Novembre 27, 2021
Par Le Monde Libertaire
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La lutte pour une convention collective dĂ©cente dans l’industrie de la mĂ©tallurgie auxiliaire des baies de Cadix et d’AlgĂ©siras est devenue une grĂšve historique qui s’ajoute Ă  une longue sĂ©rie de conflits.

photos David Melero

La grĂšve illimitĂ©e dans le secteur de la mĂ©tallurgie Ă  Cadix a Ă©clatĂ© face au blocage de la nĂ©gociation de la convention collective. Les patrons veulent imposer des coupes sĂ©vĂšres dans les salaires et les droits : ils exigent la suppression de deux mois de salaire supplĂ©mentaires, l’augmentation de la journĂ©e de travail, le refus d’octroyer des primes pour risques toxiques et dangereux, et ils veulent Ă©galement crĂ©er une nouvelle catĂ©gorie de personnel infĂ©rieure Ă  la catĂ©gorie d’ouvrier spĂ©cialisĂ©.

Cette grĂšve concerne 25 000 travailleurs dans 700 entreprises, ils sont en grĂšve illimitĂ©e depuis le 16 novembre. Avec une augmentation du coĂ»t des biens et services de 5,5 % en octobre, et une moyenne de 2,5 % pour 2021, la hausse des salaires est essentielle, non pas pour veiller Ă  ce que le pouvoir d’achat des travailleurs s’amĂ©liore, mais afin qu’il se maintienne en l’état actuel.

Les grandes entreprises font appel Ă  des petits ateliers de sous-traitance employant des travailleurs auxiliaires trĂšs prĂ©carisĂ©s pour supprimer des emplois de mĂ©tallurgistes dans les grandes entreprises du secteur. Les diffĂ©rences de conditions entre les deux types de travailleurs sont abyssales, et cela a Ă©tĂ© permis par le gouvernement avec la complicitĂ© de l’UGT (Union gĂ©nĂ©rale des travailleurs de tendance socialiste) et des CC OO (Commissions ouvriĂšres proches du Parti communiste).

Les syndicats et le gouvernement de gauche, PSOE (Parti socialiste), IU (Gauche unie) et Podemos ont la bouche pleine de discours sur l’abrogation de la rĂ©forme du travail, une abrogation qui ne vient jamais. L’électricitĂ© et la nourriture augmentent, tandis que les contrats de sous-traitance sont attribuĂ©s aux entreprises les moins chĂšres pour faire baisser la charge salariale.

Les travailleurs ont appelĂ© Ă  deux journĂ©es de grĂšve en novembre, qui ont eu un Ă©norme succĂšs. Mais les patrons n’ont pas cĂ©dĂ© et, aprĂšs plusieurs assemblĂ©es et malgrĂ© les obstacles dressĂ©s par les syndicats officiels CCOO et UGT, une grĂšve illimitĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e. Son impact, notamment dans la baie de Cadix, a Ă©tĂ© absolu, avec de fortes mobilisations et des affrontements avec la police.

Les travailleurs veulent empĂȘcher la poursuite du processus de dĂ©sindustrialisation et de dĂ©tĂ©rioration des conditions de travail qui se poursuit depuis des annĂ©es. Les deux usines d’Airbus (dont l’une est menacĂ©e de fermeture imminente et se bat avec acharnement), les trois usines de Navantia (chantiers navals publics) et l’usine Dragados sont pratiquement tout ce qui reste de l’industrie dans la rĂ©gion.

Dans un engagement clair en faveur du tourisme, les diffĂ©rents gouvernements centraux et rĂ©gionaux ont permis le dĂ©mantĂšlement de l’ensemble du tissu industriel. Pendant des annĂ©es, la province de Cadix a connu les taux de chĂŽmage les plus Ă©levĂ©s d’Espagne.

La sous-traitance est brutale et constitue une constance pour les ouvriers des chantiers navals : une arme de destruction massive des droits des travailleurs. La division de milliers de travailleurs dans des centaines d’entreprises, le mĂ©pris permanent des comitĂ©s de l’entreprise principale et le peu de pouvoir des dĂ©lĂ©guĂ©s syndicaux des sous-traitants, ont amenĂ© les travailleurs, pour la plupart des sous-traitants temporaires, Ă  Ă©lever la voix et Ă  commencer Ă  s’organiser.

La table de nĂ©gociation de l’accord est contrĂŽlĂ©e par les syndicats collaborationnistes CCOO et l’UGT, mais la participation des syndicats anarchosyndicalistes (CGT et CNT) et alternatifs de Cadix est trĂšs importante. Ils basent leur lutte sur la mobilisation des travailleurs et la prise de dĂ©cisions dans les assemblĂ©es, car ils ne font pas confiance aux manƓuvres possibles des centrales officielles, qui ont une longue histoire de concessions en faveur des patrons. Le cƓur de la grĂšve se trouve dans la baie de Cadix. Afin d’éviter que la grĂšve ne s’étende Ă  toute la province, le gouvernement rĂ©gional d’Andalousie a appelĂ© les deux parties Ă  la mĂ©diation. Mais dans les rues, il y a une forte volontĂ© de se battre.

Il ne s’agit pas d’une exception, mais de la tendance gĂ©nĂ©rale dans toute l’Espagne. Les patrons veulent profiter des effets de la pandĂ©mie pour activer les plans de dĂ©localisation industrielle, imposer des fermetures d’entreprises et d’énormes reculs au niveau des conditions de travail. Pour ce faire, il bĂ©nĂ©ficie d’une impunitĂ© totale pour des licenciements permis par les rĂ©formes successives du travail, notamment celle du gouvernement du Parti populaire en 2012, que le gouvernement PSOE-IU/Podemos n’a toujours pas abrogĂ©e.

CoĂŻncidant avec la grĂšve Ă  Cadix, mercredi, une autre grĂšve gĂ©nĂ©rale contre le dĂ©mantĂšlement industriel a complĂštement paralysĂ© la rĂ©gion galicienne d’Amariña dans la rĂ©gion de Lugo, elle a rempli les rues de Burela. C’est le mĂȘme combat que mĂšnent les travailleurs de la sous-traitance face Ă  la fermeture de Nissan. C’est pourquoi la grĂšve illimitĂ©e des mĂ©tallurgistes de Cadix est la grĂšve de toute la classe ouvriĂšre.

Une vague de solidarité avec la grÚve des métallurgistes andalous a lieu dans plusieurs régions.
SĂ©ville, Malaga, Huelga et Grenade ont organisĂ© des manifestations en soutien aux mĂ©tallurgistes de Cadix, s’ajoutant aux manifestations organisĂ©es Ă  Cadix et Algeciras. Une manifestation a Ă©tĂ© convoquĂ©e pour le 26 novembre Ă  Madrid et une autre aura lieu le dimanche 28 novembre Ă  Barcelone. Et une dĂ©lĂ©gation de travailleurs de Tubacex (Pays basque. 236 jours de grĂšve illimitĂ©e cette annĂ©e) s’est rendue Ă  Cadix pour leur apporter son soutien.

La fin de la paix sociale provoquée par la grÚve a provoqué un malaise dans une partie du public lors des barrages routiers ou lors des altercations provoquées par les piquets de grÚve.

Des renforts de police ont Ă©tĂ© envoyĂ©s dans la rĂ©gion par le gouvernement. On a parlĂ© dans certains mĂ©dias de violence, de nombreuses arrestations ont eu lieu et les charges policiĂšres ont Ă©tĂ© d’une grande violence.

Mais la vraie violence existe quand un travailleur n’est pas couvert par une mutuelle et doit aller Ă  l’hĂŽpital en disant que l’accident s’est produit Ă  son domicile pour bĂ©nĂ©ficier du remboursement des soins. La violence c’est le fait qu’un mĂ©tallurgiste ne puisse pas prendre de vacances sans craindre d’ĂȘtre licenciĂ©. La violence, pour les travailleurs, ce sont des dĂ©cennies et des dĂ©cennies de prĂ©caritĂ©, de contrats enchaĂźnĂ©s les uns aprĂšs les autres sans aucune garantie d’emploi.

Nous assistons aujourd’hui Ă  la dĂ©monstration d’un ras-le-bol manifeste. Plusieurs milliers de personnes sont descendus dans la rue le 23 novembre. Les Andalous sont aujourd’hui en lutte, les jeunes sont trĂšs mobilisĂ©s, les Ă©tudiants de Cadiz sont en grĂšve en solidaritĂ©, ils soutiennent les travailleurs de la mĂ©tallurgie, ils refusent l’impuissance, ils refusent de travailler plus pour ramener moins d’argent Ă  la maison. Cette grĂšve signifie la lassitude, la lassitude de se sentir esclave. C’est un combat pour arrĂȘter le dĂ©mantĂšlement industriel et ne plus perdre de droits au travail, pour en finir avec la sous-traitance et les divisions entre les travailleurs, pour contraindre le gouvernement de gauche, « le plus progressiste de l’histoire d’Espagne » selon son prĂ©sident Pedro SĂĄnchez, Ă  abroger dĂšs maintenant la rĂ©forme du travail de 2012.

Daniel PinĂłs




Source: Monde-libertaire.fr