Avril 28, 2016
Par Le Pressoir
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Rencontres sur le piquet de grève à Renault Montpellier. Un barbecue ouvert au public est organisé chaque vendredi à partir de 12h.

Dans le contexte du mouvement contre la Loi Travail, il manque encore des grèves pour servir de points d’ancrage. A Montpellier, les travailleurs de Renault organisent une grève perlée depuis deux mois. Ils arrêtent de travailler au moins entre 7h et 8h et entre 12h et 13h. Chaque vendredi, à partir de 12h, ils organisent un barbecue pour rendre visible leur lutte. L’Assemblée Populaire de la Nuit Debout a relayé l’évènement. Mais ce sont surtout les syndicalistes de la CGT et leurs réseaux qui sont présents.

Faire plier la direction de Renault

Un gréviste décrit le déclenchement d’une lutte offensive. « On a vu les profits de Renault et on a voulu notre part », présente le syndicaliste. C’est une grève pour demander des augmentations de salaires. Ce n’est pas un simple combat défensif contre des licenciements mais un conflit contre une direction et des actionnaires qui ne cessent de se gaver. Pendant ce temps, les salariés ne veulent pas se contenter de bouffer des sandwichs.

« Ce sont les ouvriers et aussi les secrétaires qui font grève. Les cadres et les commerciaux sont des vendus », précise le syndicaliste. On est loin de la théorie des 99% contre l’oligarchie servie par les militants gauchistes. Et la direction de Renault compte bien jouer sur les clivages de classe au sein de l’entreprise. « Ils nous ont proposé des primes individuelles. Mais nous on reste dans une démarche collective », précise le syndicaliste.

Les grévistes refusent de courber l’échine devant le patronat. « On impose nos propres conditions et on continue la lutte jusqu’à leur satisfaction », insiste le syndicaliste. Pas question de négocier aux conditions proposées par la direction. Justement, les patrons de Renault refusent de céder. « Ils se renvoient la balle entre le local et le national. Mais on sait que l’entreprise de Montpellier a fait beaucoup de profits », souligne le syndicaliste.

L’ambiance est très CGT. La sono fait retentir « Le chiffon rouge » ou l’Internationale. Mais les jeunes grévistes préfèrent mettre de la techno.

Luttes sociales et cinéma

Des militants communistes sont présents, souvent avec une solide expérience de luttes ouvrières. Un militant ose même égratigner le film de François Ruffin, pourtant cégétiste assumé devenu icône des Nuits Debouts parisiennes.

Le film Merci patron est jugé trop misérabiliste et transpire le mépris de classe. Les ouvriers apparaissent comme des victimes isolées, incapables d’impulser des luttes collectives. « La morale du film c’est qu’un journaliste arrive à être plus malin qu’un patron. Mais j’ai participé à de nombreuses luttes et j’ai vu que c’est difficile de jouer au plus malin avec les patrons », précise le militant. Surtout, il préfère les luttes offensives plutôt que la simple résistance face aux délocalisations.

Il évoque le film On a grévé qui montre la lutte de femmes de chambre. « Ce sont des femmes qui sont souvent arrivées en France récemment. Et pourtant elles arrivent à s’organiser par elles-mêmes pour lutter », décrit le militant. Elles n’ont effectivement besoin d’aucun journaliste de gauche pour faire plier les sous-traitants et les hôtels de luxe. « Elles ont cotisé pour créer une caisse de grève et se préparer à la lutte », souligne le militant. L’auto-organisation et la détermination tranchent avec le syndicalisme de négociation et d’accompagnement.

Elargir le mouvement

Cette lutte locale à Renault tente de s’étendre au-delà de Montpellier. D’autres ouvriers de Renault, notamment à Marseille, sont entrés dans la danse. Mais les bureaucrates de l’Union Départementale CGT ne favorisent pas la popularisation et l’élargissement des grèves locales. Il semble important de créer des liens entre les boîtes en lutte, voire avec l’Assemblée Populaire Nuit Debout.

Ce soutien peut permettre d’attaquer la direction de Renault et de salir sa si précieuse image de marque. Une grève peut aussi impulser une dynamique de lutte au niveau local. Dans le contexte de la lutte contre la Loi Travail, il semble indispensable de s’appuyer sur des grèves. Le patronat et le gouvernement ne pourront céder que face aux actions qui paralysent l’économie capitaliste.




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