Mardi 17 mars, midi. Nous entrons dans une période de confinement contraint et nécessaire. Et ça vous fait quoi d’être confiné ? Sur proposition de Pierre, chaque jour un témoignage personnel sur le jour d’avant.

Chroniques au jour le jour

30/03/2020
Frais, frais, frais le poisson ! [<a title="Ielosubmarine dixit in Astérix en Hispanie, l’album de Goscinny et Uderzo. » class= »notebdp »>note]
Je viens de rentrer en France, avec mon compagnon, d’un long voyage far away, jusqu’à une île du bout du monde : la Tasmanie. 40 jours et 6200 km en camping-car, sans fil à la patte (ni téléphone ni internet), à croiser sur notre route kangourous, wallabys, wombats et échidnés, à dormir dans la forêt primaire parmi les fougères géantes, à marcher jusqu’aux falaises du Pacifique, à se balader sur les rives des lacs (Kalangadoo for ever), à parcourir pieds nus les mille et une plages immaculées de l’Océan Indien à la recherche d’oiseaux endémiques, à voir les manchots venir nourrir leur progéniture dans les rochers, à suivre le cours des rivières à l’aube pour débusquer les ornithorynques, à traverser les petites villes perdues les plus improbables au milieu de nulle part, à respirer un air propre à l’essence de huon pine, à contempler la voie lactée la nuit et le jour un ciel sans une trace d’avion. 40 jours ailleurs, 40 jours de liberté. Et, last but not least, nous avons pu explorer la rainforest du south west, : Melaleuca, là où les pistes n’arrivent plus, Et puis, étant passés par Singapour à l’aller, nous sommes revenus par Santiago, afin de réaliser notre rêve de faire le tour de la planète et dans la perspective exaltante de participer à la Grève générale féministe des 8 et 9 mars dans un Chili en pleine révolte sociale et politique. Changement de langue et de décor sur fond de décalage horaire, plongée dans la lutte politique : nous n’avons pas touché terre.

Arrivés chez nous, inévitablement, nous avons été quelque temps au régime marmottes le jour et zombies la nuit. Même pas encore fait les courses. Aujourd’hui seulement, j’ai enfin allumé la radio pour avoir quelques infos, pour la première fois depuis si longtemps. Après ce serait super de faire un tour en moto. Comment ça, on est tous « confinés par ordre du gouvernement » ? Ça veut dire quoi « il n’y a plus de masques ? « Les morts se comptent par milliers… Un couvre-feu contre le coronavirus est envisagé… ». Et ce serait pareil sur toute la planète ? Mais pas du tout ! Nous on revient du Chili, le couvre-feu de Piñera, c’était pour réprimer la révolte et on mettait des masques, certes, mais à cause des gaz lacrymo… C’est quoi ce cauchemar ?

Attendez, parce que nous, on est encore à l’heure de la Tasmanie… Nous sommes vraiment le 31 mars ou déjà le 1 avril ? Ok, bien joué, j’ai failli marcher. C’était quand même un peu trop gros pour être vrai, faut faire dans le vraisemblable quand on veut être crédible : je suis convaincue que la Chine est une dictature féroce dont le niveau de pollution est malheureusement inversement proportionnel au niveau d’hygiène, et je suis absolument partante pour dénoncer la maltraitance des animaux propres à la consommation ainsi que la perte de diversité de la faune sauvage. Avec tous ces produits polluants qui causent la disparition des insectes, il y a de moins en moins oiseaux, la fin des petits mammifères signe celle des rapaces etc. Le capitalisme c’est la mort et tout ça va très mal finir. La catastrophe n’est même pas imminente, elle est en cours. Mais ils ne me feront pas croire que c’est l’apocalypse, now comme par hasard. Poisson d’avril pourri !

Parce que dans le pire des scénarios imaginables, aucun gouvernement de notre cher « pays des libertés » ne pourrait se permettre de nous assigner à résidence et de nous obliger à collaborer à notre propre flicage en présentant un formulaire avec nom, adresse, où on va, pourquoi on y va, qui on va rencontrer, à payer une amende voire à être condamné à la taule en cas de déplacement non autorisé par décret. Aucun gouvernement de la « patrie des droits humains » ne pourrait se permettre de publier des catégories de population à sauver (les jeunes, les biens portants) ou à laisser mourir (les vieux, les malades, les handicapés, et qui sait qui d’autre encore, les « morts acceptables » selon leur point de vue inacceptable !). Non, aucun ne pourrait se le permettre sans déclencher immédiatement la révolution.

En revanche, j’apprends que la reine d’Angleterre est morte du coronavirus et qu’il n’y aura pas de cérémonie de funérailles. Et ça, ce n’est pas un poisson d’avril !
Monica Jornet
Groupe Gaston Couté FA

Pour retrouver les chroniques de la 2e semaine
Pour retrouver les chroniques de la 1ère semaine


Article publié le 01 Avr 2020 sur Monde-libertaire.fr