĂ©rĂ©, ingĂ©rĂ©, utilisĂ© comme « mĂ©thode providentielle Â» pour rebondir vers toujours plus de contraintes, de contrĂŽles, de surveillance de la foi, vers plus « d’artificialisation Â» ou de conformation, en rĂ©haussant le caractĂšre sacrĂ© de la consommation, des dĂ©placements ou des fĂȘtes, en renforçant l’ingestion dans la gigantesque machinerie biotechnologique, et le vaccin sauvera le monde, sans qu’il y ait rien d’autre Ă  changer, au contraire en renforçant l’emprise techno-industrielle.

Le texte sera divisé en deux parties.

D’abord l’exposĂ© direct et rapide de « la conspiration des Ă©conomistes Â», en mobilisant l’analogie Ă  « la conspiration chrĂ©tienne Â» (celle de l’esprit conquĂ©rant – mais il est toujours question de prosĂ©lytisme – d’évangĂ©lisme).

L’économicisation (arasement) du monde se rĂ©alise au moyen d’un dĂ©ploiement spirituel (le souffle conspiratoire), celui de la conversion massive (Ă  l’esprit d’entreprise et ses supposĂ©s libĂ©ralitĂ©s et avantages, comme pouvoir exploiter en paix – le libre commerce, la libre circulation), celui de la fabrication industrielle en masse des « nouveaux croyants Â», des adeptes mĂ©canisĂ©s de la foi (consumĂ©riste), toujours plus bigots que les Ă©vĂȘques, que l’on peut, eux, soupçonner de cynisme arriviste.

Et cette conquĂȘte spirituelle, cette guerre sacrĂ©e, s’opĂšre selon les mĂ©thodes les plus validĂ©es de la christianisation, conversion de masse vampirique ou forcĂ©e.

Avec un projet trĂšs long, le contenu pestilentiel du souffle (l’économicisation), et une organisation nĂ©cessaire, une Ă©glise, un parti, un État. Projet de dimension historique qui, Ă©videmment, est traversĂ© par des « contradictions Â», des conflits, des guerres civiles (internes), les guerres de religion (comme la guerre froide).

Mais comme tente de nous l’expliquer Hegel, le grand maĂźtre de tous les conspirateurs, c’est par les conflits et les oppositions (la nĂ©gativitĂ© positive, Ă  condition que la nĂ©gativitĂ© soit positivante) que le souffle se rĂ©active sans cesse et gagne en force. La dialectique classique hĂ©gĂ©lienne Ă©tant la grande doctrine de la conspiration, d’abord chrĂ©tienne, Ă©conomique ensuite – la thĂ©orie conspiratoire de l’histoire, oĂč l’histoire est poussĂ©e par le souffle de l’esprit. La philosophie hĂ©gĂ©lienne Ă©tant le brĂ©viaire mĂ©taphysique des conspirations (des mouvements tĂ©lĂ©ologiques, comme la marche de l’esprit chrĂ©tien ou celui de l’économie de l’abondance).

Arrivons alors Ă  notre petit reg spatio-temporel : l’épidĂ©mie virale (en 2020) n’est qu’un symptĂŽme, le symptĂŽme, localisĂ© spatio-temporellement, de la grande conspiration, du grand mouvement prosĂ©lyte (et politico-religieux) pour la conversion totale Ă  l’économie.

Ce qui est nommĂ© « effet externe Â», malheureux, mais tant pis, ou effet involontaire, imprĂ©vu, d’une marche volontaire. Effet malheureux mais bienvenu, autant que l’église Ă©conomique, comme toute Ă©glise hĂ©gĂ©lienne, est capable de rattraper ses erreurs pour affirmer son service.

L’économicisation se dĂ©ploie par le dĂ©sastre, Ă©pidĂ©mique ou Ă©cologique, comme la christianisation a su se dĂ©ployer par les guerres civiles de religion, par « la protestation Â» ou l’hĂ©rĂ©sie surmontĂ©es (sursumĂ©es), par exemple par « l’usage Â» de la proximitĂ© des franciscains aux hĂ©rĂ©tiques du « christ pauvre Â», comme la christianisation a su « progresser Â» des premiers Ă©vangĂ©listes aux derniers et nouveaux Ă©vangĂ©listes (qui sont aussi des Ă©vangĂ©listes du marchĂ©).

DĂ©finissons la BIOPOLITIQUE comme la tentative de la conversion spirituelle intĂ©grale ou comme la conspiration, le souffle pour INTÉGRER (ce qui veut dire unifier sous la banniĂšre de la foi) tout corps, transformĂ© en agent mĂ©canique, « auto-entrepreneur Â» par exemple.

La biopolitique s’empare des corps et les transforme en croyants zĂ©lĂ©s. En machines de la guerre sainte pour la propagation de la foi en l’économie et en ses richesses pour tous.

Cette politique de conformation conversion intĂ©grale, ou totale, le fameux totalitarisme de marchĂ©, bien que pensĂ©e, disputĂ©e, modĂ©lisĂ©e, agencĂ©e (le fameux hĂ©gĂ©lianisme implicite), s’appuyant sur des agents nouveaux convertis (comme « les socialistes libĂ©raux Â») ou des fonctionnaires zĂ©lĂ©s du dĂ©ploiement religieux (les mouvements de patronage et des patrons) se heurte, nĂ©cessairement, Ă  des obstacles, des « contradictions Â» et, ainsi, avance erratiquement – mais avance ! La biopolitique de la conversion Ă©conomique, qui fabrique des corps sains, sportifs, jeunes, croyants, volontaires, se dĂ©ploie par ses ERREURS, toujours rĂ©cupĂ©rables (et toujours Hegel).

La grande Ă©pidĂ©mie (de 2020) n’est qu’une erreur de parcours, mais une erreur utile [2].

Ce n’est pas une erreur due Ă  une dĂ©faillance dans la prĂ©dation (Ă©cologique disons) ou dans la vampirisation (conformatrice – les consommateurs hallucinĂ©s ou allumĂ©s et fĂ©tichistes) qui va pouvoir stopper un mouvement conspiratoire dont l’inertie historique est si massive.

Les massacres religieux, l’extermination des indiens convertis (annihilĂ©s justement par une Ă©pidĂ©mie), la colonisation et les traites nĂ©griĂšres, les tortures de l’inquisition, etc., tout cela n’a jamais empĂȘchĂ© les croyants de continuer Ă  croire. Au contraire, sitĂŽt que l’on pense le conflit, interne ou externe, comme le grand moteur de toute conspiration, dans la volontĂ© de « dĂ©placer les montagnes Â», alors la fameuse « stratĂ©gie du choc Â» devient une stratĂ©gie gĂ©nĂ©rale « d’empowerment Â».

L’objectif biopolitique de s’emparer des corps et des esprits pour gĂ©nĂ©rer l’économicisation totale, cet objectif de colonisation intĂ©grale, subjective et matĂ©rielle, de constitution de croyants robotisĂ©s (ou zombifiĂ©s, possĂ©dĂ©s – la possession psychique Ă©tant plus importante que la possession physique), cet objectif est tellement « pesant Â» que ce n’est pas un petit effet externe, Ă  peine malheureux, une grippe, qui va gripper le mouvement de conversion religieuse. Pendant la peste la fĂȘte continue !

Encore une fois, au contraire, dĂšs que l’erreur de parcours peut ĂȘtre spiritualisĂ©e (dialectisĂ©e), elle va servir Ă  renforcer la cause, ici Ă  approfondir l’intĂ©gration au monde dĂ©sastreux.

Traiter les symptĂŽmes, l’épidĂ©mie n’étant qu’un symptĂŽme de la grande conversion, de l’économicisation radicale ; ne jamais traiter les causes, puisqu’il s’agit de « causes sacrĂ©es Â».

Lorsque l’épidĂ©mie devient un moyen rĂ©cupĂ©rable pour amĂ©liorer l’usinage des croyants (en menaçant la dĂ©bauche consumĂ©riste de NoĂ«l, en provoquant la privation psychique et la frustration, horreur, pas de sports d’hiver), alors l’effet externe est internalisĂ©. Susciter la peur, agiter la menace, la rĂ©pression policiĂšre (l’inquisition), manipuler le manque (et l’amour in fine), toutes les mĂ©thodes religieuses peuvent ĂȘtre adoptĂ©es et adaptĂ©es.

Il s’agit de ne jamais changer les causes (par exemple abandonner l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale de l’entreprise salvatrice) mais toujours de renforcer la police de la foi, d’énoncer que les causes sont « indĂ©boulonnables Â».

AprĂšs cet exposĂ© direct, (A), de la conspiration ou du souffle de l’esprit saint (et sain), exposĂ© que nous avons bien introduit, nous dĂ©velopperons une partie annexe, elle-mĂȘme divisĂ©e en deux, (B1), une rĂ©flexion gĂ©nĂ©rale sur le conspirationnisme, Ă  la lumiĂšre de ce que nous avons dit de la conspiration, du souffle, (B2), une introduction au cƓur de cette conspiration des Ă©conomistes, une prĂ©sentation des Ă©vangiles du despotisme Ă©conomique ou des livres saints de la nouvelle religion Ă©conomique.

Mais avant tout cela, donnons un tableau de cette conspiration évangélique (tableau qui sera un peu complété en (B2).)

PrĂ©sentons ce tableau Ă  la maniĂšre historiographique classique :

Causes lointaines :

Le dĂ©veloppement du capitalisme (depuis le 15e siĂšcle) intĂ©grĂ© dans le dĂ©ploiement de l’idĂ©ologie Ă©conomique, libĂ©rale puis nĂ©olibĂ©rale. Ou, si l’on prĂ©fĂšre, le capitalisme construit comme religion.

Le dogme de l’entreprise salvatrice.

La croyance en la supériorité de la propriété privée et de la liberté économique.

Dont rĂ©sulte le public management actuel et l’expansion de la bureaucratie (du contrĂŽle financier).

Causes proches :

La destruction des services publics.

ParticuliĂšrement, l’hĂŽpital dĂ©structurĂ© (pour le bĂ©nĂ©fice des fonds de pension comme BlackRock).

La mise en roue libre de la bureaucratie de gestion (les ARS et autres agences de santé).

La corruption générale du despotisme économique libéré.

(A) La conspiration des Ă©conomistes comme conspiration objective

Nous voudrions, ici, insister sur un point : une conspiration, qui est un mouvement historique long et sans sujet, n’est pas un complot, que l’on imagine liĂ© Ă  des comploteurs invisibles mais dĂ©signables, trop subjectivĂ© donc et avec des sujets vivants (que l’on pourrait lapider), des comploteurs que l’on peut rencontrer (et en faible nombre, Bill Gates, George Soros, etc.) ou des sectes qui organisent des messes orphiques dans des caches troglodytiques. Dans une conspiration il n’y a pas de caves Ă©clairĂ©es par des torches sataniques, tout se dĂ©roule dans les salons lumineux des palais ou des hĂŽtels (Mont PĂšlerin au-dessus de Vevey ou Davos au milieu des vaches grisonnes, qui sont grises ou hĂ©gĂ©liennes).

Certes une conspiration (pensons toujours au christianisme), qui est un mouvement historique objectif sans sujet, implique des agents ou des fonctionnaires, des officiers, des servants, des cadavres vivants ; et il peut ĂȘtre « facile Â» de prĂ©senter la conspiration au travers de ses agents (comme nous l’avons fait dans notre sĂ©rie sur la conspiration des ingĂ©nieurs) ; mais la conspiration n’est pas « pilotĂ©e Â» Ă  la maniĂšre dont les complotistes l’imaginent (nous reviendrons sur ce thĂšme en (B1) ). La « maintenance Â» d’une conspiration, Ă©chelonnĂ©e sur plusieurs siĂšcles, s’effectue de maniĂšre beaucoup plus erratique qu’un simple « pilotage Â» (style Obama guidant les drones).

Cette maintenance exige, au moins la constitution d’une Ă©glise, d’un collectif qui est capable de transcender le temps ; mais cela, nĂ©cessaire, est loin d’ĂȘtre suffisant.

Nous tombons alors dans les dĂ©bats classiques de l’évolutionnisme darwinien : si le rĂ©sultat d’un mouvement historique peut (toujours !) ĂȘtre expliquĂ© aprĂšs coup, il est (toujours !) imprĂ©visible et inexplicable, avant.

Une conspiration est soumise Ă  la contingence et tombe dans le registre de l’alĂ©atoire, du stochastique des mouvements incontrĂŽlables (mais totalement rationalisables Ă  la fin – toujours l’ombre de Hegel). Alors qu’un complot est supposĂ© ĂȘtre dĂ©terministe et guidĂ© de maniĂšre suivie.

Dans une conspiration l’involontaire rĂšgne et le chaos domine (comme pour cette Ă©pidĂ©mie). Un complot, au contraire, est supposĂ© ĂȘtre organisĂ© par un ensemble d’actions volontaires coordonnĂ©es, « dĂ©cisionnistes Â», avec des « dĂ©cideurs Â» calculant des stratĂ©gies (une politique d’entreprise est un complot, mais une politique Ă©conomique est une conspiration).

Soit alors notre « sujet Â» : le mouvement de dĂ©ploiement de l’économie libĂ©rĂ©e, qui dure, au moins, depuis cinq siĂšcles.

Pourquoi ce mouvement historique (qui fait l’objet de l’histoire des faits Ă©conomiques ou du capitalisme) et donc alĂ©atoire et plutĂŽt erratique, peut-il ĂȘtre dĂ©signĂ© comme « une conspiration Â» ?

Nous l’avons dit : parce qu’un souffle commun pousse une multitude d’agents diversifiĂ©s (des marchands, des entrepreneurs, des pirates aux pasteurs Ă©vangĂ©listes) vers un objectif unique, celui de la mise sous domination Ă©conomique du monde. Pour en permettre l’exploitation optimale et sans entrave. Pour la richesse de tous.

Si donc l’entreprise physique de prĂ©dation est nĂ©cessaire (les conquistadors) elle est loin d’ĂȘtre suffisante ; l’exploitation matĂ©rielle doit se doubler d’une lĂ©gitimation globale et d’une idĂ©ologie de surplomb (les missionnaires religieux accompagnent toujours les conquĂ©rants colonialistes – et il faut toujours un État militarisĂ© pour protĂ©ger tout cela, pensons Ă  BollorĂ©).

On pourrait parler de projet totalitaire.

Mais il est beaucoup plus simple de partir de l’idĂ©e que l’économie est une (nouvelle) religion (qui surpasse et intĂšgre les anciennes religions traditionnelles).

La conspiration dont nous parlons n’est autre que la trajectoire (objective) de la conversion Ă  l’économie (que nous pouvons dĂ©crire comme biopolitique, transformation des corps par la possession).

Il y a bien eu une « conspiration chrĂ©tienne Â» pour la conversion Ă  « la vraie religion Â», conspiration dont on peut raconter l’histoire difficile (toujours le darwinisme Ă©volutionniste, ou la chouette hĂ©gĂ©lienne, une conspiration se « raconte Â» aprĂšs, lorsqu’elle ne s’est pas Ă©vanouie – une conspiration qui Ă©choue n’est pas une conspiration rationalisable).

Puis Ă  la suite d’avanies bi-millĂ©naires cette « vraie religion Â» a cĂ©dĂ© la place Ă  une nouvelle « vraie religion Â», l’économie. Bien entendu le passage d’une religion Ă  l’autre n’est pas instantanĂ© : il faut toujours tenir compte de l’épaisseur historique d’une conspiration, de ses contradictions internes, mais contradictions qui font souvent plus avancer que reculer (toujours Hegel).

Insistons : l’objectif d’une religion, d’une conspiration religieuse, soit ancienne comme le christianisme, soit nouvelle comme l’économie, est toujours la conversion, la soumission psychique, l’intĂ©riorisation de normes, de rĂšgles, d’objectifs (supposĂ©s communs), et, finalement, la fabrication d’un agent mĂ©canisĂ© (agenouillĂ© dirait Nietzsche) – le croyant propulsĂ© par la foi.

La conspiration, le souffle, se tient dans cette capacité à générer de la propulsion.

Pour se rĂ©fĂ©rer Ă  l’histoire longue du christianisme, des orphiques aux nĂ©oplatoniciens et aux multiples sectes du « christ pauvre Â», de l’église primitive aux guerres de religion, on sait bien qu’un « souffle commun Â», un esprit, une conspiration, une respiration, tout cela implique une organisation fonctionnelle, une Ă©glise, un parti, une secte gĂ©nĂ©ralisĂ©e, et s’exprime Ă  travers une multitude de disputes violentes, de conflits dogmatiques, mais qui renforcent « l’esprit saint Â» (toujours lire le Hegel de la dialectique classique comme le plus grand thĂ©oricien de la conspiration chrĂ©tienne).

Cette comprĂ©hension (dialectique) de ce qu’est une conspiration s’applique facilement Ă  cette nouvelle christianisation qu’est l’économicisation.

Une conspiration est donc un mouvement historique objectif, sans sujet, mais avec des agents embarqués, des inquisiteurs aux profiteurs.

Pour sortir par le haut de la vision complotiste proposĂ©e par le film de propagande Hold Up, il faut en arriver Ă  une analyse de la conspiration Ă©conomique qui plutĂŽt que d’organiser un vol (toujours l’idĂ©e de la cupiditĂ© et des bas instincts comme le moteur de l’économie – non, l’économie « spiritualisĂ©e Â» se propulse par « l’idĂ©e Â» du bien-ĂȘtre ou de la supĂ©rioritĂ© morale, la cupiditĂ© elle-mĂȘme Ă©tant « spiritualisĂ©e Â», nĂ©gativitĂ© sursumable) tente de passer des menottes psychiques.

Encore une fois, le plus simple est de penser l’économie en termes de religion. Religion Ă©conomique, libĂ©rale, nĂ©olibĂ©rale, libertarienne, socialiste, communiste (les dissensions qui unifient par la division et renforcent l’emprise Ă©conomique – voir le schĂ©ma socialiste Ă©conomiste). Et religion « Ă©vangĂ©lique Â», avec des Ă©vangiles, une constitution dogmatique, et une Ă©glise, et les pĂšres du Mont PĂšlerin. Église qui, finalement, comme l’autre, a rĂ©ussi Ă  noyauter le pouvoir impĂ©rial et, ainsi, stabiliser son pouvoir.

(B1) CONSPIRATIONNISME

Le « conspirationnisme Â» est un objet polĂ©mique et non pas analytique.

L’accusation de conspirationnisme (voire de conspirationnite) est une arme de guerre (dans la guerre culturelle pour « dĂ©fendre le capitalisme Â» – parler de « capitalisme Â» Ă©tant dĂ©jĂ  conspirationniste !).

L’accusation de conspirationnisme a pour fonction de disqualifier un adversaire en refusant un dĂ©bat de fond. Cette accusation de conspirationnisme, accusation pour discrĂ©diter sans dĂ©bat, est un beau conspirationnisme inconscient qui consiste Ă  Ă©viter de traiter le fond d’un problĂšme et Ă  remplacer le dĂ©bat argumentĂ© par des accusations personnelles (ou personnalisĂ©es).

Je connais bien la querelle, ayant Ă©crit pour LM une sĂ©rie en 10 + 1 Ă©pisodes sur « la conspiration des ingĂ©nieurs Â» (relire l’intro au premier Ă©pisode : conspiration = respiration commune, projet commun, mĂȘme implicite – et ce point de « l’implicite Â» est essentiel : il faut distinguer conspiration (systĂ©mique et sans sujet, il n’y a pas « d’agent Â» de conspiration, seulement des assujettis ou des « porteurs Â») de complot (organisĂ© dans une chambre ou une grotte par des « agents comploteurs Â» dĂ©signables).

Il faut donc bien distinguer plusieurs choses :

1– L’accusation dĂ©prĂ©ciative de conspirationnisme remplace la vieille accusation d’anti-sĂ©mitisme.

Cette accusation soutient un discours dĂ©nonciateur que l’on ne veut pas argumenter : c’est une attaque politique contre ceux que l’on juge trop peu militants engagĂ©s (pour la rĂ©publique) ou trop peu dĂ©fenseurs des politiques gouvernementales suivies et ne manifestant pas assez contre les anti-capitalistes (politique « culturelle Â» traditionnelle du PS sous Lionel Jospin), par exemple ne criant pas : le capitalisme n’existe pas (il n’y a pas de sociĂ©tĂ© capitaliste, toujours Jospin), et si le capitalisme n’existe pas on ne peut le critiquer, et la critique de ce qui est censĂ© ne pas exister revient au conspirationnisme (dĂ©lirant, Ă©videmment), comme imaginer qu’il y des « organisations secrĂštes Â» Ă  dĂ©noncer, les lobbies, les multinationales, la NSA, etc.

2– Il y a de « vrais Â» conspirationnistes (qu’il faut appeler complotistes) dont le prototype est la dĂ©nonciation du « complot juif Â». Ce pourquoi on confond conspirationnisme et anti-sĂ©mitisme.

Mais nous n’avons pas atteint le fond du problĂšme (qui est la dĂ©nonciation des hĂ©rĂ©tiques).

Les deux formes, 1- le dĂ©nigrement, 2- la croyance au complot, cachent un gigantesque problĂšme, celui de l’existence (ou non) de « lois sociologiques Â», de rĂ©gularitĂ©s, de rĂšgles, de machinations (au sens d’Heidegger), rĂšgles AU-DESSUS de l’agir humain, rĂšgles sans sujet.

C’est la question de « l’anti-humanisme Â» qui est soulevĂ©e : existe-t-il, oui ou non, des systĂšmes, des structures de conformation qui prennent, emprisonnent les « agents Â» ?

Supposons que l’on rĂ©ponde « oui Â» : s’il y a des rĂšgles supĂ©rieures (« transcendantes Â») qui dirigent et canalisent les conduites, alors on peut parler de « conspiration objective Â» (comme je le fais dans ma sĂ©rie sus-mentionnĂ©e).

Par exemple, Annie Lacroix-Riz documente en dĂ©tail une telle « conspiration objective Â» (et il faut lire toute son Ɠuvre et tous les documents qu’elle exhume), que l’on peut rĂ©sumer sous le titre : mener la guerre de classe contre le peuple (le grand livre d’Annie est Le Choix de la DĂ©faite, puis le choix de s’intĂ©grer Ă  l’Europe allemande – pour Ă©liminer les potentialitĂ©s de rĂ©volution en France : la conspiration, ici, est le mouvement historique de la contre rĂ©volution).

3– Conspiration(s) et lois sociales

Arrivons au fond du problÚme, le plus souvent caché.

Y a-t-il, oui ou non, des rĂ©gularitĂ©s, des rĂšgles de fonctionnement qui permettent de penser la sociĂ©tĂ© (ou une entitĂ© supĂ©rieure) SANS passer par l’intermĂ©diaire des interventions humaines directes (conspiration objective qui n’est pas un complot dirigĂ© par des sectes secrĂštes).

Y a-t-il, oui ou non, des lois sociales ou des tendances globales.

Tout le marxisme rĂ©pond « oui Â», Ă©videmment ; et c’est sur la base de cette rĂ©ponse que l’on peut penser la rĂ©volution comme changement de systĂšme (un systĂšme Ă©tant une entitĂ© non humaine faite de rĂšgles et d’automatismes, de mĂ©canismes).

On comprend alors l’accusation de conspirationnisme (la croyance en des rĂšgles structurales ou en des structures sociales) comme une attaque contre la pensĂ©e rĂ©volutionnaire : non, il n’existe pas de « systĂšme capitaliste Â», par exemple, et donc ceux qui « le Â» mettent en cause inventent un ennemi inexistant (et risquent de tomber dans l’anti-sĂ©mitisme, en personnalisant le systĂšme, censĂ© ĂȘtre commandĂ© par « les juifs Â» – mais que faire des « juifs judĂ©o-bolchĂ©viques Â» ennemis des « juifs capitalistes ou financiers Â», Trotski & Rothschild ?).

L’idĂ©e sociologique philosophique de « lois immanentes du capitalisme Â», lois guidant des mouvements mĂ©caniques, est une forme du « conspirationnisme objectif Â» (qu’attaquent les anti-conspirationnistes).

Toute la sociologie est fondĂ©e sur l’hypothĂšse de lois sociales sans sujet : depuis Durkheim jusqu’à Bourdieu, la sociĂ©tĂ© est pensĂ©e comme une « machine automatique Â».

Bien entendu, toute la philosophie, l’ontologie en style hĂ©gĂ©lien ou heideggĂ©rien repose sur la mĂȘme hypothĂšse.

Toute analyse, marxiste, sociologique (Ă  la Bourdieu) ou ontologique (Ă  la Heidegger) de l’histoire est un « conspirationnisme objectif Â» SANS SUJET ; le « sujet Â» de la conspiration est la rĂ©gularitĂ© sociale, le conformisme rĂ©gulateur (la discipline, l’obĂ©issance), rĂ©gularitĂ© qui s’impose aux assujettis humains et leur impose « une respiration commune Â» ; tout « conspire Â» Ă  dĂ©fendre la sociĂ©tĂ©.

Dans le conspirationnisme objectif tout sujet conformĂ©, croyant converti, est un conspirateur zĂ©lĂ©. Il n’y a pas de « chefs Â» Ă  rechercher (mĂȘme si cela peut faciliter le repĂ©rage historique, en posant des noms tĂ©moins, comme Adam Smith – mais notre Adam n’est qu’un fonctionnaire des compagnies coloniales qui recherchent la respectabilitĂ©).

Toute la science sociale philosophique est « holistique Â» et, donc, « conspirationniste Â».

Renvoyons aux notions de Foucault ou d’Agamben de « dispositif Â».

Ou aux notions essentielles de machine sociale symbolique ou de machination.

Agamben est un « conspirationniste objectif Â» revendiquĂ© (toute archĂ©ologie est conspirationniste).

L’ontologie heideggĂ©rienne d’Agamben est conspirationniste : il existe, des structures, des lois, des tendances qui guident les assujettis comme des marionnettes.

Les assujettis ne sont pas manipulĂ©s par des « comitĂ©s secrets Â» (qui peuvent, cependant, exister) mais sont, cependant, manipulĂ©s. Et par cette manipulation, cette conversion (inversion), deviennent les soldats dangereux (parfois fascistes) de la conspiration.

L’attaque contre le conspirationnisme, la dĂ©nonciation de ce conspirationnisme est donc un anti-structuralisme, la tentative d’effacer plus d’un siĂšcle de recherches sociologique (en fait partie la dĂ©nonciation de Heidegger comme antisĂ©mite, acceptant une forme vile de conspirationnisme).

Indiquons, encore, que toute analyse sociologique, ontologique ou « holiste Â», bien construite est conspirationniste objective : il existe des mĂ©canismes de guidage, mĂ©canismes qui peuvent ĂȘtre appropriĂ©s ou manipulĂ©s par des « conseils secrets Â».

Lire, par exemple, Moishe Postone, son petit livre d’introduction, Marx est-il devenu muet ? Ou bien, en plus complexe, Werner Bonefeld, Critical Theory, The Critique of Political Economy, On subversion and negative reason.

Werner est un ami, et un « zapatiste Â» ami de John Holloway.

J’en profite pour indiquer que je suis trĂšs proche du « zapatisme thĂ©orique Â» de Holloway (lire mon article dans LM 108 du 13 juin 2017, GĂ©nĂ©raliser la RĂ©volution Copernicienne OpĂ©raĂŻste).

Voir Negativity and Revolution, John Holloway, Fernando Matamoros, Sergio Tischler, Werner Bonefeld (viva Mexico).

Je vous recommande tout le travail de mon ami Werner Bonefeld.

Aussi, Michael Heinrich, An Introduction to the Three Volumes of Karl Marx’s Capital.

Et, finalement, Agamben Qu’est-ce qu’un dispositif ?

Le grand dĂ©bat, conflit ou guerre, est alors A- entre ceux qui pensent qu’existent des structures sociales (ou un systĂšme capitaliste, par exemple), structures avec des rĂšgles de comportement qui encodent les humains (humains qui deviennent des marionnettes assujetties), parlons de holisme mĂ©thodologique, et B – ceux qui rejettent toute idĂ©e de structure, de machine, de mĂ©canisme, toute idĂ©e d’ordre social qui ne serait pas DIRECTEMENT le rĂ©sultat des ACTIONS INDIVIDUELLES, parlons d’individualisme mĂ©thodologique.

Les « individualistes Â» veulent que TOUT soit l’effet de dĂ©cisions volontaires ; la question volontaire volontĂ© / involontaire emprise, Ă©tant centrale.

Les « individualistes Â» refusent les idĂ©es sociologiques de lois, rĂšgles, tendances.

Ils veulent dĂ©fendre « la dĂ©mocratie Â» ; en prĂ©tendant que TOUT est dĂ©cidĂ© volontairement, aprĂšs dĂ©bat rationnel argumentĂ©.

Le dĂ©bat est, donc, entre ceux qui pensent que « nous sommes en dĂ©mocratie Â» et ceux, comme moi, qui pensent que « nous ne sommes PAS en dĂ©mocratie Â».

L’accusation de conspirationnisme (au sens pĂ©joratif) cache l’accusation d’ĂȘtre un mauvais citoyen qui refuse de soutenir l’ordre dĂ©mocratique, accusation d’ĂȘtre un mauvais croyant, mĂ©crĂ©ant, impie, hĂ©rĂ©tique (et Ă  brĂ»ler en place publique en guise de dĂ©bat rationnel argumentĂ©).

Les « individualistes Â» pensent, comme Thatcher, que « la sociĂ©tĂ© n’existe pas Â».

Le grand dĂ©fenseur Ă  la mode de cet « individualisme dĂ©mocrate Â» est Bruno Latour.

Qui s’oppose Ă  Marx, Ă  Bourdieu, au « sociologisme Â», Ă  l’École de Francfort, Ă  Foucault (la bĂȘte noire) et Ă  Agamben (le dĂ©lirant), et Ă  toute ontologie un peu globale.

Qui se dresse contre l’idĂ©e impie que notre « sociĂ©tĂ© Â» serait despotique (impossible puisque la sociĂ©tĂ© n’existe pas).

L’accusation de conspirationnisme cache une dĂ©fense de l’ordre dĂ©mocratique capitaliste ; c’est un rejet du marxisme et de tout « holisme Â» rĂ©volutionnaire.

La question de fond est : pour ou contre la rĂ©volution ?

L’individualisme dĂ©mocratiste est une pensĂ©e conformiste qui doit rejeter dĂ©nier toute idĂ©e de conformisme ou de conformation ; qui doit rejeter toute critique du « systĂšme Â» en affirmant qu’il n’y a pas de systĂšme.

Il n’y a pas de structures, de systĂšmes, pas de rĂšgles, pas d’emprise, pas de coercition, pas de gouvernement secret ou de cabinet noir, tout est dĂ©mocratiquement transparent : voilĂ  ce qu’affirme la critique (idĂ©ologique) du conspirationnisme. Qui, finalement, est un beau conspirationnisme ! Chasseur de moutons noirs.

(B2) Les Ă©vangiles du despotisme Ă©conomique.
Constitution dogmatique de la religion Ă©conomique

La conspiration du Mont PĂšlerin (Hommage Ă  Philip Mirowski).

Revenons sur le thĂšme de « la conspiration Â», bien Ă  la mode.

Ici, comme dans notre sĂ©rie sur « la conspiration des ingĂ©nieurs Â», conspiration dĂ©signe « un souffle commun Â» (comme on parle du souffle d’une bombe).

Conspiration, souffle commun, traduit l’idĂ©e, introduite par Mirowski, de « thought collective Â», collectif de pensĂ©e, collectif dogmatique (ou religieux), pensĂ©e commune, esprit commun, de nouveau le souffle.

Mais cette idée de conspiration, qui a déjà été introduite, sera, de nouveau, développée dans la suite et dans une autre direction.

Le cadre de cette nouvelle introduction au conspirationnisme sera celui de l’histoire, exactement une mixture d’histoire des faits, l’histoire du capitalisme, et d’histoire des idĂ©es (ou de la pensĂ©e), l’histoire du « libĂ©ralisme Â» (cette notion Ă©tant Ă  dĂ©finir) que nous reconfigurons en histoire de la dogmatique Ă©conomique.

Le modĂšle transparent, pour suivre une analyse analogique, l’analogon essentiel (ici) est celui de l’histoire de l’église chrĂ©tienne, avec ses vicissitudes bien connues.

Avec la question ironique : qu’est-ce que « la conspiration Â» chrĂ©tienne ?

Qu’est-ce que ce souffle endurant et perdurant, qui traverse les siĂšcles, avec ses institutions politiques (les institutions de protection de la conspiration ; l’église et (est) le saint esprit) ? Et avec ses conflits, ses guerres, ses fractures ? Ne voyons-nous pas, par analogie, « la secte des Ă©conomistes Â» se transformer en Ă©glise du libĂ©ralisme offensif ? Et la christianisation intĂ©grale, le but de la conspiration chrĂ©tienne, ne trouve-t-elle pas son analogue (et bien plus) dans « l’économicisation Â» intĂ©grale, le but de l’offensive Ă©conomique ?

Convertir au christianisme, tel Ă©tait « le bon projet Â», fabriquer de l’agent Ă©conomique (avec ses modulations morales, depuis l’esclave des plantations jusqu’au touriste hors sol en passant par le travailleur soldat) n’est-ce pas le nouveau « bon projet Â», de « la bonne Ă©conomie Â» ?

Comme nous pensons et dĂ©finissons l’économie en termes de religion, une analyse analogique Ă  l’histoire du christianisme semblait s’imposer (pour se simplifier la vie).

Par exemple, mais nous rentrerons dans les dĂ©tails ensuite, le marxisme Ă©conomiste (y en a-t-il un autre ?) peut ĂȘtre envisagĂ© comme « une dĂ©viation doctrinaire Â», une « hĂ©tĂ©rodoxie Â» (il y en a eu beaucoup dans le christianisme, avec des conflits armĂ©s Ă  la clĂ©), mĂȘme pas une « hĂ©rĂ©sie Â» ! InterprĂ©ter le marxisme Ă©conomiste comme un « libĂ©ralisme Â» dĂ©viant n’est pas original ; le lien de Marx Ă  Smith a conduit Ă  des tombereaux de gloses, toutes renforçant l’idĂ©e que le marxisme appartient Ă  la sphĂšre de la pensĂ©e Ă©conomique ; Marx serait un Ă©conomiste hĂ©tĂ©rodoxe !

La focalisation sur les « sources Â» de Foucault, vers 1970-1980, rĂ©sumer l’École de Chicago Ă  Gary Becker, qui, certes, a eu son quart d’heure de cĂ©lĂ©britĂ© Ă  ce moment, ce pourquoi Foucault en parle (mais la culture Ă©conomique de Foucault est trop restreinte), rĂ©sumer le nĂ©olibĂ©ralisme amĂ©ricain Ă  Chicago, l’École de Virginie (Buchanan) Ă©tant plus radicale et plus englobante (fusionner politique et Ă©conomie, droit et Ă©conomie, etc.), montrer que le problĂšme n’est pas (seulement) « la marchandisation Â» mais se trouve dans « l’économicisation Â», avec le schĂ©ma nĂ©oclassique comme patron normatif, tout cela nous ramĂšne aux annĂ©es 1980, au tout dĂ©but de la prise du pouvoir par les « nĂ©olibĂ©raux Â» (libĂ©raux nĂ©oclassiques qui se prĂ©sentent, souvent, comme « socialistes Â»).

Mais, depuis, l’eau du fleuve hĂ©raclitĂ©en a bien coulĂ©. Il y a mĂȘme eu une cataracte d’études sur ce « nĂ©olibĂ©ralisme Â». Études qui remettent Foucault en perspective (comme on dit).

Toute Ă©tude historique (faits ou pensĂ©e) du « libĂ©ralisme Â» exige une critique interne de l’économie et de ses supposĂ©es « dĂ©couvertes Â».

Renvoyons uniquement à Mirowski qui est un économiste (déconstructeur).

Quarante ans aprĂšs la mort de Foucault, il est temps d’effectuer une mise Ă  jour ou un dĂ©passement critique.

Agamben nous donne l’exemple, mais Agamben ignore l’économie.

Il est donc temps de produire une Ă©tude, une thĂšse, sur le sens directement politique de l’économie ou du nĂ©olibĂ©ralisme.

Sur la base d’une critique technique ou interne de l’économie (nĂ©oclassique) il faut produire une Ă©tude qui englobe TOUT le nĂ©olibĂ©ralisme, qui englobe TOUTE la dogmatique (pour critiquer le christianisme on ne peut en rester Ă  Thomas d’Aquin, il faut aller des Ă©vangiles, surtout les apocryphes, aux pĂšres de l’église et « traverser Â» les controverses mortelles qui ont fracturĂ© l’église).

Commençons par indiquer quelques éléments qui seront précisés.

Penser les Physiocrates contre Smith ; ne jamais imaginer que Smith « dĂ©passe Â» les Physiocrates (thĂšse du dĂ©passement qui a piĂ©gĂ© Marx). Smith « fuit Â» devant les Physiocrates et trouve un truc pour dĂ©tourner l’attention (la fameuse main invisible).

Penser Walras et les nĂ©oclassiques franco-amĂ©ricains comme des disciples des Physiocrates et non pas de Smith ; Walras est un anarchiste physiocrate. Et Pareto, le vĂ©ritable fondateur de l’économie mathĂ©matique nĂ©oclassique, est un fasciste socialiste.

L’économie brise tous les codes admis ; ce qui conduira Ă  diffĂ©rents monstres, dont le socialisme libĂ©ral, qui est, en fait, « la vĂ©ritĂ© Â» du dogme nĂ©oclassique.

L’ordolibĂ©ralisme allemand est Ă  Ă©tudier plutĂŽt avant-guerre qu’aprĂšs, plutĂŽt vers 1920-1930 que vers 1950-1960. Il faut mettre Ă  jour et analyser son accointance (louche !) avec le nazisme : il faut toujours exhumer le sous-jacent autoritaire.

Le grand dĂ©bat (de 1900, Pareto, Ă  1940, Hayek contre Lange) sur la possibilitĂ© du calcul Ă©conomique dans l’économie planifiĂ©e socialiste (oĂč le marchĂ© devient l’auxiliaire du plan) doit ĂȘtre mis au centre de toute analyse du nĂ©olibĂ©ralisme (et exige une dĂ©construction technique de ce dĂ©bat, renvoyons, cette fois-ci, Ă  Joseph Stiglitz).

ComprĂ©hension du dĂ©bat (ou l’on dĂ©couvre que plan = marchĂ©) nĂ©cessaire Ă  la critique de Carl Schmitt et de son libĂ©ralisme autoritaire (qui doit ĂȘtre bien plus autoritaire – contrĂŽleur ˗˗ que cet auteur, dit autoritaire, l’imagine ; Schmitt reste trop hĂ©gĂ©lien ; relire Jean-François KervĂ©gan, Hegel, Carl Schmitt, Le Politique entre SpĂ©culation et PositivitĂ©).

Nous arrivons alors Ă  l’ordolibĂ©ralisme français, Rueff, et Ă , Hayek.

Hayek est un nƓud essentiel (vers le libertarianisme amĂ©ricain, par exemple).

L’École de Chicago (nous arrivons Ă  Becker !) n’étant qu’une piĂšce du dispositif. Chicago oĂč l’on trouve Friedman (et son monĂ©tarisme Ă  la Rueff) et, encore, Hayek.

Passer de Becker Ă  Hayek permet de mettre en pleine lumiĂšre l’objectif politique des Ă©conomistes. Buchanan et l’École de Virginie sont encore plus importants.

On a besoin d’une synthùse de tout cela. Pour comprendre la conspiration qui se concentre sur le Mont Pùlerin.

Impossible de comprendre le christianisme sans rentrer dans le dĂ©tail historique des disputes. Le christianisme n’étant qu’une suite ininterrompue de conflits, suite qui dĂ©finit « la conspiration chrĂ©tienne Â» : un dogme se tient par son Ă©volution contradictoire mais encadrĂ©e (on sait (ce) qui est « chrĂ©tien Â»).

Il en est de mĂȘme pour l’économie, depuis cinq siĂšcles environ (la question de l’épaisseur du temps et du contrĂŽle de ce temps immense est ce qui dĂ©finit une Ă©glise, c’est-Ă -dire l’organisation formelle d’une « conspiration Â» : comment traverser le temps sans disparaĂźtre, au-delĂ  des personnes qui incarnent, un moment, le dogme).

Ce que je nomme « conspiration du Mont PĂšlerin Â» (en hommage Ă  Mirowski, mais au-delĂ  de Mirowski) englobe tout cela :

La reconstruction de l’Allemagne dĂ©faite et sous l’autoritĂ© amĂ©ricaine, voilĂ  un nƓud Ă  Ă©tudier.

L’anti-communisme qui dĂ©passe de trĂšs loin la guerre froide contre « les soviets Â» et qui doit ĂȘtre pensĂ©e comme un Ă©lĂ©ment clĂ© de la guerre civile amĂ©ricaine, guerre civile amĂ©ricaine propagĂ©e dans tous les protectorats, Allemagne, France, Italie, voilĂ  un autre nƓud Ă  introduire.

Pour en arriver à la construction européenne comme autre élément de cette guerre civile américaine propagée.

Avec Macron qui s’autodĂ©finit comme celui qui « rĂšglera Â» le conflit pour la France, France qui a rĂ©sistĂ©, mais de maniĂšre trĂšs ambiguĂ«, avec son national libĂ©ralisme gaulliste d’essence vichyste.

VoilĂ  des thĂšmes de recherche. J’en oublie, du plus thĂ©orique, qu’est-ce que l’économie comme projet politique ? au plus descriptif historiographique.

La conspiration du Mont PĂšlerin est une vĂ©ritable conspiration subjective (un complot mĂȘme) Ă  l’intĂ©rieur de la grande conspiration objective des Ă©conomistes [3] : c’est le nom que l’on peut donner (par anachronisme et pour rĂ©sumer) au projet long de reconstruire le monde sur une base Ă©conomique et censĂ©e apporter paix et bonheur ; c’est un projet religieux, mĂ©taphysique.

Qui entraĂźne dans une guerre civile infinie.

Conversion, dressage, redressement, chĂątiment, expiation, tout un bazar inquisitorial.

La conspiration (comme la chrĂ©tienne) mobilise des dogmaticiens, des philosophes, des mathĂ©maticiens, des praticiens, des juristes, des avocats et, finalement, « tout le monde Â», puisque les agents Ă©conomiques (rĂ©sultats de la conversion religieuse) deviennent, une fois convertis, des officiers zĂ©lĂ©s (le zĂšle du nĂ©ophyte qui doit prouver son adhĂ©sion).

La conspiration est « l’agence Â» d’un projet de domination religieuse.

Projet qui a, au moins, retenu des conquĂȘtes religieuses (comme la christianisation) qu’il fallait prendre son temps, slalomer entre les obstacles inĂ©vitables, s’attendre Ă  la rĂ©bellion des incroyants (ou des « vrais croyants Â» qui prennent le dogme Ă  la lettre).

La conception de l’économie comme projet politique (nettement explicitĂ© par l’École de Virginie) ou comme projet religieux et, finalement, comme religion (pour surpasser les conflits religieux Ă  l’ancienne), voilĂ  ce qui manque totalement dans toute analyse de l’histoire Ă©conomique, faits + doctrines, et pour comprendre cette histoire comme conspiration.

Arrivons aux linĂ©aments, aux lignes de force, au squelette d’une analyse critique de cette nouvelle religion en cours de dĂ©ploiement ; et c’est loin d’ĂȘtre fini, car il faut Ă©liminer tous les adversaires et les faux amis (Ă©cologistes de l’économie verte) ; mais le temps n’est pas comptĂ© (contrairement Ă  ce que pensent les Ă©cologistes radicaux collapsologues le dĂ©sastre n’est pas dirimant, au contraire l’économie est plutĂŽt apocalyptique, elle dĂ©nude et adore les catastrophes, guerres pour les marchands d’armes, Ă©pidĂ©mies pour les industries bio-technologiques, dĂ©sertification favorable Ă  la gĂ©o-ingĂ©nierie, etc.).

Une analyse critique de l’économie (de l’économicisation) exige d’étudier les Ă©vangiles du despotisme Ă©conomique (comme une Ă©tude du christianisme implique une connaissance des Ă©vangiles).

Le modĂšle suivi par l’économie est celui de la christianisation ; l’économicisation s’opĂšre comme une conversion religieuse de masse.

Il faut une Ă©glise (avec des Ă©vĂȘques) pour soutenir le dogme et le temps long exigĂ© par la conversion ; surtout ne pas ĂȘtre pressĂ©.

Il faut une foi inĂ©branlable : la certitude qu’il faut convertir (pour le « bien Â»).

Le projet est donc métaphysique (eschatologique, sotériologique). Superbement hégélien.

Et les avanies du pouvoir religieux (nĂ©cessaire), les disputes dogmatiques, les hĂ©rĂ©sies mĂȘme, les luttes de pouvoir, la nationalisation du religieux, tout cela doit « conspirer Â» Ă  la gloire (d’une maniĂšre fĂ©rocement dialectique).

L’économie est, donc, nĂ©cessairement « spĂ©culative Â».

Le point de dĂ©part (et d’arrivĂ©e) de l’économie se tient dans les guerres de religion qui sont, toujours, des guerres civiles.

L’économie a prĂ©tendu apporter une solution « Ă©conomique Â» aux guerres de religion : rĂ©unifier le peuple chrĂ©tien (le but politique central de l’économie Ă©tant l’unification), construire « une religion laĂŻque Â» qui sursume (toujours Hegel) les divisions chrĂ©tiennes en conservant le caractĂšre mĂ©taphysique du christianisme.

Historiographiquement, c’est la colonisation de l’AmĂ©rique qui reprĂ©sente le tournant (vers le capitalisme).

SitĂŽt que l’on voit le capitalisme comme un systĂšme politique (despotique, une formation de domination) et non pas comme un « mode de production Â», l’industrialisation devient seconde, Ă©tant rendue nĂ©cessaire par les guerres (coloniales ou impĂ©rialistes).

La colonisation est dĂ©cisive : l’organisation militaire (matrice de l’usine bagne), les dĂ©penses publiques (militaires), les pillages, l’externalisation des conflits (les protestants rĂ©fractaires sont envoyĂ©s « aux colonies Â»), le systĂšme de la plantation (comme modĂšle gĂ©nĂ©ral), l’esclavage, la matrice raciale et la racialisation des conflits, la gĂ©nĂ©ralisation de la guerre de conquĂȘte, mais aux colonies.

Se met à dominer le mode d’organisation militaire.

Avec le double effet du militaire, en interne (la discipline) et en externe (la subjection ou le pillage).

Il est impossible de penser l’économie en dehors des guerres coloniales.

Quels sont les personnages de l’économie (les conspirateurs) :

Le militaire colonial, conquistador, le missionnaire prosélyte ou le catéchiseur évangéliste, le marchand des compagnies coloniales, le maßtre des plantations esclavagistes ou la corporation miniÚre qui manipule les guerres congolaises.

Colonisation, mise en esclavage, dressage, pillage, plantation, extraction miniĂšre, voilĂ  des fonctions Ă©conomiques.

Le marxisme Ă©conomiste est tombĂ© dans l’illusion de croire que le dĂ©veloppement Ă©conomique par l’industrialisation, certes fondĂ© sur l’exploitation (interne), ne devait rien aux expĂ©ditions coloniales (depuis la constitution de types humains jusqu’à l’extractivisme, l’exploitation coloniale). Et si Ă  la suite de Rosa Luxemburg se dĂ©ploie une analyse de l’impĂ©rialisme, il faut attendre longtemps (le tiers-mondisme) pour mettre la colonisation (subjective et objective) au centre de la critique du capitalisme.

Et Foucault est totalement étranger à ce style de pensée.

Indiquons pour terminer cette recension quelques points dĂ©licats :

Le protolibĂ©ralisme Ă©conomique a Ă©tĂ© caricaturĂ© par Smith sous le nom de « mercantilisme Â». C’est Smith qui invente ce terme (comme celui de « physiocratie Â»).

Ce que tente de camoufler Smith est que le protolibĂ©ralisme (nommĂ© mercantilisme) est entiĂšrement mobilisĂ© par la conquĂȘte coloniale, des entreprises (ou compagnies) coloniales aux « colonies Ă  sucre Â».

C’est Ă  ce moment (les dĂ©buts du capitalisme, 1500-1700) que se pose frontalement la question de l’esclavage, du dressage, de la surveillance.

On peut parler de « naissance de la biopolitique Â» (la gestion du parc esclavagiste) dans le cadre de la plantation coloniale et de son approvisionnement humain.

La biopolitique ne concerne pas simplement les corps, la santĂ©, la reproduction (des petits esclaves, comme des agneaux) mais surtout « le moral Â».

Le grand problĂšme de l’économie (du dĂ©veloppement) restera celui de la conversion des sauvages Ă  la modernitĂ© : toujours le dressage, l’éducation technique, et les religions anciennes comme complĂ©ment spirituel.

À la critique par Smith des Physiocrates (au moyen d’un travestissement complet de leur doctrine, travestissement malheureusement endossĂ© par Marx le smithien), il faut opposer une critique physiocratique de Smith le moraliste (qui s’enfuit devant la thĂšse du despotisme, pour dĂ©fendre celle de « la libertĂ© naturelle Â», ou de la sociĂ©tĂ© civile libre, thĂšse malheureusement endossĂ©e par Foucault).

Cette critique peut commencer par l’analyse des contradictions de Smith.

Par exemple, pourquoi les colonies sucriĂšres sont-elles les plus productives, alors mĂȘme que rĂšgne (aux colonies) un « mercantilisme Â» autocratique ?

La propagande smithienne, whig, ou whiggish, a besoin d’un adversaire inventĂ© (anti-libĂ©ral) les mercantilistes ou les physiocrates, les partisans d’un rĂ©gime autoritaire en Ă©conomie (qui ne croient pas en la libertĂ© naturelle), justement pour faire passer la pilule ingĂ©rable de la sociĂ©tĂ© civile.

Bien que Hayek se présente comme smithien, il est, en fait, partisan du libéralisme autoritaire qui définit le mercantilisme (le protolibéralisme conquérant).

Toute l’économie nĂ©oclassique n’est pas smithienne, mais physiocrate (Walras en Ă©tant le prototype). Bien que cherchant Ă  « dĂ©montrer Â» le principe smithien de la main invisible (ou de le libertĂ© naturelle auto-organisatrice), les nĂ©oclassiques se sont appuyĂ©s sur les « axiomes Â» nĂ©cessaires Ă  la construction d’un tel systĂšme auto-organisĂ©, axiomes qui dĂ©finissent organisent un systĂšme centralisĂ© de planification au moyen du marchĂ© dĂ©finit comme automate programmable.

On peut dire que la thĂ©orie nĂ©oclassique est une psychologie normative nomothĂ©tique ; les fameux axiomes dĂ©finissant « l’économie libre Â» sont des normes comportementales. Normes mathĂ©matisĂ©es et donc rigidifiĂ©es.

Indiquons pour finir que la gĂ©nĂ©ralisation des comptes et de la monnaie repose intĂ©gralement sur cet ensemble de contraintes (psychologiques ou behavioristes) dĂ©terminant les actions Ă©conomiques « acceptables Â».

On le voit donc, il est temps de réécrire Foucault. Pas seulement de le lire.

Et ainsi nous deviendrons des conspirationnistes savants, des praticiens de la science sociale (nécessairement conspirationniste, objective).




Source: Lundi.am