Janvier 24, 2021
Par Basse Chaine
303 visites


La suite de l’article est un extrait d’une brochure de 1991 nommé « le temps des déchets » écrit par l’association contre le nucléaire et son monde, qui vaut dans son ensemble le détour. Celui-ci revient sur notre rapport aux déchets en général, sur sa gestion et son accumulation dans la société capitaliste, sur les déchets nucléaires en particulier et sur les luttes qu’il y a pu avoir lieu à ce propos.

A la suite un petit historique qui montre la diversité et la densité des pratiques militantes contre les 4 sites d’enfouissements des déchets très radioactifs envisagés depuis 1987, majoritairement celle de Segré, sur 5 mois de luttes entre novembre 1989 et mars 1990. Se faisant virer de partout, les ministres de l’époque ont du revoir leur stratégie, envisager jusqu’à 28 sites différents avant d’annoncer un « laboratoire de recherche » (pour faire moins peur) sur l’enfouissement des déchets nucléaires dans les années 90 à Bure.

Vous pouvez télécharger l’entiéreté de la brochure ici :




CHRONIQUE DE LASISTANCE DES POPULATIONS OPPOSÉES AU PROJET DE CIMETIÈRE NUCLÉAIRE SOUTERRAIN EN FRANCE

« J’étais tellement passionné par l’ambiance du site que je la vivais chez moi. J’ai bien souvent dormi avec un haut-parleur sous l’oreiller pour ne pas gêner le sommeil de mon épouse. Je regrette presque que toute cette vie soit finie maintenant. » (cité dans PAVENIR, bulletin du CLAD, mai 1990)

Jeudi 5 octobre 1989

Le président du conseil général des Deux-Sèvres, Georges Treille, exprime son opposition à l’implantation d’un centre de stockage de déchets radioactifs en Gâtine. Le président du conseil régional de Picardie se déclare opposé a un projet de stockage sur le site argileux de Montcornet (Aisne).

Samedi 18 novembre 1989

Quatre cents personnes manifestent a Montcornet (Aisne). Plusieurs élu.es locaux sont présents (cinquante-quatre communes des environs refusent le stockage excepté le maire de Montcornet) ainsi que des Belges (de la région de Chimay qui est confrontée aussi à un projet de stockage nucléaire) et des délégations venues du Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres.

Jeudi 30 novembre 1989

Le Conseil général de Maine-et-Loire, présidé par Jean Sauvage, se prononce a l’unanimité contre le projet de cimetière nucléaire en Anjou.

Mardi 12 décembre 1989

Alors que le ministre de l’Industrie Fauroux et le Secrétaire d’État à l’Environnement Brice Lalonde signent l’autorisation de chargement en combustibles de la centrale de Golfech, un débat sur l’énergie de trois heures préparé par Huguette Bouchardeau se déroule a l’Assemblée Nationale (1). A 15h15, pendant que le consensus nucléariste s’affiche au parlement, trois escadrons de gendarmes mobiles (environ 250 hommes) tentent d’occuper, dans les Deux-Sèvres, le terrain où l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) a décidé d’effectuer ses travaux de forage prés de Traycs, au lieu-dit « Le Bois ». Mais le site est occupé par le CIAD et GRANIT (2) depuis le matin. Huit cents personnes arrivent immédiatement sur les lieux et s’opposent avec divers engins agricoles a une colonne de gendarmes mobiles qui s’avance précédée de deux blindés. Opération réussie, car finalement les militaires se retirent vers 17h00.

En Anjou, dans la nuit du 12 au 13 décembre, trois escadrons de gendarmes mobiles prennent position autour de la ferme de la Gibaudière, site de forage prévu, prés du village du segréen, Bourg d’Iré. Les gendarmes sont cantonnés sur place, au Château de Bellevue réquisitionné par l’Etat. A Bourg d’Iré, les habitant.es se souviennent que la dernière occupation du château et du village date de 1940.

Mercredi 13 décembre 1989

Dans la matinée, des affrontements éclatent autour du site de forage entre les militaires et 300 manifestant.es, (« sans l’ombre d’un écolo citadin dans leurs rangs » note la Nouvelle République) décidé.es a empêcher l’installation des gendarmes mobiles. Les militaires utilisent des gaz lacrymogènes et cinq d’entre eux sont blessés à la suite de jets de pierre.

Dans l’après-midi, les élu.es des treize communes organisent une marche sur le site avec l’appui du

député Laffineur revenu « en TGV » de Paris. Pendant que les élu.es entament « un dialogue de sourd » avec les agents de l’Andra, sous les yeux des élu.es les technicien.nes de la filiale du CEA clôturent le terrain avec un grillage de deux mètres de haut. Pendant ce temps, 300 manifestant.es plus réalistes que leurs représentant.es préparent des gourdins. Après le départ de Laffineur et des élu.es, de nouveaux affrontements éclatent. Pendant que les élu.es palabrent à la sous-préfecture de Segré puis a la préfecture d’Angers, cinquante opposant.es muni.es de haches mettent a sac les locaux de l’Andra basée à Segré. « Les chouans » de Gâtine sont mobilisés jour et nuit et s’attendent à un retour des gendarmes mobiles. Iels ont mis en place des barrages sur les routes d’accès au site de forage. Les opposant.es assurent des tours de garde permanents et communiquent efficacement entre les divers barrages par CB ; iels filtrent et contrôlent le passage des voitures. Max Alleau de GRANIT « ne cesse de prêcher la non-violence », Pierre Gé de la CIFODRA (3) et Jean Croisé du CIAD sont sur place. Un opposant note : « ce n’est pas une manifestation d’agriculteurs. Ici, il y a tout le monde. La preuve : une vingtaine d’ouvriers de chez Ribouleau ont quitté leur travail pour empêcher l’arrivée des gendarmes ». Le député de Parthenay, Jean de Gaulle, s’agite et prend rendez-vous avec Fauroux vendredi.

Jeudi 14 décembre 1989

Interrogé sur les « débordements » de mercredi a Bourg d’Iré, Jean-Yves Pavec déclare : « la seule

présence des gardes mobiles était une agression. Et s’il y a eu cinq blessés dans les rangs des forces de l’ordre, nous en avons compté quatre chez nous. Il y a une volonté évidente de nous faire peur. » Dans la soirée, soixante opposant.es bloquent les accès a la Gibaudière, route de Candé, Iels déposent sur la route une vieille carcasse de voiture, une moissonneuse batteuse, des bottes de paille et des pneus, puis mettent le feu au tout. Cette fois, six escadrons de gendarmes mobiles (450 hommes environ) seront mobilisés pour assurer la protection du site de forage de la Gibaudière lors de la manifestation prévue samedi « pour la défense de la démocratie ».

Dans un communiqué à la presse, les Verts des Deux-Sèvres demandent à tous « les élus locaux et régionaux de se désolidariser publiquement de l’action illégale du gouvernement du mardi 12 décembre ».

Vendredi 15 décembre 1989

L’Union CFDT du Segréen appelle a la mobilisation : « Beaucoup de gens disent “on n’est pas d’accord”. Il ne suffit pas de le penser, il faut agir », dit-elle. Dans un communiqué, la Coordination Anti-Déchets pour la Sauvegarde de l’Anjou (4) déclare : « Face a la détermination d’une population et de ses élus, les pouvoirs publics ont répondu par l’envoi des forces de l’ordre. C’est un sentiment de honte qui nous envahit, la démocratie la plus élémentaire a été bafouée (…) », il faut « maintenant mener un combat pour le respect de la démocratie dans notre région. » A la Gibaudière, où deux bungalows et une pelleteuse ont déjà été installés sur le site par l’ANDRA, le mot d’ordre est :

« La plate-forme de forage ne passera pas ». Tout au long de journée des affrontements ont lieu entre les gendarmes mobiles et une centaine d’opposant.es. Les entreprises qui travaillent pour l’ANDRA sont désormais visées. Le matin, une voiture de la société de gardiennage nantaise SECURICOR est incendiée.

La « Jeep Cherokee » d’un entrepreneur de la SCTP (Travaux Publics) de Châteaubriant est retournée puis brûlée. Le feu est également mis a une camionnette tirant un tracto-pelle et les pneus d’un poids-lourd porte-engins sont crevés, les clés de l’engin confisquées. Les journalistes qui voulaient prendre des photos sont pris.es à partie. Les gendarmes mobiles répliquent par des tirs tendus de grenades lacrymogènes.

Samedi 16 décembre 1989

Dans le petit village de Bourg d’Iré qui compte 850 habitant.es, 800 gardes mobiles ont été mobilisés.

Malgré la pluie, 1500 personnes manifestent sur le site de la Gibaudière : « Manifestation de la honte » selon les organisateurices qui ont donné des consignes pour que tout se déroule dans le calme : « il faut laisser les gourdins au vestiaire aujourd’hui » insistent les animateurices de la CADSA. Le périmètre de recherche de l’ANDRA, déjà clôturé, a été renforcé par une tranchée et un gros talus, un agriculteur vient planter a la barbe des 500 gendarmes mobiles deux pancartes où on peut lire « Nouveau Berlin » et « Mur de la honte ». En tête de la manifestation se trouvent tou.tes les élu.es (député-Laffineur, maires, conseillers généraux, tou.tes ceints de leur écharpe tricolore).

Après les discours où Laffineur déclare, « il est impensable de prendre une telle décision alors que 90% de la population est hostile à ce projet », l’un des représentants de la CADSA , Jean-Yves Pavec, prend la parole : « Alors que le site connaît un état de siège depuis quatre jours, ce que nous défendons, c’est la démocratie (…) Boycottons les entreprises qui travaillent pour l’ANDRA. Aujourd’hui, la démocratie est bafouée, faisons travailler notre imagination en évitant à tout prix les débordements, portons le mouvement sur un plan national ».

Le conseiller municipal d’Angers et conseiller régional d’Angers-Ecologie-Autogestion, Marc Gicquel, apporte le soutien (sic) du député européen Vert Didier Anger… etc. Vers 15h la CADSA invite les manifestant.es à brûler symboliquement leurs cartes d’électeurice. Ce que font immédiatement plusieurs dizaines de personnes. De 15h30 a 17h « de jeunes agriculteurs et de moins jeunes » vont affronter les gendarmes mobiles. Un agriculteur de 30 ans, Jean-Paul Thuet, est sérieusement blessé au visage par un tir tendu. Il souffre de diverses fractures. Une délégation venue de Gâtine apportait son soutien à la manifestation. Du 13 au 16 décembre 1500 grenades lacrymogènes ont été utilisées sur le site de la Gibaudière : des grenades F2 (à gaz) et F4 (explosives).

Lundi 18 décembre 1989

Dans le segréen, une déviation est mise en place pour orienter les automobiles vers la route qui mène à la ferme de la Gibaudière. Le barrage est levé, une heure et demie plus tard, à l’arrivée de sept camions bâchés de gendarmes mobiles. Les députés Jean de Gaulle (Deux-Sèvres) et Marc Laffineur (Segré) demandent une audience au premier ministre.

Mardi 19 décembre 1989

Sauvegarde de la Bresse (5), déverse 30 000 litres de lisier de porc sur le terrain choisi par l’ANDRA pour effectuer ses forages. La route qui mène au site est barrée par plusieurs peupliers et cinq camions de laiterie. 300 gendarmes mobiles sont mobilisés. Les trois chambres consulaires qui regroupent des milliers d’entreprises de l’Ain mettent en garde les entreprise locales qui travailleraient avec l’ANDRA. Sauvegarde de la Bresse met toujours en avant « l’image de marque » économique de la Bresse qui risque d’être ternie par l’enfouissement de déchets nucléaires.

Dans les Deux-Sèvres, la FDSEA qui « n’a pas à entrer dans le débat nucléaire » « soutient la population qui s’engage ». Sur le site, six équipes tournent toutes les 24 heures depuis une semaine

pour prévenir tout retour des militaires. En Anjou, la CADSA organise la solidarité avec la famille Thuet.

Mercredi 20 décembre 1989

Alors que « la Gâtine monte la garde », Max Alleau de GRANIT évoquant la situation en Anjou, déclare : « nous sommes des pacifiques. Mais il ne faudrait pas nous provoquer. Si cela devait déraper, ce ne serait pas de notre fait (…) Nous espérons que ce ne sera pas le sang qui fera parler de nous à l’échelon national. (…) Les gens du site, s’ils sont piétinés, ne resteront pas sans rien faire. (…) Et cela risquerait d’aller plus loin qu’à Segré. Pour notre part nous ferons tout pour que les gens restent calmes ». Un nouveau préfet des Deux-Sèvres est nommé : il s’agit de Bernard Coquet qui prendra ses fonctions jeudi. Laffineur intervient l’Assemblée Nationale pendant trois minutes, et y dénonce « l’attitude provocatrice (du gouvernement) qui s’assimile à une véritable occupation militaire de la commune de Bourg d’Iré, ressentie sur place comme une agression qui entraîne des réactions de colère et de désespoir de plus en plus difficiles a maîtriser. »

Jeudi 21 décembre 1989

A la Gibaudière, deux cents manifestant.es affrontent les gendarmes mobiles qui ripostent à coup de grenades lacrymogènes. Des sacs de souffre sont enflammés autour du site pour enfumer les militaires.

Hier, toutes les mairies du Segréen ont reçu une affiche éditée par la CADSA « Déchets nucléaires = démocratie matraquée ».

Pour la Fédération écologiste bretonne, « une fois de plus, l’effet Plogoff se met en route ». Les gendarmes mobiles qui avaient pris position face aux manifestant.es ayant barré la route de l’Ain se retirent, le préfet recevant la Sauvegarde de la Bresse, le lendemain.

Vendredi 22 décembre 1989

En Anjou, dans la nuit de jeudi 4 vendredi, un semi-remorque de l’entreprise Hervé qui travaille pour l’ANDRA est incendié dans une carrière exploitée par la société. Jacques Boyon (député de l’Ain), Jean Pépin (le sénateur-conseiller qui voulait « prendre la Bastille technocratique » en vendant des poulets à la Bourse du commerce de Paris) propose une trêve au préfet jusqu’au 4 janvier 1990 à condition que l’ANDRA ne reprenne pas ses travaux. La préfecture répond que les travaux ne reprendront pas tant que Fauroux n’aura pas reçu une délégation d’élu.es bressans. Les barrages sont donc levés en Bresse.

Samedi 23 décembre 1989

A Ancenis (Anjou), 350 personnes occupent pendant trois heures, un poste à péage de l’autoroute Nantes-Angers. Les automobilistes ne payent pas leur écot et des tracts d’information sont distribués. Les gendarmes présents se voient tenus à distance et les pneus de leur estafette sont dégonflés. Les automobilistes récalcitrant.es sont promptement ramené.es à la raison par quelques « porteureuses de battons ». Une trêve est décidée à la Gibaudière a partir du soir 20h, jusqu’à mardi 8h.

Mardi 26 décembre 1989

Trois barrages sont mis en place autour de La Gibaudière par 200 opposant.es des communes alentour. Vers 6 heures du matin, au carrefour du Grand Ormeau, les opposant.es mettent en place un barrage constitué d’un immense amas de carcasses automobiles et de souches surmontées d’une pancarte « Danger, explosifs ». Un autre barrage est mis en place a l’intersection du Grand Domaine. Une tranchée profonde d’ un mètre est creusée a la pioche a 300 mètres de la Gibaudière ; une dizaine de poteaux télégraphiques sont mis à terre a l’aide de tracteurs. Des arbres sont sciés et des pneus enflammés sur le pont qui enjambe la Verzée. Les militaires patrouilleront à bord d’engins tout-terrain et déferont les barrages. 19 organisations (CADSA, organisations agricoles, les Fédérations de chasseurs et pécheurs du Maine-et-Loire, la CFDT, les associations familiales etc.) écrivent au secrétariat d’État à l’Environnement pour demander « dans le Segréen, comme dans les autres sites concernés par les projets de l’ANDRA, le départ des forces de l’ordre et l’arrêt des travaux. »

Mercredi 27 décembre 1989

Dans la nuit de mardi 4 mercredi, un deuxième camion de l’entreprise Hervé, un semi-remorque de 38 tonnes, est incendié.

Jeudi 28 décembre 1989

En Anjou, le blocus alimentaire contre les gardes mobiles s’organise. Dans les villages de la région de Segré les boulanger.ères ainsi que les petit.es commerçant.es refusent déjà depuis quelque temps de servir les militaires. Sous la pression de deux cents manifestant.es, les directeurs des grandes surfaces de la région (Leclerc, Intermarché à Segré et Tumy à Noyant-la-Gravoyére) s’engagent a ne plus ravitailler les gendarmes mobiles. Dans ces trois supermarchés visités par les opposant.es, des affiches “Déchets nucléaires : la démocratie matraquée” sont apposées. Le Centre Leclerc qui aurait désobéi voit sa porte d’entrée bloquée par plusieurs tonnes de fumier.

Samedi 30 décembre 1989

« Conséquence des menaces et dégâts dont l’entreprise a fait l’objet », l’entreprise Hervé de Juigné-des-Moutiers (44), fournisseur de matériel de forage pour l’ANDRA, fait savoir qu’elle « a l’intention de retirer son matériel dans les plus brefs délais et qu’elle ne participera plus aux travaux éventuels sur le lieu-dit de la Gibaudière à Bourg d’Iré… sauf en cas de réquisition, ce qui risque

d’arriver » (Communiqué a Ouest-France 30 décembre 1989). Le préfet réquisitionne les engins de l’entreprise Hervé.

Des manifestant.es bloquent la voie ferrée Angers-Le Mans, prés d’Etriché.

En Gâtine, les barrages sont maintenus durant les fêtes de fin d’année.

Lundi 1er janvier 1990

Plus de 2000 personnes viennent signer à la Gibaudière le « livre d’or de la honte ».

Jeudi 4 janvier 1990

Des dizaines de manifestant.es exigent, a partir de 16h00, le départ d’une pelleteuse réquisitionnée de la DDE (Direction Départementale de l’équipement) destinée a effectuer des travaux de réfection du chemin d’accès au Château de Bellevue. Pendant plusieurs heures des négociations ont lieu entre un ingénieur de la DDE et les opposant.es dont le nombre grossit à Segré comme à la Gibaudière. Finalement, vers 22h30, un porte-char enlève la pelleteuse pour la conduire a Angers. D’autre part, quatre engins nécessaires aux forages quittent la Gibaudière. Deux d’entre eux appartenaient a l’entreprise Hervé. Les deux autres ont les portières maquillées afin d’empêcher toute identification de l’entrepreneur collaborateur. Les élu.es du segréen décident de boycotter les vœux du Préfet. Seul, Jean Sauvage, président du Conseil Général de Maine-et-Loire, accepte de s’y rendre : « par correction » dit-il.

Vendredi 5 janvier 1990

Trois cents élu.es de la région de Bourg d’Iré boycottent les vœux du Préfet Anciaux et se réunissent à la Gibaudière. Pendant ce temps, le Préfet s’adressait aux notables locaux (parmi lesquels se trouvait l’ensemble des parlementaires du Maine-et-Loire à l’exception du député de Segré, Laffineur) et dans un discours qui n’a sans doute pas fini de servir aux hommes de l’Etat, il dira : « Depuis 1976, cinq gouvernements français successifs ont fait le même choix (de l’industrie nucléaire). Le Parlement a approuvé cette politique à de nombreuses reprises et la dernière fois, le 12 décembre dernier. Il y a moins d’un mois… La démocratie est un privilège, mais c’est aussi une fleur fragile. Si des décisions prises régulièrement par le Parlement peuvent être mises en échec par une réaction locale, même unanime, même respectable, il n’y a plus de démocratie. Or depuis trois semaines, toutes sortes d’excès, toutes sortes d’exactions sont commis ici : barrages de routes, d’autoroute, de voies ferrées, contrôle irrégulier des véhicules sur la voie publique, abattage d’arbres et de poteaux téléphoniques, séquestration de personnes, pressions physiques sur les commerçants et les entreprises, incendie de véhicules. »

Sauvegarde de la Bresse creuse a l’aide d’un bulldozer une dizaine de tranchées sur la route conduisant au site de forage prévu, prés de Saint-Jean-Sur-Reyssouze.

Samedi 6 janvier 1990

Trois cents opposant.es investissent un train à Angers pour se rendre a Paris, manifester et coller les affiches « Déchets nucléaires Démocratie matraquée » sur les murs du Ministère de l’Industrie.

Un voyage gratuit et sans encombre où les anti-déchets utilisent la sono du train et distribuent des tracts aux voyageur.euses. Pendant ce temps, la préfecture d’Angers avertit celle de Paris que « 300 excités ou casseurs » arrivent par train à la gare Montparnasse. Lorsque le train arrive (composé d’hommes, femmes et enfants), un comité d’accueil composé de 250 CRS armés se trouve sur le quai. La préfecture de Paris décide : la « manifestation n’a pas été déclarée, elle est donc interdite ». Les CRS remettent les manifestant.es dans trois TGV a destination d’Angers, aux frais de la SNCF : il faut dire que pendant ce temps, deux cents personnes occupent la gare d’Angers. Au retour des trois cents manifestant.es, une manifestation spontanée de cinq cents personnes défile dans les rues d’Angers au cri de « Angers avec nous ! ».

Jeudi 11 janvier 1990

A Segré, 200 personnes affrontent dans la soirée les gendarmes mobiles qui escortent un convoi transportant du matériel de forage. L’opération ayant échoué et malgré des appels à la dispersion, les manifestant.es en colère se dirigent vers la sous-préfecture de Segré. Là des pavés, des boulons sont lancés contre la sous-préfecture et contre les gendarmes mobiles qui protègent le bâtiment.

Quelques vitres sont brisées et des grenades lacrymogènes sont utilisées par les militaires. Le sous-préfet Dubois, très perspicace, voit dans cette manifestation qui se terminera vers minuit, la volonté d’entrer dans la sous-préfecture. Quant au préfet Anciaux, il stigmatise les opposant.es, « 150 casseurs munis de frondes et de boulons ». La CADSA appelle dans un communiqué a un rassemblement à Angers, le samedi 20 janvier.

Samedi 13 janvier 1990

Sauvegarde de la Bresse, dont les membres se relaient jour et nuit, a installé un bungalow permanent approvisionné en électricité (par EDF !), eau et téléphone. Le préfet de l’Ain a déclaré être surpris par une telle réaction mais il n’entendait pas réagir immédiatement. « Mais ce n’est pas pour autant que cette situation doit se prolonger » ajoute-t-il.

Lundi 15 janvier 1990

Dans un communiqué, la CADSA propose que toutes les activités sportives ou culturelles prévues le 20 janvier, soient reportées. La Fédération Départementale des Associations Familiales et Rurales (FDAFR) « refuse la poursuite des investigations entreprises en vue de la possible installation d’un laboratoire » et « invite les familles rurales du département à manifester leur solidarité vis-a-vis de celles des communes proches de Bourg d’Iré ». Dans la région, 80 équipes de surveillance se relaient 24h sur 24h sur les axes autour de la Gibaudière. Selon un responsable de la CADSA, l’« objectif n’est pas de bloquer mais d’identifier. »

D’autre part, la CADSA prévoit de constituer un service d’ordre important pour la manifestation du 20. « Nous voulons absolument rendre cette manifestation super-crédible » dit l’un de ses animateur.ices. Dans la matinée, une cinquantaine d’opposant.es ont tenté d’empêcher le passage de deux véhicules se rendant sur le chantier de la Gibaudière. Les manifestant.es ont tenté d’arracher les caches posés sur les plaques d’immatriculation des engins mais l’arrivée des gendarmes mobiles les obligera à se replier.

Mercredi 17 janvier 1990

Dans un communiqué publié par Ouest-France, la CADSA propose une rencontre aux six élu.es polonais.es accueilli.es du 16 au 22 janvier en Anjou pour les familiariser avec « la vie locale démocratique ». Selon la CADSA, une visite du site de la Gibaudière permettra aux polonais.es, « comme le souhaitent les promoteurs de ce séjour », de repartir « avec dans la tête une succession d’images qui pourront les aider a mettre sur pied leur propre démocratie » ! De multiples associations appellent à la manifestation du 20 janvier : la Fédération Départementale des Association Familiales Rurales, une association des donneur.euses de sang du segréen, Association des jardins familiaux… Toutes les mairies du segréen mettront à la disposition des habitant.es des cars pour se rendre à Angers le 20. Le comité du commerce de Segré propose à tou.tes les artisan.es et commerçant.es de cesser le travail samedi après-midi. Protégé par 200 gardes mobiles, un convoi de cinq camions chargés de pierres destinées à l’empierrement du chemin reliant le château de Bellevue à la route est attaqué par plusieurs dizaines de manifestant.es lors de son passage au Bourg d’Iré. Depuis le matin, des gendarmes mobiles occupaient la place du village pour prévenir toute riposte de la population.

Elle ne se fera pas attendre : pierres et gourdins (« certains bâtons avaient même des pointes au bout » notera un commandant de gendarmerie) contre gaz lacrymogènes et il y aura même des corps à corps entre manifestant.es et militaires. De nouvelles.eaux opposant.es arrivant sur place, il sera décidé de détourner la circulation (entre Segré et Candé) vers la Gibaudière afin que les automobilistes passent par Bourg d’Iré et le Château de Bellevue : « Nous avons voulu leur montrer ce qu’est une commune sous l’occupation » dira un opposant. Finalement, ce sont des bulldozers du Génie militaire d’Angers envoyés spécialement dix jours avant qui étaleront le gravier sur le chemin. Jusque tard dans la soirée d’importantes forces de gendarmerie quadrilleront la région et contrôleront l’identité des habitant.es. Jacques Amédéo, vétérinaire qui connaît bien les gens de la région déclarera : « Tout le monde en a ras-le-bol ici, des jeunes jusqu’aux mémés de 85 ans ».

Dans la soirée, le préfet Anciaux donne sa version des faits lors d’une conférence de presse : « Deux des escadrons de gendarmerie qui protègent le site sont logés au Château de Bourg d’Iré. Le passage incessant des véhicules a fini par dégrader les chemins d’accès et on a décidé de faire venir des camions de graviers pour les ré-empierrer. Deux convois de cinq véhicules escortés étaient prévus. Hier, en fin de matinée, un de ces convois a été attaqué a la sortie du Bourg d’Iré par une centaine de manifestants particulièrement agressifs. Un véhicule de gendarmerie a été isolé, attaqué aux pierres et aux billes d’acier. Des vêtements ont été volés et les gendarmes, qui ont eu douze blessés, ont dit se dégager aux grenades lacrymogènes. Je trouve énorme qu’il y ait eu de tels incidents à propos de transport de cailloux. Mais les faits se renouvellent : la semaine dernière c’était Vassaut de la sous-préfecture qui aurait été dévastée sans la présence d’un escadron. Voila pourquoi je dis que les élus ne maîtrisent plus la situation.(…) on est entré dans un processus de violence où le respect des lois n’existe plus, ou des casseurs sans foi ni loi se livrent en permanence à des exactions. » Mais, ajoute-t-il « il n’y a aucun jour de retard dans le programme des travaux. » Le préfet, qui veut faire peur, annonce de plus que d’importantes forces policières (« invisibles » !) seront mobilisées samedi pour prévenir tout débordement.

Jeudi 18 janvier 1990

Dans une lettre ouverte au préfet de Maine-et-Loire publiée par Ouest-France, l’association « Patrimoine et culture » de Pouancé communique : « accordons-nous le temps et les moyens de rechercher les solutions scientifiques qui éloigneront cette épée de Damoclès que nous refusons a suspendre au-dessous de l’avenir de nos descendants : l’enfouissement des déchets nucléaires ». Dans la même édition du quotidien régional, L’Action catholique ouvrière (ACO), le Parti Socialiste, la CFDT appellent à manifester le 20 janvier à Angers. Jacques Amédéo, Jean-Yves Pavec et Yannick Brousse (tous trois animateurs de la CADSA) rencontrent, en présence du préfet, le Ministre de l’Aménagement du Territoire Jacques Chérèque. Ils lui déclarent : « il ne faut pas que le dialogue soit rompu. II faut trouver des solutions pour progresser, car la situation n’est tenable pour personne. » Le RPR rappelle dans l’édition du jour du Courrier de l’Ouest que « la France a clairement fait le choix de l’indépendance nucléaire (sic) » et n’entend pas « revenir sur cette position prise par le Général de Gaulle et confirmée par tous les gouvernements successifs, y compris socialistes », mais selon ce parti, il faut maintenant organiser un débat au parlement sur la question des déchets nucléaires.

Vendredi 19 janvier 1990

De nouvelles organisations appellent à la manifestation du lendemain : le PS, UDF, la LCR, la Confédération paysanne du Maine-et-Loire « toujours critique à l’égard du nucléaire », la coopérative d’alimentation biologique (CABA), Robin des Bois, Ouest-Vitalité, la Confédération Syndicale du cadre de Vie (CSCV), le Centre Départemental des Jeunes Agriculteurs (CDJA), l’Union Départementale des Associations Familiales (UDAF), les Verts des pays de Loire, la Fédération des associations familiales et rurales, Anjou-Ecologie-Autogestion, Artisans du monde d’Angers, Chrétiens dans le monde rural, les CUMA (Coopératives Utilisant du Matériel Agricole), le maire et l’ensemble du conseil municipal d’Angers, la FDSEA ainsi que le président de la Chambre d’Agriculture. A l’exception du député de Segré, Marc Laffineur, l’ensemble des parlementaires du Maine-et-Loire (six députés et trois sénateurs) décident de ne pas participer à la manifestation. Ils ne feront connaître leur position qu’après la manifestation ! Le préfet, qui veut « jouer l’apaisement » à la veille de la manifestation déclare qu’« aucun document concernant la campagne de sondages et l’éventuel stockage de déchets radioactifs n’est couvert par le “secret défense”. Il s’agit d’une procédure civile. Tous les documents seront à la disposition des élus (6). Dans cet esprit, le ministre de l’industrie vient d’adresser le rapport Castaing (7) au conseil général. (…) » Le préfet rappelle la proposition faite par le gouvernement de créer une commission locale d’information présidée par le président du Conseil Général (Jean Sauvage) qui a accepté cette offre refusée par les autres élus. Le préfet insiste et veut créer une « commission d’experts, composée de véritables spécialistes ». Enfin, « dans un souci d’apaisement », le préfet a annulé le convoi de camions qui devait se rendre à Bourg d’Iré ce jour.

Samedi 20 janvier 1990

Quinze mille personnes (beaucoup de jeunes sont présent.es) se retrouvent à Angers pour la plus grande manifestation que la ville ait connue depuis mai 1968. Cette manifestation marque extension de l’opposition à l’ensemble de l’Anjou. Des délégations des comités Anti-Poubelle de l’Aisne (CAPA) (8) et de Neuvy-Bouin (CIAD et GRANIT : 150 habitant .es des Deux-Sèvres) sont présent.es ainsi que des habitant.es de la Mayenne, de Sarthe, de Loire- Atlantique, de la Vendée, de la Manche et de la région parisienne.

Dans un discours précédant le départ de la manifestation, le maire de Bourg d’Iré, M. Bruneau dira, visiblement ému : « C’était une commune qui vivait sans trop d’histoires, avec ses petites difficultés, jusqu’au 13 décembre. Et voila que sur une ferme de 12 hectares, il existe aujourd’hui un camp retranché défendu par 400 gendarmes mobiles, entouré de tranchées, de grillages et de barbelés. (…) Les enfants ont maintenant peur de ces hommes armés et casqués qui sont la pour qu’un jour on enfouisse, dans les profondeurs des champs, des déchets porteurs de mort. Si vous êtes là, aujourd’hui c’est que vous avez compris l’inquiétude de cette région qui refuse de devenir un désert. » (Pendant cette intervention, on peut remarquer dans la foule une pancarte écrite en russe « Souviens toi de Tchernobyl »). Jean Yves Pavec, président de la CADSA prendra aussi la parole : « La première et la plus insupportable des violences, cela a été pour nous l’arrivée des forces de l’ordre et de leurs cohortes de camions. Cela ne justifie pas tous les débordements ; mais sachez que nous avons tout connu : le mensonge, la peur, la colère et les provocations les plus viles.

Aujourd’hui nous manifestons pacifiquement pour exiger le départ des forces de l’ordre, l’arrêt des travaux, le départ de l’ANDRA et le refus d’un projet d’enfouissement irréversible. » Le conseiller général maire de Noyant- la-Gravoytre, M. Dupuis « la démocratie est matraquée ; vous êtes la démocratie ». Laffineur appellera à l’union et à la solidarité de tout le département « sans récupération au profit de qui que ce soit ». Et Didier Anger, le député européen des Verts, en profitera pour donner une leçon aux manifestant.es, car lui, « militant historique écolo » qui a pu voir comment on nucléarise un pays, il connaît par cœur la lutte antinucléaire : « l’État nucléaire est un mur à s’y cogner la tête on s’y fait mal et on ne le détruit pas quand on est isolé. Mais un mur peut s’effondrer quand on est des milliers à le contourner. C’est ce que vous faites vous, sur le terrain ; nous au Parlement européen (sic). Il faut faire l’économie de la violence ; arrêtons le programme, discutons, essayons de trouver les moins mauvaises solutions et décidons par référendum. » D’autre part, il faut noter une intervention très vive d’un délégué de Gâtine exprimant la très forte détermination des habitant.es de la région de Neuvy-Bouin. Parmi les banderoles présentes dans le cortège on notera « L’Anjou vivra sans déchets nucléaires » tenue par les élu.es se trouvant en tête du cortège, « Bourg d’Iré occupé », « Andra dehors », « non aux déchets nucléaires », « Adultes, protégez notre avenir », « réfléchir avant d’agir », « non aux déchets, oui a la vie », « oui au progrès, mais pas à n’importe quel prix, « non au nucléaire », « Mitterrand, la force tranquille… ».

La manifestation se dissoudra vers 17h « sans incident ».

Dimanche 21 janvier 1990

Cinq mille personnes se rendent sur le terrain occupé de la Gibaudière (« certainement le lieu actuellement le plus visité du département »). Cette promenade dominicale et familiale est l’occasion de discussions : « On se révolte quand c’est toujours trop tard. Avant, je ne voyais pas l’ampleur des risques comme ça ». Une retraitée vient « pour ses petits enfants ». Un restaurateur de Segré dit : « Les gens ont défilé dans le calme, mais ça n’enlève pas la rage de vaincre. Maintenant, soit les gendarmes mobiles partent, soit tout le monde leur rentre dedans. ». Une mare : « c’est curieux comme les chaînes télé publiques restent silencieuses sur l’événement » (Ouest-France 23-1-90).

Un millier de personnes manifestent à Montrevel-en-Bresse contre le projet de stockage.

Lundi 22 janvier 1990

Les 9 parlementaires angevins (Mme Bachelot, MM. Alphandery, Bégault, de Charette, Huchon, Ligot (9), Chupin, Grimault et Jolibois) qui avaient brillé jusque là par leur discrétion calculée affirment maintenant leur solidarité avec la population du segréen et déclarent se mettre « à la disposition des parties en présence pour trouver une solution. »

Mardi 23 janvier 1990

Alors qu’un bulldozer travaille le matin sur le site de La Gibaudière, trois cents personnes se rassemblent et ne se dispersent que lorsque l’engin est arrêté. Vers 16h00 un camion d’une entreprise vendéenne, Ouest-Forage, « dont un engin a brûlé mystérieusement la semaine dernière » selon la CADSA, quitte le site de La Gibaudière escorté par des gendarmes mobiles. Dans l’après-midi le préfet Anciaux décide de suspendre les travaux jusqu’à ce qu’une rencontre entre les élu.es et l’État ait lieu. Toutefois quatre escadrons de gardes mobiles resteront cantonnés A Bourg d’Iré. Pour Jean-Yves Pavec (CADSA), « c’est un premier recul du préfet et des pouvoirs publics », il se prononce pour « la trêve des actions, mais la surveillance maintenue en attendant la rencontre avec le premier ministre. Il reste sur place trois engins qui ne travailleront pas. Serait-ce la première victoire de la démocratie ? ».

Pierre Brana, secrétaire national du PS à l’environnement, « demande au gouvernement d’adopter des mesures rendant transitoire le stockage des déchets nucléaires » en prenant en compte les propositions du rapport Castaing.

Mercredi 24 janvier 1990

Le président du conseil général Sauvage et 9 parlementaires du Maine-et-Loire demandent une entrevue au premier ministre.

Vendredi 27 janvier 1990

Apprenant que Jean Sauvage et les 9 parlementaires du Maine-et-Loire devaient être reçus par Rocard le 7 février, la CADSA déclare qu’elle devrait être prioritairement reçue et s’interroge sur la capacité des élu.es nationaux.ales à défendre les intérêts de la région. De plus, la CADSA déclare qu’elle ne saurait se satisfaire de la création d’une commission locale d’information ou d’un observatoire scientifique.

Dimanche 28 janvier 1990

Des milliers de personnes se retrouvent sur le site de la Gibaudière.

Mercredi 31 janvier 1990

La CADSA et les élu.es locaux.ales seront aussi reçu.es a Matignon mais quelques jours après les parlementaires angevins, en principe le 13 février.

Jeudi 1er février 1990

L’évêque d’Angers vient signer à La Gibaudière « le livre d’or de la honte ».

Dimanche 4 février 1990

Dix à douze mille personnes se rendent sur le site de la Gibaudière. Au nom de la « liberté emprisonnée », des rubans sont accrochés sur le grillage qui entoure le site de forage. Des affrontements sont évités de justesse (compte tenu de la présence de nombreux enfants), car une brèche de 50 mètres est réalisée dans le grillage.

Lundi 5 février 1990

Le rendez-vous entre le cabinet du premier ministre, la CADSA et les élu.es locaux.ales du Segréen est avancé : la rencontre aura lieu le 9 février. La délégation sera composée de Jacques Amadéo, Yannick Brousse et Jean-Yves Pavec de la CADSA, et d’autre part de Roland Bruneau, maire de Bourg d’Iré, Daniel Dupuis conseiller général et maire de Noyant-la- Gravoyére, Antoine Glémain, maire de Segré, et Marc Laffineur, député.

Mardi 6 février 1990

Un comité de soutien à la CADSA est créé prés d’Angers à La Membrolle-sur-Longuenée.

Mercredi 7 février 1990

Durant l’entrevue avec les élu.es parlementaires de l’Anjou, Rocard annonce sa volonté d’associer élu.es et représentant.es des populations et décide qu’il consultera le Collège de la prévention des risques technologiques créé en novembre 1988. En fait, le premier ministre attend l’entrevue qu’il aura vendredi avec les élu.es locaux.ales et la CADSA pour annoncer les décisions qu’il a prises.

Vendredi 9 février 1990

Le premier ministre qui reçoit lui-même les élu.es locaux.ales du Segréen et la CADSA leur annonce l’arrêt des travaux sur les quatre sites ainsi que le départ des gendarmes mobiles des régions occupées, après avoir tenu à indiquer aux délégué.es angevin.es qu’il ne pouvait être question de remettre en cause le programme électro-nucléaire français, il leur précise que de nouvelles études vont être menées pendant douze mois : « les réflexions devront être menées par des personnalités indépendantes aux compétences incontestées, en liaison avec les élus et les représentants de toutes les parties concernées ». Quelques « sages » seront donc consultés comme ce.lleux réuni.es dans le Collège de Prévention des risques technologiques dont font partie Raymond Castaing (10) et Jean-Paul Shapira du GSTEN, ainsi que dans l’Office parlementaire d’évaluation des choix technologiques. Dans la soirée, des membres du CAPA se rendent sur le site de l’ANDRA fait ses recherches et constatent que les techniciens travaillent toujours. Le CAPA décide de porter plainte.

Samedi 10 février 1990

Sous le regard vigilant des opposant.es, ANDRA et les gendarmes mobiles commencent dés le matin à quitter la ferme de la Gibaudière. En Gâtine, le CIAD et GRANIT comptent pour les douze mois à venir « délocaliser le débat : le nationaliser (…) c’est à dire discuter avec les technocrates, pour aboutir à l’’abandon définitif du projet de stockage en profondeur ». Pour Max Alleau de GRANIT « le gouvernement veut calmer le jeu, c’est bien… Mais l’on apprend que dans le massif granitique du Limousin, tombé en léthargie depuis deux ans, le CEA est en train de réactiver les deux sites d’Auriat et Silord (11). Nous réclamons l’étendue du moratoire de douze mois, à ces deux autres sites, qui aujourd’hui font l’objet de simulation d’enfouissement ». Les associations anti-déchets des quatre sites doivent se réunir au mois de mars pour faire le point.

Mardi 13 février 1990

Dans un communiqué au quotidien de l’Aisne, l’Union, l’Andra explique ainsi la continuation de son activité vendredi après-midi : « Les premières opérations pratiquées (…) sur le site ont consisté à tuber et à cimenter le forage en cours pour empêcher tout risque de communication entre les diverses nappes d’eau. Dans les semaines qui viennent, les installations de forage et les bâtiments vont être démontés et évacués. » Trois cents manifestant.es qui réclamaient l’extension du moratoire au site d’Auriat, où depuis dix ans, un forage de 1000 mètres permet de faire des recherches, notamment sur la circulation des eaux a de grandes profondeurs, obtiennent que le CEA arrête ses travaux. Une forte délégation venue de Gâtine était venue prêter main forte a la population locale organisée dans l’Association pour la défense des Monts d’Auriat (ADEMAU).

Paris, mars 1990.

Sources :

- Nouvelle République du Centre-Ouest (édition des Deux-Sèvres)

- Courrier de l’Ouest (Édition de Anjou)

- Ouest-France (édition Angers-Segré)

- Agence France Presse.

On peut également consulter Chroniques des gens du Schiste Édition Siloé.

(1) *Les prémices aux propos de Robert Galley campent à merveille l’ambiance de la matinée :”Je suis heureux de la sérénité dans laquelle se déroule ce débat. J’ai encore en mémoire la foule hurlante de ces élus socialistes qui demandaient l’arrêt de tout le programme nucléaire. Vous ne pouvez imaginer quelle joie est la mienne d’assister ainsi à leur conversion tardive au nucléaire.* Brice Lalonde tenta bien de reprendre l’avantage en précisant à Robert Galley : « Nous ne sommes pas convertis au nucléaire, nous y sommes contrains ». Mais il était impossible de s’y méprendre, de Brice Lalonde & Roger Fauroux, des représentants du Parti communiste a ceux du RPR, tous se complimentaient de la maturité du problème nucléaire.

Chacun applaudissait chacun (…)* (La Recherche n°218 février 1990)

(2) CLAD (Comité Intercommunal d’Action et de Défense contre les Déchets), contact : BP 1 79240 Largeasse 49 65 36 60 ou 49 65 01 00.

GRANIT (Groupement Régional Antinucléaire d’Information Totale),

L’Ardivelle Chatillon/Pouet 79200 – Parthenay. GRANIT donne régulièrement des informations sur un répondeur : 49 63 54 02.

(3) CIFODRA (Coordination contre l’enfouissement des déchets radioactifs). Pierre Gé – La Fionniére – Pougne Hérisson – 79130 Secondigny. Tél : 49 63 77 68.

(4) CADSA, Coordination Anti-Déchets pour la sauvegarde de l’Anjou, Rue de la Roiric – 49500 Segré

(5) Sauvegarde la Bresse, Mairie de Mantenay – 01560 – Saint Triviers de Courtes Tél : 74 $251 72

CADENA BP 118 – 01003 Bourg en Bresse Tél : 74 30 17 0.

(6) « On nous a pris pour de braves péquenots. Les premiers documents qui ont été piqués à l’ANDRA le prouvent bien ; rien que des études sociologiques, pas du tout techniques sur la qualité du sous-sol » souligne un opposant (Libération 19-1-90)

(7) Raymond Castaing est ’auteur d’un rapport paru_ en 1983. (Voir le bulletin du GSIEN, La Gazette Nucléaire n°62/63, 2 rue François Villon 91400 – ORSAY)

(8) CAPA, Comité anti-poubelle nucléaire dans l’Aisne : c/o : P. Lecoq Montigny-la-Cour – 02150 Sissune tél. ; 23 21 2994

(9) Cette crapule député-maire de Cholet avait en 1984 proposé la candidature de sa ville pour qu’elle accueille, dans sa zone industrielle les déchets radioactifs vie courte. Ces derniers seront finalement stockés a Soulaines (Aube).

(10) « Il n’y a pas urgence à faire des stockages, mais il y aura toujours des choses à mettre en profondeur » précise aujourd’hui Castaing (Libération 10/11 février 1990).

(11) A Silord (Haute-Vienne), le CEA simule, dans un laboratoire souterrain, l’enfouissement de déchets vitrifies.




Source: Basse-chaine.info