Alors que les politiques migratoires des États européens ne cessent de se durcir, les personnes migrantes sont amenées à prendre davantage de risques en montagne. Dans le même temps, les citoyens et citoyennes solidaires qui cherchent à leur venir en aide, les « maraudeurs » des vallées alpines, sont de plus en plus inquiétés, inculpés et même condamnés en justice.

Malgré les alertes des associations lancées aux autorités, malgré les blessures, les gelures, les amputations, les morts (le dernier décès d’un jeune exilé près de Briançon date du 6 février), et la mobilisation, la situation ne cesse de s’aggraver dans la région de Briançon (Hautes-Alpes). Le procureur de Gap, Raphaël Balland, souhaite multiplier les arrestations et perquisitions ciblées dans la Haute-Durance.

Début juillet encore, deux maraudeurs (les maraudeurs parcourent les montagnes à la recherche de réfugié·es en détresse qui tentent de passer la frontière France-Italie) sont interpellés à Montgenèvre sur le bord de la route. Ils sont pourtant seuls à bord de leur véhicule. S’en suivent une arrestation et le placement en garde à vue de l’un d’entre eux. Le second étant relâché quelques heures après avec une convocation 15 jours plus tard.

Le lendemain, les gendarmes de la «  Brigade Anti-Solidaire  », comme on la nomme dans la région de Briançon, le recontactent pour qu’il se présente dès à présent à la gendarmerie. Il refusera sur conseil de son avocat, en stipulant notamment qu’il est déjà convoqué. Le premier est toujours en garde à vue à ce moment-là. Il y passera 48 heures et sera même gratifié d’une perquisition à son domicile. Les questions tournent essentiellement autour du collectif Tous Migrants, de bande organisée, d’échanges de SMS entre solidaires…

La revanche d’un procureur humilié

Pour le procureur Balland c’est bientôt la fin des exactions dans les Hautes-Alpes  : muté procureur à Béziers, son départ est prévu pour cet automne. Avant ce départ programmé il souhaite clairement faire un coup d’éclat et justifier le déploiement extraordinaire de pandores dans les montagnes. Sa bande organisée, il y tient. Elle n’a pas tenu pour le procès des «  3+4 de Briançon  »…

La brigade de six gendarmes sous ses ordres et détachée uniquement à cette mission travaille d’arrache-pied pour incriminer les militantes et militants, heureusement sans beaucoup de résultats jusqu’à aujourd’hui. Comme en Italie, la répression continue d’augmenter pour celles et ceux qui veulent simplement sauver des vies là où les frontières tuent.

Face à l’État, une mobilisation dynamique et solidaire

Dans ce contexte difficile, les collectifs solidaires ne désarment pas. Samedi 22 juin, à La Roche de Rame, avait lieu Le Grand Appel d’Air (en référence à l’expression souvent utilisés dans les discours au sujet de la politique migratoire) pour soutenir les exilé·es, les maraudeuses et maraudeurs et plus généralement
toutes personnes désignées coupables de solidarité. Organisé par le comité de soutien au 3+4+3+… (en référence aux personnes solidaires successivement inquiétées par la justice), qui regroupe une vingtaine d’associations, ce festival militant a connu un magnifique succès.

Agnès Antoine, membre de l’association Tous Migrants et élue de La-Roche-de-Rame estime la venue de presque 3 000 personnes pour cet événement, ce qui témoigne d’un intérêt large au sein de la population quant au sort des migrantes et migrants dans la montagne et à l’accueil des réfugié·es qui est fait dans le Briançonnais. En effet, le sujet est de plus en plus évoqué au quotidien. Sur ce petit territoire peu peuplé, l’impact de cette situation touche tout le monde, et chacune et chacun prend position de plus en plus radicalement à mesure que le temps passe et que la situation se dégrade.

Cet événement fut une belle démonstration de bienveillance et de solidarité chaleureuse, rassemblant des personnes de toutes les conditions sociales et classes d’âges. Outre les espaces de discussion, des stands vendant des produits au profit de la défense des solidaires  : artisanat produit par des groupes de réfugié·es, riz et huile d’olive estampillés No Tav (mouvement de résistance en Italie contre un projet de train transalpin injustifié), livres, tee-shirts, badges…

L’intégralité de l’événement, basé sur le principe du prix libre, représente un bel exemple d’autogestion avec un festival particulièrement réussi pour un événement de cette envergure : neuf concerts, dont un spectacle jeune public narrant la traversée européenne de deux enfants syriens, particulièrement émouvant, une conférence très suivie et des projections de films tout simplement débordées par les spectateurs trop nombreux pour la taille des espaces de diffusion. On y trouvait aussi des expositions, comme cette forêt de pancartes portant des témoignages de réfugié·es sur leur mauvais traitement par la police française. Une banderole, pleine de visages d’anonymes qui soutiennent les personnes inculpées. Ou encore une installation très forte de l’artiste El Queubels  : des mains sorties de la pelouse symbolisant ces humains morts sous l’eau comme sous la neige… La manifestation sera reconduite l’année prochaine avec encore plus d’intensité, à n’en pas douter.

La mobilisation est déjà relancée pour le prochain échéancier  : le procès en appel de Pierre et Kévin, à Grenoble, le 24 octobre prochain, si d’ici-là la justice ne convoque personne en première instance… La police quant à elle, continue sa besogne  : harcèlement des solidaires, reconduites illégales à la frontière, vols et mauvais traitements…

Mais avant ça, rendez-vous était donné jeudi 11 juillet devant le palais de justice de Gap pour accueillir trois membres de Génération identitaire impliqués dans l’opération foireuse Defend Europ convoqués pour répondre de leur «  coup d’éclat médiatique  » du 21 avril 2018. L’association fasciste et xénophobe avait matérialisé une frontière au Col de l’Échelle, se substituant à la police pour traquer les réfugié·es et démontrer une soi-disant inaction des pouvoirs publics. Cent cinquante jeunes identitaires venus de toute l’Europe y avaient pris part, en uniformes, aidés même de deux hélicoptères, dans une impunité totale au début. La réaction des soutiens ne s’est pas fait attendre. Une semaine plus tard, un contre-rassemblement de solidaires, rassemblant au même endroit plus du double de personne, avait organisé un passage en force de la frontière. Le délibéré du procès était attendu pour le 29 août.

La mobilisation se développe et résiste à la répression

L’Union communiste libertaire des Hautes-Alpes apporte tout son soutien à l’ensemble des solidaires et des sympathisants à la cause des réfugié·es, à toutes celles et ceux qui aspirent à vivre simplement comme des humains parmi d’autres humains.

Personne n’est illégal.

Edouard, UCL Hautes-Alpes


Article publié le 14 Sep 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org