Décembre 6, 2020
Par Le Monde Libertaire
358 visites


le 3.12.2020
Non, le racisme n’a pas disparu. Et non, son intensité ne baisse pas. Tandis qu’en France, Michel Zecler est lynché à terre, le 21 novembre, par des policiers qui le catégorisent comme “noir” et en font une insulte (“sale nègre”), l’équipe nationale d’Argentine récemment autrice d’un exploit sportif, battre l’équipe néo-zélandaise des All Blacks (le 14 novembre), fait la Une pour des tweets racistes dignes de la violence du Ku-Klux-Klan. Ils ont été écrits entre 2011 et 2013, par trois joueurs dont le capitaine, Pablo Matera. Les joueurs sont suspendus par leur fédération le mardi 1 décembre, qui lève la sanction le jeudi 3 décembre ! Même si les trois joueurs ne joueront pas, samedi 5, contre l’Australie le match de Rugby Championship, c’est un peu court, non ? Évidemment cette Une n’était pas le scénario voulu. Pire encore, le racisme en Argentine est porté au plus haut niveau par l’État comme le montre cette très intéressante pétition de la communauté afroargentine. Monica Jornet.

Nous exigeons le démantèlement des institutions macristes !
Malgré ’investiture du nouveau gouvernement national et populaire, et de la ferme position de notre Président, Alberto Fernández, contre le racisme, comme il l’a exprimé dans son premier discours officiel, réaffirmant devant l’Onu au mois de septembre dernier son engagement avec les droits des personnes et groupes vulnérables et historiquement discriminés”, nous, les organisations signataires, nous sommes dans l’obligation de dénoncer la continuité de l’institution macriste, voire l’approfondissement de sa politique cosmétique et d’ostracisme, dans sa gestion actuelle de la “Direction Nationale du Pluralisme et de l’Interculturalité” (qui se présente inexplicablement comme Direction Nationale d’Équité Ethnico-raciale, des Migrants et Réfugiés), qui dépend du Secrétariat des Droits Humains.

Le gouvernement du Président Macri [2015-2019] a mené, entre autres drames pour notre pays, une politique pour le moins cosmétique sur les questions de justice et de droits humains, redonnant vie à la théorie des deux démons, soutenant des fonctionnaires négationnistes, poursuivant des compagnes et compagnons, criminalisant l’immigration, gouvernant selon le lawfare et, dans un exemple clair de racisme institutionnel, fomentant le principe d’un statut d’étrangers pour la Communauté Afro-argentine. En 2017, Macri a signé le décret d’adhésion à la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine [2015-2024] de l’ONU, nous traitant par ce d’étrangers dans notre propre pays, indiquant que le Secrétariat des Droits Humains et du Pluralisme Culturel ainsi que le Ministère de la Culture “réalisaient déjà des actions de visibilité et de promotion de droits en faveur de la communauté d’ascendance africaine dans la République Argentine” (Décret 658/2017). Deux ans plus tard, alors qu’il avait déjà perdu les élections primaires et à deux semaines des élections présidentielles et législatives qui s’annonçaient comme une défaite, l’ancien ministre [de la Justice], Garavano, instilla le poison en signant une résolution nommant une “Direction Nationale du Pluralisme et de l’Interculturalité” pour se charger de la conception et de l’application du “Programme National pour l’Application de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine” (Résolution 1055/2019).

Sous la présidence actuelle, cette “Direction Nationale du Pluralisme et de l’Interculturalité”, est bien loin de répondre aux problèmes auxquels la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine cherche à remédier, puisqu’elle travaille depuis une position qui relègue et ostracise la Communauté Afro-argentine. Pire encore, elle est habilitée à cet effet et propose un consulting en affaires ethnico-raciales, depuis ce principe idéologique, à d’autres départements d’État. Elle a, par exemple, organisé, une Table ronde Interministérielle de Politiques Publiques pour la Communauté Afro en Argentine”. Le nom même de cette table-ronde est dans la continuité voire l’aggravation des politiques macristes : en se référant de façon générique à une communauté “afro” et en disant “en” Argentine, elle occulte et relègue notre communauté. Nous, les plus de deux millions d’afro-argentin.e.s qui descendons d’africain.e.s enlevés, réduits en esclavage et amenés à ce qui est aujourd’hui l’Argentine pendant la traite des esclaves, nous ne sommes pas en Argentine, nous sommes Argentins ! Nous sommes les descendants directs de ceux qui ont lutté dans les troupes de l’Indépendance, et beaucoup ont donné leur vie pour la souveraineté de notre Nation. Nous descendons de ceux qui ont constitué la main d’œuvre qui a bâti la République elle-même. Nous exigeons le démantèlement de l’institution macriste qui nous traite d’étrangers sur notre propre terre !

Le racisme est un phénomène qui, quoique structurel et systémique, adopte des formes variées. Ainsi, le racisme, en Argentine, a son propre mode opératoire. Le racisme institutionnel dans notre pays, le racisme créole, se concrétise, par exemple, au travers de politiques publiques qui, plus ou moins ouvertement, favorisent la relégation, la négation, ou le traitement en étrangers de la Communauté Afroargentine. Il est indispensable de faire une distinction entre les politiques de droits humains qui sont universels et la nécessité d’une réparation historique de l’État argentin envers ses citoyens afroargentins. En ce sens, nous saluons la création récente de la Commission pour la Reconnaissance Historique de la Communauté Afroargentine dans le cadre de l’Institut National contre la Discrimination, la Xénophobie et le Racisme. Nous la reconnaissons comme une initiative de politique publique orientée vers la mise en œuvre de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, qui en Argentine devrait se baser sur la lutte, le démantèlement et l’éradication du racisme créole.

Halte au statut d’étrangers pour la communauté afroargentine !
Nous exigeons le démantèlement de l’institution macriste !

SIGNATAIRES
Asociación África y su Diáspora / Asociación Afroargentina Florentina F. de Cruela / Asociación Afrosantiagueños Unidos (Santiago del Estero) / Agrupación Entre Afros (Entre Rios) / Asociación Tomás B. Platero (La Plata) / Casa Indo-Afro-Americana “Mario Lopez” (Santa Fe) / Cofradia de San Baltazar (Corrientes) / Comedia Negra de Buenos Aires / DIAFAR – Diáspora Africana de la Argentina / Espacio Malcolm / Festival AfroTandil / Fundación V.E.I. / Organización Razón Hip Hop / Elenco Divergente (Chaco) / Taller de Cine de Alejandro Arroz (Salta)/ Unión Universitaria Afroargentina

Notes de la traductrice
La Théories des deux démons met sur un même plan les actes de terrorisme d’État sous la dictature de la Junte Militaire en 1976-1983 et les actes de violence des guérillas Montoneros et ERP pendant la présidence répressive de Maria Estela de Peron qui livra le pouvoir aux militaires. Cette théorie révisionniste justifie ainsi le coup d’État et en minimise le nombre de victimes.
Le lawfare est une stratégie politique visant à l’emporter par des moyens juridiques dans une cause ou contre un adversaire, une instrumentalisation politique de la justice
.




Source: Monde-libertaire.fr