Janvier 21, 2021
Par CRIC Grenoble
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Ça fait déjà un petit moment que je regrette qu’il n’y ait, à ma connaissance, aucun groupe qui parle de santé mentale ici. Alors du coup je lance la proposition de le faire, si jamais d’autres personnes ont envie de tenter l’aventure.

Je n’ai rien de bien précis en tête, ni d’expérience avec ce genre de groupe. En fait j’ai eu envie d’écrire cette proposition en relisant la revue Sans Remède, notamment un texte qui parle d’ateliers de discussion, et je me suis dit mais oui, je veux faire pareil, parler à des gens qui sont capables de comprendre et ne vont pas me juger ou faire de moi un monstre ! 

J’ai l’impression que les problèmes de santé mentale isolent beaucoup, parce que ça reste très stigmatisant même dans nos milieux. Et que, malgré toutes les belles paroles qu’on peut lire et entendre, les « fous » on préfère s’en tenir à l’écart. Et je me dis que si nos milieux ne sont pas capables d’intégrer ou même de tolérer ceux/celles qui ont des problèmes de santé mentale, ça veut dire qu’on ne pourra être intégré-e-s et toléré-e-s nulle part. En disant ça je ne considère pas que c’est une identité à laquelle on est assigné toute sa vie et qu’on n’est rien de plus que ça. Non, justement, c’est ça qui est si difficile, c’est que la maladie n’est qu’une petite partie de soi, ou un moment précis, mais qui peut prendre beaucoup de place, et c’est difficile de nous donner la possibilité de nous voir nous, et pas juste la maladie ou nos fonctionnements particuliers. C’est difficile d’accepter l’autre quand on l’a vu sous le jour de ses crises ou de ses difficultés.

Les discours anti-psychiatriques radicaux m’agacent souvent, parce que tant qu’on ne mettra pas en place quelque chose qui peut soutenir les personnes en crise, et aussi hors des crises, il n’y a concrètement que la psychiatrie qui est présente, qui est là pour nous écouter, là pour nous ramasser aux pires des moments, là pour nous faire savoir qu’il y a un endroit où atterir si ça va trop mal, aussi horrible et enfermant que soit cet endroit, que c’est toujours moins pire que de sombrer trop loin tout seuls. Et j’aimerais qu’on en prenne conscience, du fait que cette critique là elle n’est valable que quand il y a autre chose, sinon ça se résume juste à faire culpabiliser les personnes malades parce qu’elles ne vont pas bien et ont besoin d’un soutien qu’elles ne trouvent pas ailleurs.

Et certainement que soutenir une personne qui va mal ça prend beaucoup d’énergie, ça nécessite un certain tact et un minimum de connaissance sur ce que c’est, et ça ne se fait pas seul, y a besoin de relais. Tout ça est lourd, énergivore, chronophage, et ça n’apporte rien d’agréable aux personnes qui le font.

En réalité je n’ai pas de solutions à ce sujet, et je ne sais pas s’il y en a en l’état, et je comprends tout à fait que les personnes qui ne sont pas touchées par ça s’en foutent complètement. Mais je trouve quand même très dommage que nos milieux ne soient pas plus à l’écoute sur ces questions, ou qu’en tout cas on ne sache pas où trouver cette écoute avant, pendant ou après une crise. Comment exister dans nos milieux quand on va mal, comment dépasser les conséquences de nos crises, comment trouver un équilibre entre son intégration en tant que personne et ses problèmes qui sabotent cette intégration ? Je n’ai pas de réponse non plus, et c’est pour ça que je lance la proposition d’essayer d’en discuter entre personnes préoccupées par ce sujet, peu importe les raisons.

Une petite citation que j’ai aimé de ce texte de Sans Remède qui m’a inspiré (c’est dans le n°3, le texte Compte rendu d’un atelier de discussion ) :

« Nommer permet de prendre acte, mais en même temps, ce qui fait peur c’est que ça rend réel (si je dis : j’ai des crises d’angoisse, ça peut en déclencher une, maintenant, ou préparer un terrain possible aux autres), les mots peuvent fixer un regard sur soi ou les autres qui fait peur par leur côté apparemment définitif. Alors qu’on est jamais réductible à une seule identité, et qu’on est en mouvement tout le temps, on doit se le rappeler quand quelqun-e aberre, il ou elle n’est pas que ça et ne le sera jamais. »

Je laisse un mail pour qu’on puisse échanger pour organiser les rencontres : disloquee[arobase]riseup[.]net




Source: Cric-grenoble.info