Le CRA (Centre de Rétention Administrative) du Mesnil-Amelot n’a cessé de se remplir de nouveaux prisonniers pendant le confinement (notamment ceux qui n’ont pas été enfermés à Vincennes suite à la décision du TA (Tribunal Administratif)). Ces nouveaux prisonniers du CRA ne sont pas testés, ce qui augmente le risque que le virus se diffuse : c’est exactement ce qui s’est passé au CRA de Vincennes, où une personne sortant de prison a été ramenée directement au centre malgré le fait qu’elle était déjà malade. Une fois de plus, les flics et la préfecture jouent avec la vie des gens, ce sont eux-mêmes qui produisent la contamination !

À nous de les soutenir depuis l’extérieur :

ne les laissons pas isolés,

soyons solidaires avec leur lutte !

Un prisonnier témoigne de la situation au CRA de Mensil : la nourriture pourrie, la lutte en cours, les stratégies des keufs pour casser la grève, les juges qui « se préservent de nous et puis ensuite ils te disent qu’il y a pas de risques »…

Les conditions ici sont les conditions covid19, toujours on est limite livrés à nous même. Y a pas de mesure de sécurité, tout le monde se plaint. 

Même avant les gens ils veulent même pas aller manger au réfectoire, parce qu’il y a même pas 5 cm de mesure de sécurité alors qu’on nous demande un mètre de mesure de sécurité.

La nourriture non seulement elle est pourrie mais ils nous respectent pas, limite on est comme des tortues. On fait carême, on fait ramadan, le soir ils nous donnent des salades. Vous avez déjà mangés des courgettes avec de la béchamel, j’en ai jamais vu, alors quand on fait carême, quand on jeune… Y a pas de respect.

La dernière fois pour couper le jeune du matin, on est parti, ils nous ont dit : « Y a pas de pain ». Ils se foutent de nous en quelque sorte, vous voulez qu’on coupe le jeune avec un café crème tout seul, sans pain ni eau ni rien ? Ça nous a pas plu.

La deuxième des choses c’est qu’ils n’arrêtent pas de ramener des gens de prisons, ils ne sont même pas testés. Hier soir y a quelqu’un qui a témoigné : « Je viens de prison, j’étais avec quelqu’un en cellule qui avait des symptômes, il m’ont fait rentrer ici, ils m’ont pas fait faire de dépistage ». Il a pas eu de test c’est toujours la même, ils veulent pas savoir.

La distribution des masques ça ils l’ont fait le jour où on a parlé avec France 2, ils sont venus, à ouais ce jour là ils ont fait la distribution de masques, pour camoufler le débat.

Les journalistes quand ils viennent ils vont découvrir qu’on a les masques, qu’on a les conditions sanitaires contre le covid19, mais depuis ce jour là on a même pas reçu de masque encore ni de solution alcoolisé.

Les gens sont confrontés à eux même, la nourriture elle est pourrie, on peut pas manger, on veut pas manger, c’est pas de la nourriture pour le mois de ramadan.

Ils nous tiennent, ils nous disent y a pas de vol, y a pas vol.

C’est un choc mondial, moi personnellement je suis parent, y en plein de parents qui sont là, y a même le CRA en face y a des familles. Si dans cette période là je peux pas être avec mes enfants, quand est-ce que je pourrai être présent, c’est ça la question qui se pose.

On évite, on évite, avant qu’on commence la grève de la faim, y a des gens ils mangeaient dehors sur le béton parce qu’il voulait éviter la contamination.

Hier les flics ils sont venus deux fois à l’heure du manger, ils ont insisté pour qu’on mange, on leur a dit non on mange pas c’est notre droit. Ils ont dit c’est comme vous voulez demain il va faire chaud etc. On a dit on a pas envie. A 3h30 ils sont revenus pour couper le jeune du matin, pour le petit déjeuner. Ils nous ont dit  » Ça sert à rien, nous on est là depuis longtemps, une grève de la faim ça sert à rien, vous allez vous faire mal à vous tout seul, et ça vous servira à rien, en contre partie le message que vous voulez faire passer, il servira à rien, personne ne sera libéré. ».. Du coup le policier il a dit  » moi personnellement faudra qu’on parle au chef du CRA pour les visites si y a possibilité que les gens de vos connaissances, vos familles qui viennent en visite vous ramènent à manger  » , alors que ça fait une semaine, 2-3 jour avant c’était quasiment impossible, strictement interdit qu’on nous ramène à manger. Ils ont dit on va essayer de parler, mais ça sert à rien.

Si on va gagner, on va gagner quoi, si on mange on va casser notre grève c’est tout. Y a de l’intelligence, vous voyez ce que je veux dire y a un piège, alors c’était quasiment interdit et puis quand on a commencé la grève de faim, on va demander si ça va être possible de parler avec eux d’ici là dans deux ou trois jours vous pouvez demander à vos familles de vous ramener à manger. Soit c’est interdit, soit c’est pas interdit y pas de loi entre les deux loi.

J’ai demandé pourquoi y a deux ou trois jours c’était strictement interdit et maintenant qu’on a commencé la grève de la faim, ça devient négociable, si par exemple je me fais ramener un grec ou un tacos, quand je vais le manger, ils vont marquer que j’ai mangé, et je fais plus la grève de la faim, je suis dégagé de ce truc là. Pour eux l’objectif c’est de pas être relâché. 

Y un autre truc que je voudrais rajouter, c’est le déconfinement : au moment de la convocation, pourquoi il nous prenne pas au tribunal pour assister l’audience ? Alors dans la feuille c’est écrit par mesure de sécurité sanitaire au c19 on peut pas y être présent et au retour on est marqué absent. Quand on reçoit un appel du greffe, pour nous remettre l’ordonnance si on est pas relâché on est marqué absent pourquoi c’est pas marqué, la personne, elle a pas été présente par mesure sanitaire du covid 19, donc si le juge il se préserve, il sait bien qu’il y a un risque de contamination ici.

Il se préserve de nous, pourquoi le juge il se préserve de nous et puis ensuite ils te disent qu’il y a pas de risques ? Comme la dernière fois y a quelqu’un qui a fait une demande de libération par rapport au covid 19, ils lui ont dit y a pas de risques y a une équipe, alors qu’ils savent rien, nous on assiste même pas au tribunal pour dire nos mots.

Voilà on n’a même pas notre mot à dire ! comment il sait qu’il y a toute mesures de sécurité, comment ? Comment vous en tant que juge vous pouvez savoir que ici on a tout, alors que vous nous acceptez même pas. Eux ils se préservent de nous ils veulent même pas qu’on assiste à l’audience par mesure de sécurité, il sait qu’il y a pas de mesure de prise, il sait qu’il ya des prisonniers qui arrivent, ils sait qu’il ya pas de dépistage, pourquoi vous vous préservez, pourquoi j’ai pas le droit d’assister au tribunal et de dire mon mot ? Voilà c’est ça le truc qu’on arrive pas à comprendre.

Moi personnellement le déconfinement il est passé le 11, normalement déconfinement le 11, j’avais tribunal le 12, ils m’ont dit t’assiste pas. Jusqu’à maintenant y a personne qui va au tribunal, alors le déconfinement il sert à quoi ? Les juges ils vont se préserver, c’est bon c’est le déconfinement, c’est le déconfinement, on a le droit d’assister à l’audience de parler, de dire notre mot, vous voyez si on assiste pas on est marqué absent, le juge il a pas écouté ce qu’on a à dire, vous voyez là quand vous êtes au tribunal le juge il dit est-ce que vous voulez rajouter quelques choses, à ce moment là vous pouvez dire ce que vous en pensez, ce que vous avez comme objectif, ce que vous avez à faire ici en France où quelles sont vos raisons qui vous tiennent ici donc on pas déjà cette chance là. Ni au JLD ni au TA. « 


Article publié le 24 Mai 2020 sur Paris-luttes.info