Pourquoi l’Etat paniquerait-il autant pour quelques litres d’essence non utilisés et un briquet ?

Pourquoi l’Etat se sentirait-il menacé au point que ces matériaux basiques, simples et accessibles partout provoqueraient une pareille opération de masse : les enquêtes sont menées par le procureur général, des mois de détention provisoire, un spectacle médiatique de calomnie qui fête l’arrestation des trois « extrémistes » en en faisant un triomphe ?

Pourquoi l’Etat devrait-il avoir peur de quelques allumettes fixées à un allume-feu, alors qu’il dispose d’un arsenal innovant en constante augmentation qu’il utilise sans scrupule, composé de technologie, d’infrastructures, d’armes, d’armées, d’une machine de propagande visant à créer consensus et confusion, une population dépendante et endormie par la consommation compulsive de l’inutilité ?

Peut-être que ces outils simples, disponibles partout et à la portée de tou.te.s s’accompagne de quelque chose de bien plus fort qu’aucun homme d’Etat ni soldat ou scientifique ne parviendra à saisir : ce qu’un coeur libre et des mains fermes peuvent accomplir.

Nous vivons dans une démocratie totalitaire, qui nous accorde la liberté de consommer, d’avoir des opinions interchangeables, d’entamer un dialogue avec des forces opposées, de se créer une identité virtuelle, d’être indigné, de tout posséder, d’être quiconque tant que l’on reste pacifié. Ce qui n’est pas accepté, c’est la présence de celles et ceux qui sont incompatibles avec la liberté telle qu’elle est définie par l’autorité, qui crachent sur une liberté d’opinion vide et tolérée et qui s’emparent de la liberté pour mettre leurs idées en pratique.

Une liberté pour tout individu alimenté par des désirs, rêvant d’un monde sans oppression ni exploitation, sans guerre ni cupidité, sans profit ni hiérarchie. Les graines de ce monde germent lorsque la résignation se transforme en détermination, lorsque la misère devient le courage de vivre la tête haute ; lorsque la force d’imagination grâce au savoir et à la créativité est transformée en réalité ; lorsqu’on se décide de ne plus laisser continuer les atrocités commises par ce monde dans un silence complice ; lorsqu’on se décide d’identifier les personnes et les structures qui sont responsables de ce cercle vicieux qu détruit et empoisonne tout ce qui touche au vivant ; lorsque des individus décident de s’auto-organiser, seuls ou en petits groupes, afin d’agir contre ce qui cause la stérilisation de notre sensibilité.

Nombreuses sont les personnes qui ne se laissent pas déterminer leurs rêves par la domination, qui trouvent le moyen et les possibilités d’agir, de la façon et à l’endroit qu’elles veulent. Qu’il s’agisse de la révolte pendant le sommet du G20 ayant échappé au contrôle des autorités, du sabotage d’infrastructures des télécommunications, des incendies de postes de police ou d’attaques contre des entreprises qui tirent profit de l’industrie carcérale. Ces actes envoient des signes et de la force aux autres combattant.e.s et rếveur.euse.s. Ces échos de révolte ouvrent l’horizon vers un monde sans Etat qui contraint, humilie, asservit et enferme. Ces actes donnent de l’oxygène à la liberté.

Pour la révolte sociale !

Liberté pour tou.te.s !



Le Bruit des clefs et du métal

Lettre d’un prisonnier à Hambourg

Le cliquetis des clefs, le bruit des charnières métalliques claquant les unes contre les autres, le bruit des verrous et des portes qui s’enclenchent nous accompagnent du premier moment du réveil à 6h45 jusque tard dans la nuit, quand les maton-ne-s font leur tour de ronde dans la cour éclairée comme un stade. Ce bruit est si omniprésent qu’on a vite l’impression d’un fond sonore industriel qui passerait en boucle, et dont le volume serait tantôt baissé, tantôt augmenté. Ici, lorsque les prisonniers travaillent, à un moment donné on leur donne „même“ la clef de la cellule. Un coup de maître de cynisme sur l’échiquier de la pacification. Comme tant d’autres coups dans le circuit fermé de la carotte et du bâton, il marche malheureusement fort bien. Cela commence par les petites choses. Par exemple lorsque la cellule n’est plus appelée cellule mais „espace de détention” ou, comme dans certains formulaires à remplir „lieu de travail“. Cette logique est ici mise en oeuvre de manière conséquente.

Ainsi, les sanctions habituelles, à côté de la cellule disciplinaire et des mauvais traitements, consistent principalement à supprimer par exemple „l’autorisation de travailler“, „l’autorisation de cantiner“ ou „l’autorisation de louer une télé avec abonnement“ à prix fort. Je comprends que beaucoup de prisonnier-e-s veuillent travailler, parce que c’est une possibilité de sortir de cellule ou de cantiner le nécessaire à la survie. Pourtant, je trouve important de ne pas laisser se brouiller les fontières entre prisonnier-e-s et gardien-ne-s d’êtres humains. Je déplore que des maton-ne-s participent activement aux dites „activités récréatives“. De la même façon, je n’aurai pas de conversations personnelles avec elles/eux du seul fait d’être en permanence contraint à partager des espaces avec elles/eux. Je ne suis pas ici de ma propre volonté et ils m’enferment à nouveau jour après jour. J’entends beaucoup trop souvent dire ici : „ils ne font que leur boulot“. Ici, on ne peut pas être sur un pied d’égalité et il ne s’agit pas de jeter les bases pour un traitement non hostile. Bien-sûr, il est trop éprouvant et parfois aussi dangereux de chercher en permanence le conflit ouvert avec le personnel pénitentiaire. Mais il est possible de limiter la communication aux nécesssités techniques indispensables à la survie dans ce lieu. Comme partout, on se débarasse ici de sa responsabilité, mais dans un endroit comme la prison l’exercice permanent de la domination sur d’autres personnes est très clair et visible. Lorsqu’une fois de plus un-e prisonnier-e se fait engueuler par un-e maton-ne, pour avoir dû poser une question ordinaire nécessaire à sa (sur-)vie. Lorsqu’une fois de plus une personne doit demander dess précisions parce que la langue ne lui permet pas de comprendre les ordres donnés en général exclusivement en allemand, et rarement dans une sorte d’anglais approximatif. Lorsqu’ensuite les gardien-ne-s d’humain-e-s deviennent aggressif-ve-s et racistes pour masquer leur propre ignorance. Lorsque les prisonnier-e-s sont conduit-e-s une fois par jour dans une cour pour y tourner en rond pendant une heure, avant d’être à nouveau enfermés-e- en cellule pour 23 heures. Toutes les choses parfaitement normales et essentielles à la vie, comme par exemple la stimulation mentale, regarder des images, pouvoir lire quelque chose, avoir une conversation avec une autre personne ou même juste recevoir des informations et des nouvelles du monde en dehors des murs, et savoir l’heure qu’il est pour celles et ceux qui n’ont pas de montre, tout est présenté et manipulé comme un privilège pour lequel le/la prisonnier-e devrait être reconnaissant-e.

Il n’y a aucune justification à la taule, car celles et ceux qui s’y retrouvent pour des actes incompatibles avec une vie libre ne changent pas ici. Chaque personne qui collabore à cette machine, que ce soit en tant que technicien-ne, médecin ou travailleur-euse social-e, contribue à faire fonctionner l’ensemble, referme de sa main le verrou derrière elle.

Un prisonnier, Hambourg, juillet 2019.

[Traduit de l’allemand de Indymedia par Sans attendre demain.]


Article publié le 09 Sep 2019 sur Non-fides.fr