Juillet 16, 2022
Par Dijoncter
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En vadrouille de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, une habitante-jardiniĂšre du Quartier Libre des LentillĂšres a dĂ©couvert la lutte qui se sĂšme actuellement dans les quartiers Mercier-Hochelaga-Maisonneuve contre un autre de ces projets inutiles et mĂ©galos visant, celui-lĂ , Ă  augmenter les flux de marchandises du port de MontrĂ©al.

Au grĂšs d’une balade sur les chemins tortueux ou carrĂ©ment inexistants d’une autre « friche urbaine Â», quelques anecdotes croustillantes sur des pied-de-nez Ă  base de butte et de containers, des statues qui se dĂ©placent et des sapins qui poussent sur du bitume viennent ponctuer l’exploration de cet espace hors-cadre. Au-delĂ  des Ă©changes tactiques et des discussions Ă  propos des choix d’organisations collectives, c’est surtout la façon dont se vivent et se dĂ©ploient les attachements Ă  des territoires qui font Ă©cho dans cette rencontre. Pour preuve, cet extrait de la brochure « Histoires de Terrain Vague Â» qui fait Ă©trangement penser au quartier libre dijonnais :

« C’est dans ce flou qu’on a trouvĂ© refuge. Une indĂ©termination, qui a permis Ă  une multitude de formes de vie incompatibles avec la rĂ©gulation urbaine de foisonner et de se rĂ©pandre. Le terrain vague n’est Ă  personne, c’est un appel Ă  prĂ©server cette imprĂ©cision. Tout le monde peut le faire sien, mais personne n’en fixera l’usage. Le terrain vague restera vague. Â»

RĂ©sister et Fleurir contre le monde industriel colonial

À TiohtiĂ :ke, territoire autochtone non-cĂ©dĂ©, longtemps lieu de rencontre et d’échange de nombreuses PremiĂšres Nations, s’est construite la ville de MontrĂ©al. Son emplacement, sur un archipel Ă  la jonction de plusieurs cours d’eau, et son importance comme espace d’échange, puis les luttes coloniales et les guerres europĂ©ennes ont rapidement fait de MontrĂ©al le grand port international du monde colonial moderne. Aujourd’hui encore, le port de MontrĂ©al et son emplacement stratĂ©gique, si profond dans le continent nord-amĂ©ricain, perpĂ©tue cette course effrĂ©nĂ©e de la croissance Ă  tout prix si chĂšre au capitalisme et Ă  la marchandisation des mondes.

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Au Terrain Vague, dans l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (MHM) une multitude de communautĂ©s et de rĂ©sistances se forment contre un nouveau mĂ©ga-dĂ©veloppement industrialo-portuaire : RĂ©sister et Fleurir.

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Cité de la Logistique et Mobilisation 6600

Le cycle capitaliste colonial d’appropriation, de destruction et de valorisation recommence au Terrain Vague. Gouvernement et entreprises marchent main dans la main pour planifier dans ce secteur une « CitĂ© de la Logistique Â».

Au Terrain Vague, lieu hĂ©tĂ©rotopique pour le quartier Hochelaga-Maisonneuve et ses habitant·es, les trous dans les clĂŽtures se multiplient signifiant la frĂ©quentation et l’importance de cet espace. Lorsque l’entreprise Ray-Mont Logistiques (RML) acquiert 22 hectares, une superficie Ă©quivalente de 30 terrain de foot, la bataille s’engage et le Terrain Vague devient pour beaucoup la Friche Ă  DĂ©fendre.

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Ray-Mont Logistiques, est le symbole du dĂ©veloppement industrialo-portuaire et pilier du projet de « CitĂ© de la Logistique Â» qui a joliment Ă©tĂ© renommĂ©e « Ă‰coparc industriel de la grande prairie Â» en mĂ©moire du ruisseau enfoui et canalisĂ© sous ce terrain. Un greenwashing crasse. Rien ne change, Ă  part le nom, et Ray-Mont Logistiques prĂ©voit d’installer une plateforme de transbordement de marchandise en activitĂ© 24h/24 et 7j/7, impliquant plus de 10 000 conteneurs en mouvement permanent sur le site, 1000 voyages de camions par jour, 200 wagons quotidiens. Face Ă  ce projet inutile s’installant Ă  moins de 100 mĂštres des premiĂšres habitations, la population s’inquiĂšte. Tout le monde est contre, mĂȘme les Ă©lu·es et commerces locaux, mais rien d’autre que les mobilisations populaires ne bloquent les projets d’infrastructures qui font fonctionner le capitalisme.

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Historique post industriel et Wasted Land

Le « Terrain vague Â» apparait au dĂ©but des annĂ©es 2000, au moment oĂč l’usine de la Canadian Steal Founderies ferme et sera dĂ©mantelĂ©e, laissant sur place un sol contaminĂ© aux mĂ©taux lourds et des fondations de bĂ©ton armĂ© qui se remplissent de l’eau de l’ancien ruisseau enfoui. Ces rĂ©surgences deviendront les piscines. À la mĂȘme Ă©poque, la gare de triage ferroviaire du Canadian National Railway Company (CN) cesse aussi son activitĂ© et, bien qu’une ligne de chemin de fer reste en activitĂ©, la vingtaine d’autres lignes est Ă  l’abandon. Apparait alors un dĂ©cor post-apocalyptique surnommĂ© le « waste land Â» rapidement occupĂ© par des personnes en situation d’itinĂ©rance, des populations marginalisĂ©es et quelques curieux-ses .

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Le Terrain Vague et sa biodiversité

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À mesure oĂč la faune et la flore se redĂ©veloppent et oĂč les habitats se recomposent, ces endroits deviennent de plus en plus vivants et essentiels. Le Terrain vague prend vie. Accueillant une diversitĂ© d’usages, les habitant·es du quartier s’approprient les lieux et explorent les friches, boisĂ©s, prairies, marais. Si on y trouve tant de milieux humides c’est qu’on est dans le delta d’un ruisseau enfoui, le ruisseau de la Grande-Prairie, qui Ă©tait dans le passĂ© l’un des plus grand bassin versant de l’ile de MontrĂ©al. On y rencontre renards, marmottes, pluviers kildir, Ă©perviers et beaucoup de campagnols. On y croise mĂȘme parfois des hiboux Grands-Ducs, des Harfang des neiges, des Grands HĂ©rons, des bĂ©casses d’AmĂ©rique, des dindons sauvages et la visite de cerfs de Virginie.

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Les espĂšces exotiques envahissantes comme la phragmites et l’anthrisque de bois sont celles qui prolifĂšrent le plus facilement dans ces milieux perturbĂ©s par les activitĂ©s humaines. Nous apprenons Ă  les voir comme des alliĂ©es plutĂŽt que comme des ennemis de la biodiversitĂ© ! C’est leur rĂ©silience qui a permis de prolifĂ©rer rapidement dans cette zone industrielle abandonnĂ©e et a favorisĂ© la crĂ©ation de plusieurs milieux, offrant une diversitĂ© d’habitats importante aux populations animales, humaines et non-humaines. Il nous parait donc trĂšs important de refuser le narratif scientifique des milieux d’origines, de la nature originelle et des espĂšces rares qui, elles seules, mĂ©ritent protection. Ces espaces « sans valeur Ă©cologiques Â» sont les seuls espaces qu’il nous reste et n’importe quelle phragmites qui offre un refuge est plus importante que leur bĂ©tonisation !

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Notre monde est dĂ©truit, habitons la destruction !

Les consultations publiques et pĂ©titions ont Ă©tĂ© nombreuses. Les actions plus directes commencent aussi Ă  Ă©merger. Ce qui est certain, c’est qu’une communautĂ© diversifiĂ©e tisse des liens et se met en place collectivement contre ce projet destructeur. Notre communautĂ© nait de ces ruines du capitalisme. Peu importe la destruction faite, nous habitons et jouons dans ces ruines en apprenant Ă  les aimer !

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Quand Ray-Mont apporte ses premiers conteneurs de maniĂšre illĂ©gale c’est pour nous l’occasion d’afficher notre amour de la friche.

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Quand Ray-Mont pose des clîtures, c’est l’occasion de s’afficher pour mieux les faire tomber.

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Quand Ray-Mont crĂ©Ă© une butte Ă©cran pour soustraire le chantier Ă  notre vue, elle devient le Mont Starfox, piĂ©destal d’une sculpture animale faite de rebus de la sociĂ©tĂ© pĂ©trochimique.

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Quand la sculpture apparue comme par magie est dĂ©truite, elle revient sous forme d’Esprit de la ForĂȘt. Plus grande, plus forte et faite Ă  partir de ce qui compose le terrain vague, cette nouvelle puissance accompagne les habitant·es qui profitent des plus beaux couchers de soleil en ville.

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Peu importe la destruction proposée, nous nous y adapterons pour faire vivre des possibles collectifs, faire naitre des communautés tissées serrées avec leur territoire pour cohabiter, ensemble, dans les ruines du capitalisme.

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Source: Dijoncter.info