Mai 13, 2016
Par Non Fides
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Réaction logique, il est proposé de partir en manif. Quelques apprenti-e-s politicien-ne-s professionnel-le-s proposent que nous allions nous faire enfermer sur la place de Verdun, heureusement, ça ne sera pas la tactique choisie.

Et là, juste avant de partir en manif’, des personnes (prétendant parler en leur nom propre, comme à chaque assemblée, alors qu’on peut y entendre habituellement des sociaux-traitres de l’UNEF et autres syndicalistes réformistes, allant jusqu’à des personnes présentes sur la liste municipale de Piolle) prennent la parole pour nous dire que, chose exceptionnelle parmi les Nuits debout de fRance et de navarre, celle de Grenoble a l’autorisation de la mairie (donc de l’Etat), et que si par le plus grand des hasard la rage que nous ressentons venait à croiser des vitrines et autres symboles de l’infamie étatiste/capitaliste, alors la pérennité de l’exceptionnelle Nuit debout grenobloise se verrait retirer son caractère exceptionnel (à savoir, l’autorisation de nos maîtres).

D’autres prises de parole suivent ainsi le même type d’argument, l’une d’entre-elles nous autorisant même à concrétiser notre colère durant les prochaines manifs, mais pas durant celle-ci.

Alors il convient de nuancer : d’autres voix s’élèveront évidemment pour s’insurger contre ces appels à la passivité lancés par des citoyen-ne-s passivistes patenté-e-s.

On finit donc par partir en manif. Le cortège grossit à mesure que les minutes s’écoulent, et la rage ne tarde pas à croiser quelques vitrines. On est nombreux, on est en colère mais surtout on est belles et beaux, tous.

Tous ? Pas tout à fait. Les casseureuses ont encore une fois sévi en marge de la manifestation. Les habituel-le-s casseureuses de révolte. On les reconnaît facilement : ielles ont la fâcheuse tendance à ne pas être masqué-e-s (c’est pourtant utile contre les lacrymos) et scandent des slogans réformistes demandant par exemple la démission de CE gouvernement (l’histoire ne dit pas qui ielles veulent mettre à la place) ou nommant de prétendu-e-s responsables de la misère qu’on vit, comme si celle-ci n’était pas structurelle [1]. Ça, ça reste malheureusement habituel. Mais en ce soir du 10 Mai 2016, la violence citoyenniste est montée d’un cran. Alors que quelques joyeuses et joyeux amateurices de bricolage s’affairaient méticuleusement sur l’un des pires symboles de l’exploitation de Grenoble [2], l’on a pu entendre ce slogan : « Et tout le monde déteste les casseurs ». Une véritable ode à la passivité.

Ce que ces citoyen-ne-s acharné-e-s ne veulent pas comprendre, c’est d’une part qu’ielles réutilisent à leur compte un mot du pouvoir : « casseurs ». De quel côté de la barricade sont-ielles ? D’autre part, celleux qu’ielles affublent du qualificatif de « casseurs » construisent en réalité bien plus pertinemment un monde dans lequel nous, qui voulons vivre sans autorité, voulons nous épanouir, comparé à ces citoyen-ne-s qui veulent réécrire la constitution, symbole et constituant ultime de l’infamie étatiste.

Heureusement, malgré la ténacité des casseureuses de révolte, on peut dire que la manif s’est très bien déroulée. On déplorera tout de même une interpellation (d’après la presse bourgeoise), courage à cette personne, donc.

Terminons par cette affirmation laconique et non argumentée : « Le/la citoyen-ne est unE flic en civil » (l’inverse est tout aussi valide, mais certainement moins intéressant pour identifier de potentiels ennemis)

[Reçu par mail.]




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