Le morceau dont on peut écouter ci-dessous deux versions est une combinaison de deux chansons en yiddish du début du XXe siècle. La première, In ale gasn Dans toutes les rues »), un chant révolutionnaire du Bund, mouvement socialiste juif fondé à la toute fin du XIXe siècle dans la Russie tsariste, était chantée par les socialistes du Bund et ceux qui se joignaient à eux dans les manifs, communistes, anarchistes, et autres compagnes et compagnons de lutte du mouvement ouvrier d’Europe orientale et de Russie.

La seconde chanson nous vient des anarchistes juifs. Les paroles étaient le plus souvent improvisées et l’assistance reprenait le refrain qui lui a donné son nom, Hey, hey, daloy politsey ! Hey, hey, à bas la police ! »), en le chantant, comme dans les versions proposées ici, ou en scandant les paroles comme un slogan. Du fait de sa forme fondée sur l’improvisation, il existe de multiples variantes de cette chanson aux paroles souvent radicales, comme dans ce couplet appelant à « raccourc[ir] les jours du petit Nicolas » — ce sera chose faite en 1918, année de l’exécution du tsar Nicolas II par les bolcheviks.

La combinaison des deux titres, effectuée pour les besoins d’un film documentaire américain réalisé en 1980 par Steven Fischler et Joel Sucher, Free voice of labor. Jewish anarchists, est due au musicien Zalmen Mlotek, chef d’orchestre et arrangeur, et spécialiste renommé de la chanson yiddish. Les deux premiers couplets sont tirés d’In ale gasn, les suivants et leur refrain viennent de Hey, hey, daloy politsey !

Voici ce morceau dans un extrait du film pour lequel il a été composé, avec son énergie et de belles images d’archives :

Le même Zalmen Mlotek a supervisé par la suite l’enregistrement du morceau dans un album produit en 1999, In love and in struggle. The musical legacy of the Jewish Labor Bund. Interprétée par Zalmen Mlotek, Adrienne Cooper et Dan Rous, avec The New Yiddish Chorale et le Workmen’s Circle Chorus, cette version nous plaît bien aussi :

Pour les paroles en yiddish, avec translittération en caractères latins et traductions en français en en anglais, c’est par ici.

Ces deux chansons appartiennent de fait aux anarchistes comme aux bundistes, et à qui voudra s’en emparer et en entonner le refrain. Il existe de nombreuses versions de Hey, hey, daloy politsey !, de la session déjantée filmée lors d’un Yiddish Festival non identifié au plus sage London Klezmer Quartet, et du folk punk espagnol de Bestärio aux cuivres et à l’ivresse de C’est qui Paulette ?.

Voilà voilà, brider un shvester, on espère que vous apprécierez ce petit voyage en musique dans le Yiddishland libertaire…


Article publié le 11 Sep 2019 sur Paris-luttes.info