Avril 4, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Mardi 17 mars, midi. Nous entrons dans une pĂ©riode de confinement contraint et nĂ©cessaire. Et ça vous fait quoi d’ĂȘtre confinĂ© ? Sur proposition de Pierre, chaque jour un tĂ©moignage personnel sur le jour d’avant.

Chroniques au jour le jour

03/04/2020 ATTENTION : 2 chroniques

1Ăšre chronique :
vendredi 3 avril et la nuit qui suivit : chronique de confinement (pas rigolo du tout)
VoilĂ  une semaine, au moment a peu prĂ©s oĂč j’écris ces lignes, que j’appris que mon pĂšre rentrait Ă  l’hĂŽpital. COVID, pas COVID ? La question fut en suspens quelques heures. Je connais son rĂ©gime de vie et mĂȘme s’il a le SARS COV 2, je doute que ce soit la vraie raison. Verdict 2 jours plus tard, pas malade du COVID mais cancer des poumons. Une rĂ©ponse semble se dessiner sur cette question, comment font les personnes dont un proche est hospitalisĂ© dans les conditions de confinement actuel ? Quelques jours passent. Bien/pas bien, son Ă©tat fluctue au rythme de la mĂ©tĂ©o. Mon tĂ©lĂ©phone sonne avec insistance le 1 Avril (une blague !? Non pas du tout), soit une semaine aprĂšs le dĂ©but de ce rĂ©cit. Fausse manip. Étant sur vibreur, je ne l’ai pas entendu et de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, n’étant pas un accro de cet objet, je ne m’en suis rendu compte qu’en dĂ©but de matinĂ©e le lendemain. Alors, tout s’accĂ©lĂšre. Son Ă©tat s’aggrave et le mĂ©decin essaye de voir comment autoriser 6 personnes (ses enfants) Ă  lui rendre une derniĂšre visite. Confinement oblige, pas tous en mĂȘme temps mais rĂ©partis sur 2 jours et demi. Bon, il faut s’organiser ! Reste peu de temps. Et bien non, finalement il en reste encore moins. AprĂšs son retour de chimio, il n’a vraiment pas bonne mine et comme s’il restait encore un peu de place Ă  l’angoisse pour se dĂ©velopper, il faut le voir au plus vite car rien ne peut prĂ©sager de la suite. Plus le temps de s’organiser, 2/3 affaires, une attestation prĂ©-imprimĂ©e au motif de « fais pas chier, mon pĂšre est en train de mourir Â». Je prends la route.

Quelle aventure ! 4 Heures de route, presque comme un intrus sur le bitume tellement les autres usagers Ă©taient d’un autre calibre qu’une petite 206. Il fait beau et chaud. Ce qui est une bonne nouvelle d’habitude. Ou, pour les personnes comme moi ( un peu StoĂŻcien ), Ouep ! Je ne prĂȘtais pas plus attention au temps, ou en tout cas, celui ci n’a pas d’influence sur moi. Je suis quand mĂȘme dans un endroit humide aux alentours de Grenoble, mais cela fait un moment qu’il ne pleut pas. Il y a un truc non ?

À quoi peut bien penser un gars, en plein confinement, qui prend sa voiture pour voir une derniĂšre fois son pĂšre malade d’un cancer des poumons Ă  cause de sa consommation de cigarettes ? Ben, Ă  s’arrĂȘter en rouler une, tiens


Du bleu dans le ciel, mais pas un ou trĂšs peu sur la route. Pas un seul checkpoint (point de contrĂŽle). Tant mieux, tant pis, mais que fait la police
 ? Tant mieux car je ne risque rien. Et oui, on prend des risques aujourd’hui face Ă  la police/gendarmerie. Tant pis, car une petite explosion est en suspens et cherche Ă  tout prix une raison de sortir. Mais, que fait la police ? Soit l’État nous trouve trĂšs raisonnables et n’estime pas nĂ©cessaire (rentable ?) de mobiliser les forces de l’ordre pour faire respecter le confinement. Soit il n’y en a presque plus tellement ils ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par les radars. Auquel cas, la protection des citoyens 


Enfin j’arrive. De l’apprĂ©hension due Ă  nos relations familiales, pas compliquĂ©es mais pratiquement inexistantes. Il va mieux. Avec l’assistance respiratoire, l’oxygĂšne circule mieux et il reprend des couleurs. On va pas trop s’enthousiasmer, mais quand mĂȘme un peu.

LĂ , on ne joue plus avec les mĂȘmes rĂšgles, ou plutĂŽt je me rends compte que les rĂšgles sont diffĂ©rentes. Pendant que nous comptons 1h, 2h, 3h, 4h, 
 L’autre compte Ă  l’envers connaissant dĂ©jĂ  la chute et n’ayant comme seul surprise que notre rĂ©action a la fin du dĂ©compte. Suite Ă  mon arrivĂ© le Jeudi 2 Avril vers 18h30 il ne restait donc plus que 30h environs. On ne savait pas Ă  ce moment-lĂ  et bien sĂ»r on parlait d’une possible organisation s’il finissait par sortir. Une autre sortie, plus coĂ»teuse pour nous Ă©tait organisĂ©e et on l’apprit la nuit du samedi 4 avril Ă  2h30.

S’organiser, encore et toujours. Pour la premiĂšre fois confrontĂ© Ă  cela, et en cette pĂ©riode comment ça doit se passer ? Doit-on aller Ă  l’hĂŽpital de suite ? Je finis par les avoir. (courage Ă  vous tous, infirmiĂšres, caissiĂšres, Ă©boueurs, agriculteurs, paysans, … Tous ceux qu’on oublie tellement ils sont indispensables et qui travaillent, et peut-ĂȘtre mĂȘme contre leur volontĂ©. “Tiens une prime que tu vas toucher pour les risques que tu as pris, mais surtout ne te limite pas, prend des risques Ă  fond car nous ne sommes pas prĂ©parĂ©s Ă  faire face Ă  un manque d’alimentation ou Ă  tout autre service. En gros, nous sommes incapables de subvenir Ă  nos besoins”.)
InfirmiĂšre au tĂ©lĂ©phone :
-Blablabli, blablablou, je ne devrais pas vous le dire mais nous avons regardĂ© les radios de votre pĂšre et vous devriez vous faire dĂ©pistĂ©s car en plus du cancer, ça ressemble pas mal au COVID

-AAAAAaaaaaaaAAaaaAAAaaaaAaaHhHHHHHhH !!!
Putain de merde, vous nous dites maintenant, aprĂšs nous avoir affirmĂ© que cela ne l’étĂ© pas. Que mes frĂšres et sƓurs, qui ont revu leurs enfants, conjoints, famille entre-temps. Mon pĂšre avait peut ĂȘtre aussi le SARS COV 2 ?
– Oui le dĂ©pistage n’est fiable qu’a 59 %
– Non
.

Alors voilĂ , c’est lĂ  oĂč j’en suis ce matin. Je me demande Ă  quel point nous savons ou nous ne savons pas les choses . Il est certainement impossible d’admettre pour l’État qu’il ne sait rien et que plus rien ne pourra ĂȘtre comme avant car nous ne reviendrons peut-ĂȘtre jamais, ou en tout cas pas avant quelques annĂ©es, Ă  l’état d’avant. Je vous mets en garde aussi car j’ai sĂ»rement tendance Ă  dramatiser en l’état.
Fabien V.

2e chronique :
La vie d’arrache-pied : depuis quelques jours, j’ai le sentiment de vivre le film Un jour sans fin, avec comme seule diffĂ©rence que je ne mets plus mon rĂ©veil Ă  sonner le matin comme je le faisais auparavant. De toute façon, que l’on soit dimanche ou lundi, je me rĂ©veille Ă  la mĂȘme heure mais m’autorise Ă  prĂ©sent Ă  traĂźner un peu plus longtemps au lit. Au bout d’un moment, aprĂšs m’ĂȘtre tournĂ© et retournĂ© plusieurs fois, je me redresse brusquement et m’assois sur le bord du lit pour fixer ma montre Ă  mon poignet. J’ai alors le sentiment de revivre la mĂȘme chose que la veille, en constatant que de jour en jour je suis lĂ©gĂšrement plus abattu .
Un matin, j’ai descendu mes sacs poubelle papiers, emballages plastique et mĂ©tal, et sac destinĂ© au compost dans le local situĂ© au deuxiĂšme sous-sol de l’immeuble. L’ascenseur s’est arrĂȘtĂ© au rez-de-chaussĂ©e, le gardien et un homme de mĂ©nage avec masque de protection sont alors entrĂ©s prĂ©cipitamment en m’expliquant que quelqu’un, porteur du Covid-19, venait de prendre l’ascenseur. Tandis que nous continuions de descendre, les deux hommes se mirent Ă  nettoyer consciencieusement les boutons d’ascenseur ainsi que la barre d’appui latĂ©rale et les parois avec une solution qu’ils vaporisaient. Je suis sorti de lĂ  quelque peu dĂ©semparĂ©, ne sachant ce que je devais faire. Qu’avais-je donc pu toucher en pĂ©nĂ©trant dans l’ascenseur ? Je ne voyais pas, Ă  part le bouton d’étage. Revenu chez moi, je me lavai les mains plus scrupuleusement que d’habitude avec le gel hydroalcoolique que je laisse prĂšs de l’évier dans la cuisine.
Puis, en m’efforçant de ne plus penser Ă  cet Ă©pisode, je repris ma lecture, assis dans le fauteuil du bureau : il y a prĂšs de trois semaines (la veille du confinement, autrement dit une Ă©ternitĂ© ‒ un jour d’avant), Louis, un ami poĂšte m’avait donnĂ© deux sacs de livres, m’assurant qu’il n’avait plus de place chez lui et malgrĂ© que de mon cĂŽtĂ© je ne dois guĂšre en avoir plus, j’avais cependant acceptĂ© ses livres. Pour la plupart, il s’agit de poĂ©sie, d’auteurs que je connais et apprĂ©cie, mais il y en a pourtant d’autres que je ne suis pas sĂ»r de lire (qu’il ne m’en veuille pas), comme ceux de Pierre Guyotat mort il n’y a pas deux mois. Mais un auteur m’a attirĂ©, Robert Antelme et son livre L’espĂšce humaine  (1947 ‒ il Ă©tait alors l’époux de Marguerite Duras). Il s’agit du rĂ©cit de son enfermement pendant la seconde guerre mondiale au sein du kommando (unitĂ© de travail forcĂ©) de Gandersheim, lequel est encadrĂ© par des dĂ©tenus allemands de droit commun (assassins, voleurs, escrocs, sadiques, trafiquants), aprĂšs qu’il ait Ă©tĂ© extrait du camp de concentration de Buchenwald.
J’avais lu quelques annĂ©es auparavant deux livres traitant de la Shoah, À pas aveugles de par le monde , de LeĂŻb Rochman, et Les disparus, de Daniel Mendelsohn. Les deux dĂ©crivent ce qu’on imagine guĂšre possible de dĂ©crire, la prĂ©cision nous montrant l’horreur, mais surtout l’incomprĂ©hensible cheminement conduisant Ă  la nĂ©gation des ĂȘtres humains. Je ne sais ce qui m’a poussĂ© Ă  ouvrir le livre de Robert Antelme, mais les premiĂšres pages m’ont fascinĂ© et m’ont forcĂ© Ă  continuer sa lecture : Â« Ce n’est pas parce que les SS ont dĂ©cidĂ© que nous n’étions pas des hommes que les arbres se sont dessĂ©chĂ©s et qu’ils sont morts Â», Ă©crit-il. Au fil des pages il dĂ©taille la vie misĂ©rable de ces hommes confinĂ©s dans ce qu’il leur reste d’humanitĂ©, un lien tĂ©nu qui s’amenuise petit Ă  petit, au grĂ© de la sous-alimentation (soupe, patates et Ă©pluchures volĂ©es) qui leur est imposĂ©e, Ă  la violence quotidienne, la peur du kapo, la solitude, l’humiliation, le meurtre comme exemple. La terreur hante tous les esprits, c’est elle qui habite leur maigreur, qui remplit leurs ventres du matin au soir et mĂȘme la nuit, et pourtant, pourtant ils imaginent, ils rĂȘvent, ils attendent. En somme, leur humaine condition les relie les uns aux autres en tant que membres de la mĂȘme espĂšce.
En mĂȘme temps que j’avance dans le livre, je dĂ©couvre la fragilitĂ© de notre situation actuelle, oĂč un simple virus pourrait tout emporter. Nous savons que le pire est toujours Ă  venir, mais sachant cela, c’est ce qui fait notre force, celle qui nous pousse Ă  toujours rebondir, Ă  aller de l’avant. Avant la libĂ©ration des camps, en ce mois d’avril 1944, Robert Antelme, comme les 400 autres prisonniers, est forcĂ© d’avancer sur la route oĂč Ă  la confusion se mĂȘle un avenir incertain vers un autre camp possible. Il sait qu’il peut, et va peut-ĂȘtre mourir, mais il marche tant bien que mal, parce que vivre est ce qui compte et qu’il faut le montrer. C’est sans doute ce qui nous caractĂ©rise, nous autres humains. Nous ne connaissons pas cette injonction et n’avons pas idĂ©e de l’extrĂ©mitĂ© Ă  laquelle sont livrĂ©s ces prisonniers en marche. Certains vont ĂȘtre froidement abattus, par petits lots, d’autres vont mourir de faim ou d’épuisement et d’autres enfin vont survivre.
Le prĂ©sident nous a dit que nous Ă©tions en guerre contre un ennemi invisible : « Dans cette guerre, nous devons ĂȘtre un bloc, et ĂȘtre unis Â». Un ennemi Ă  qui l’on a donnĂ© le nom de Covid-19. Pourquoi pas ? ça aurait pu ĂȘtre LBD 40, quelle diffĂ©rence, un mot (des maux) chasse l’autre, il y a toujours une explication et quelques lettres et des chiffres suffisent. Qu’est-il prĂȘt Ă  risquer pour que les affaires continuent et le marchĂ© d’exister, contre les licenciements et les dĂ©pĂŽts de bilan ? Le monde d’aprĂšs sera-t-il le mĂȘme ? Nous connaissons aujourd’hui le paradoxe de la libĂ©ration de la parole (des femmes) et du confinement sanitaire (de tous et toutes).
Pour l’heure, pas de doute, nous sommes bien au printemps. De ma fenĂȘtre, au 8e Ă©tage, j’aperçois les fleurs blanches des arbres et d’autres, plus loin, avec de toutes petites feuilles vertes qui tentent d’apparaĂźtre, alimentĂ©es par le chant des oiseaux perceptible sans le bruit des autos. En dĂ©but d’aprĂšs-midi, une voiture militaire est venue se ranger dans le passage qui conduit au groupe d’immeubles situĂ©s un peu plus loin ; un soldat est sorti une arme automatique Ă  la main, il s’est adossĂ© au mur du petit immeuble en briques, Ă  la limite de l’ombre et du soleil, puis il est restĂ© figĂ© un moment Ă  observer Ă  droite, Ă  gauche. Personne ne passait Ă  ce moment-lĂ . Au bout de quelques minutes, il est revenu Ă  la voiture, a enlevĂ© son bĂ©ret, rangĂ© son arme, s’est assit Ă  l’arriĂšre. La voiture a dĂ©marrĂ© lentement, a rejoint la rue puis elle a disparu.
Il me vient à l’esprit que je vais devoir encore descendre une poubelle. C’est fou ce qu’on peut jeter.
Alain Eludut
Groupe Pierre Besnard

02/04/2020
( ces quelques pensĂ©es Ă©crites en vrac , un bref rĂ©sumĂ© de mon Ă©tat d’esprit des jours passĂ©s, rĂ©digĂ© sur des chansons d’Hubert FĂ©lix Thiefaine et de Michel Pettruciani , avec une mention spĂ©ciale pour son morceau Home que j’adore)

Confinement : selon le dictionnaire Larousse en ligne, son synonyme est rĂ©clusion..me vient alors Ă  l’esprit les mots « rĂ©clusion criminelle Ă  perpĂ©tuitĂ© »…les mots se bousculent dans ma tĂȘte.

Chaque matin en ouvrant les yeux la rĂ©alitĂ© reprends brutalement toute sa consistance..je sors de ma nuit et je me dit « coronavirus, confinement… » comme un mauvais film de science fiction, un truc qui arrive, que je comprends mais que mon cerveau n’intĂšgre pas complĂštement..parce que c’est trop fou, trop ingĂ©rable, trop imprĂ©visible…et que ça bouscule mon besoin de certitude et de maĂźtrise.

ConfinĂ©s, reclus ..dans un espace de 50 mÂČ ,au cƓur d’un tout petit village du Haut Diois, nichĂ© Ă  1000m d’altitude …une trentaine d’habitantes-ts…en majeur partie des personnes de plus de 75 ans.
Il y a pire comme conditions de réclusion..heu pardon de confinement.
Mais pour nous, peu de changement, si ce n’est qu’il n’y a plus de bises quand on se croise dans les rues du village, que le gens se tiennent à distance et restent chez eux..
Parce qu’elles sont vieilles, parce qu’ils sont vieux, et qu’on leur a bien dit aux infos Ă  la tĂ©lĂ© que le Corona Ă©tait un virus qui terrassait principalement les personnes ĂągĂ©es…et puis ici..pour se faire soigner, pour aller aux urgences et accĂ©der Ă  des services de soins intensifs c’est un peu compliquĂ©..

Nous sommes rentrĂ©s d’un voyage Ă  vĂ©lo de 8 semaines en ThaĂŻlande Ă  la mi janvier..nous avons goĂ»tĂ© Ă  la libertĂ© de se dĂ©placer, de dormir, de manger, de boire quand nous le voulions, oĂč ne le voulions..nous avons parcourus 2800 km de libertĂ© absolue pour nous retrouver aujourd’hui reclus , enfermĂ©s, prisonniers, cloĂźtrĂ©s, menacĂ©s par un truc invisible et sournois qui s’attaque au monde…un virus qui fait peur, un virus qui Ă©branle nos moindres certitudes et nous renvoie inĂ©vitablement Ă  notre condition de mortel ..la situation peut aussi prĂȘter Ă  rire..Ă  rire Ă  gorge dĂ©ployĂ©e de notre arrogance Ă  vouloir toujours tout maĂźtriser, contrĂŽler, dominer, bafouer, dĂ©truire, saccager
.notre totale inexpĂ©rience de la vie..

Nous voilĂ  mis Ă  nu, nous voilĂ  dĂ©pouillĂ©s de notre confort, de notre train train, de notre cocon familial amical, professionnel..nous voilĂ  nous questionnant sur l’avenir, nous voilĂ  nous cognant aux murs sans savoir de quelle maniĂšre rebondir..nous voilĂ  face Ă  nos joies, nos colĂšres, nos chagrins; face aux enfants qui courent partout dans tous les sens et nous Ă©tourdissent, face Ă  l’absence des enfants qui sont ailleurs, loin, et qu’on aimerait pouvoir tenir contre nous, qu’on aimerait embrasser, qu’on aimerait protĂ©ger
.

Alors nous « profitons » de ce temps suspendu pour lire les bouquins que nous avions mis de cotĂ© en attendant « d’avoir le temps pour »…nous couchons nos espoirs, nos Ă©motions sur papier ou sur notre ordi, nous cuisinons, nous redĂ©couvrons le plaisir de nous tĂ©lĂ©phoner ;prendre des nouvelles des amies-s, des parents..savoir si tout le monde va bien, mais au final c’est toujours la mĂȘme discussion qui tourne en boucle


Les journĂ©es s’étirent « d’une langueur monotone » …
Ce temps suspendu nous permet aussi de le voir venir ce jour nouveau..oui ce jour oĂč les colĂšres qui auront grondĂ© en silence confinĂ© viendront enfin s’épanouir 

J’attends, en suspens, j’attends, et j’espĂšre, qu’enfin« les sanglots longs » n’auront pas Ă©tĂ© versĂ©s en vain

Parce que si demain, nous laissons passer les choses, si demain nous ne sommes pas toutes et tous ensemble Ă  battre le pavĂ©, Ă  faire tomber des tĂȘtes, alors je me dis que plus rien ne nous fera jamais agir et rĂ©agir..qu’ils auront gagnĂ©, dĂ©finitivement devant notre inertie Ă  les laisser nous tuer en toute impunitĂ©.

Une pensée particuliÚre pour toutes ces personnes réellement confinées dans les prisons, les hÎpitaux psy..toutes ces personnes que nous oublions dans un silence assourdissant.

Nath (la rue rĂąle)


01/04/2020 ATTENTION, 2 CHRONIQUES

1Ăšre chronique
Ma chronique attendra. Je suis en train de me battre pour pouvoir continuer Ă  exercer mon boulot de boulanger
considĂ©rĂ© comme essentiel mais pas quand tu vends sur les marchĂ©s qui sont rĂ©servĂ©s aux agriculteurs, pas aux artisans…
Guillaume. Groupe Le Ferment

2e chronique
Confinement ad vitam ĂŠternam ?

Le confinement continue avec bien sĂ»r ses inconvĂ©nients, notamment l’impossibilitĂ© de rencontrer physiquement ami-e-s et camarades. Par contre il y a aussi des aspects positifs (enfin, pour moi). Je ne vous parlerai pas de la pollution en chute libre Ă  Paris due en grande partie semble-t-il, au fait que les bagnoles ne circulent pratiquement plus (elles aussi sont confinĂ©es). Mais ça m’a permis de rĂ©organiser mon emploi du temps ; depuis plus de deux semaines mes journĂ©es commencent par un jogging ; ce matin, dĂ©part Ă  6h30 ; il fait encore nuit et le Parc des Buttes-Chaumont est fermĂ©, pas grave, le quartier est dĂ©sert, personne dehors Ă  part moi, et surtout, surtout, aucune voiture : le luxe. Je peux sillonner les petites rues en remontant jusqu’à la Place des FĂȘtes, puis redescendre la rue de Belleville en courant non pas sur les trottoirs, mais au milieu de la chaussĂ©e (pas de risque de me faire Ă©craser) ; le luxe vous dis-je.

Autre avantage, le silence qui s’est installĂ© et qui permet enfin d’entendre les oiseaux et surtout les mouettes (si, si, il y a des mouettes, mĂȘme s’il n’y a pas la mer). Ne manque que l’arrivĂ©e prochaine des martinets dans le ciel parisien et mon bonheur sera complet.

Nouvelle habitude due au confinement : un lointain voisin (Ă  300 mĂštres) s’est improvisĂ© DJ avec une sono d’enfer. Deux fois par jour, vers 13h et 19h45, il balance la musique Ă  fond avec une prĂ©fĂ©rence marquĂ©e pour les Beatles (c’est Ă©videmment pas pour me dĂ©plaire). Puis il s’adresse Ă  tous les habitants de la rue pour de vibrants appels Ă  la solidaritĂ©, Ă  l’entraide 
 mais lĂ , ça se gĂąte un peu ; au fil des jours il est passĂ© du soutien aux personnels soignants, puis Ă  l’hommage aux pompiers (aĂŻe, aĂŻe, je voyais venir le coup suivant), et enfin hier soir il a demandĂ© d’applaudir « les militaires et policiers qui nous protĂšgent ». LĂ , trop c’était trop, on a sifflĂ© et huĂ©, mais faut reconnaĂźtre qu’on Ă©tait vraiment minoritaires. Voir applaudir cette police qui, il y a peu, gazait et tabassait les manifs du personnel soignant demandant plus de moyens pour le secteur hospitalier, ça me reste en travers du gosier. OĂč Ă©taient donc, les mois prĂ©cĂ©dents, tous ces gens qui applaudissent tous les soirs Ă  20h ; dans les manifs ? J’ai de gros doutes. Vont-ils enfin comprendre que la situation lamentable de nos services publics n’est pas due au hasard mais Ă  une volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e de nos divers gouvernements de ces quinze derniĂšres annĂ©es. La santĂ© ? Pour eux, une marchandise comme une autre.

En milieu de journĂ©e j’allume ma TV histoire de glaner quelques infos pratiques ; il semble que l’on se dirige de prolongation en prolongation du confinement jusqu’à fin avril, et probablement vers la mi-mai.
Heureusement un camarade bien informĂ© m’a tĂ©lĂ©phonĂ© pour me rassurer. Il m’a signalĂ© la derniĂšre dĂ©claration de Sibeth Ndiaye porte-parole du gouvernement . Elle est catĂ©gorique: « Si d’aventure le confinement Ă©tait prolongĂ© jusqu’en juin, dans ce cas il serait suspendu pendant le week-end de la PentecĂŽte afin de permettre la tenue du congrĂšs de la FĂ©dĂ©ration anarchiste ».
Quoi, le 1er avril ? Quel poisson ?
Ah ben zut, j’y ai cru moi.
RamĂłn Pino. Groupe anarchiste Salvador-SeguĂ­

31/03/2020
Frais, frais, frais le poisson ! [<a title="Ielosubmarine dixit in AstĂ©rix en Hispanie, l’album de Goscinny et Uderzo.” class=”notebdp”>note]
Je viens de rentrer en France, avec mon compagnon, d’un long voyage far away, jusqu’à une Ăźle du bout du monde : la Tasmanie. 40 jours et 6200 km en camping-car, sans fil Ă  la patte (ni tĂ©lĂ©phone ni internet), Ă  croiser sur notre route kangourous, wallabys, wombats et Ă©chidnĂ©s, Ă  dormir dans la forĂȘt primaire parmi les fougĂšres gĂ©antes, Ă  marcher jusqu’aux falaises du Pacifique, Ă  se balader sur les rives des lacs (Kalangadoo for ever), Ă  parcourir pieds nus les mille et une plages immaculĂ©es de l’OcĂ©an Indien Ă  la recherche d’oiseaux endĂ©miques, Ă  voir les manchots venir nourrir leur progĂ©niture dans les rochers, Ă  suivre le cours des riviĂšres Ă  l’aube pour dĂ©busquer les ornithorynques, Ă  traverser les petites villes perdues les plus improbables au milieu de nulle part, Ă  respirer un air propre Ă  l’essence de huon pine, Ă  contempler la voie lactĂ©e la nuit et le jour un ciel sans une trace d’avion. 40 jours ailleurs, 40 jours de libertĂ©. Et, last but not least, nous avons pu explorer la rainforest du south west, : Melaleuca, lĂ  oĂč les pistes n’arrivent plus, Et puis, Ă©tant passĂ©s par Singapour Ă  l’aller, nous sommes revenus par Santiago, afin de rĂ©aliser notre rĂȘve de faire le tour de la planĂšte et dans la perspective exaltante de participer Ă  la GrĂšve gĂ©nĂ©rale fĂ©ministe des 8 et 9 mars dans un Chili en pleine rĂ©volte sociale et politique. Changement de langue et de dĂ©cor sur fond de dĂ©calage horaire, plongĂ©e dans la lutte politique : nous n’avons pas touchĂ© terre.

ArrivĂ©s chez nous, inĂ©vitablement, nous avons Ă©tĂ© quelque temps au rĂ©gime marmottes le jour et zombies la nuit. MĂȘme pas encore fait les courses. Aujourd’hui seulement, j’ai enfin allumĂ© la radio pour avoir quelques infos, pour la premiĂšre fois depuis si longtemps. AprĂšs ce serait super de faire un tour en moto. Comment ça, on est tous « confinĂ©s par ordre du gouvernement » ? Ça veut dire quoi « il n’y a plus de masques ? « Les morts se comptent par milliers… Un couvre-feu contre le coronavirus est envisagĂ©… ». Et ce serait pareil sur toute la planĂšte ? Mais pas du tout ! Nous on revient du Chili, le couvre-feu de Piñera, c’était pour rĂ©primer la rĂ©volte et on mettait des masques, certes, mais Ă  cause des gaz lacrymo… C’est quoi ce cauchemar ?

Attendez, parce que nous, on est encore Ă  l’heure de la Tasmanie… Nous sommes vraiment le 31 mars ou dĂ©jĂ  le 1 avril ? Ok, bien jouĂ©, j’ai failli marcher. C’était quand mĂȘme un peu trop gros pour ĂȘtre vrai, faut faire dans le vraisemblable quand on veut ĂȘtre crĂ©dible : je suis convaincue que la Chine est une dictature fĂ©roce dont le niveau de pollution est malheureusement inversement proportionnel au niveau d’hygiĂšne, et je suis absolument partante pour dĂ©noncer la maltraitance des animaux propres Ă  la consommation ainsi que la perte de diversitĂ© de la faune sauvage. Avec tous ces produits polluants qui causent la disparition des insectes, il y a de moins en moins oiseaux, la fin des petits mammifĂšres signe celle des rapaces etc. Le capitalisme c’est la mort et tout ça va trĂšs mal finir. La catastrophe n’est mĂȘme pas imminente, elle est en cours. Mais ils ne me feront pas croire que c’est l’apocalypse, now comme par hasard. Poisson d’avril pourri !

Parce que dans le pire des scĂ©narios imaginables, aucun gouvernement de notre cher « pays des libertĂ©s » ne pourrait se permettre de nous assigner Ă  rĂ©sidence et de nous obliger Ă  collaborer Ă  notre propre flicage en prĂ©sentant un formulaire avec nom, adresse, oĂč on va, pourquoi on y va, qui on va rencontrer, Ă  payer une amende voire Ă  ĂȘtre condamnĂ© Ă  la taule en cas de dĂ©placement non autorisĂ© par dĂ©cret. Aucun gouvernement de la « patrie des droits humains » ne pourrait se permettre de publier des catĂ©gories de population Ă  sauver (les jeunes, les biens portants) ou Ă  laisser mourir (les vieux, les malades, les handicapĂ©s, et qui sait qui d’autre encore, les « morts acceptables » selon leur point de vue inacceptable !). Non, aucun ne pourrait se le permettre sans dĂ©clencher immĂ©diatement la rĂ©volution.

En revanche, j’apprends que la reine d’Angleterre est morte du coronavirus et qu’il n’y aura pas de cĂ©rĂ©monie de funĂ©railles. Et ça, ce n’est pas un poisson d’avril !
Monica Jornet
Groupe Gaston Couté FA

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Source: Monde-libertaire.fr