Août 23, 2016
Par Indymedia Bruxsel
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En Grèce, où les arrivées ont chuté après l’accord conclu entre l’UE et la Turquie en mars 2016 ; 57 000 migrants étaient toujours bloqués dans le pays selon les chiffres arrêtés au 8 août 20161.

En juillet 2016, à l’occasion du camp NoBorder de Thessalonique dédié à la réflexion sur la question migratoire et à l’expression de la solidarité envers les migrants, plusieurs centaines de personnes en provenance de différentes régions européennes, se sont rendues devant des camps de détention. Il est nécessaire de préciser qu’il s’agit bien de se rendre devant, puisque l’entrée y est interdite. Des policiers font la haie de manière à empêcher ne serait-ce qu’un contact à distance. L’entrée est en effet bien éloignée des lieux où se trouvent les migrants détenus. Ceux-ci n’ont pu entendre les appels et la musique diffusés

par haut-parleurs qui leur sont destinés.

Ce jour-là (20/07/16) une petite délégation a néanmoins obtenu l’autorisation d’entrer. Les conditions de rencontre avec les détenus étaient très strictes, les policiers se tenant bien proche. Les migrants craignaient par ailleurs de s’exprimer librement, des représailles sont monnaie courante. Certains courageux ont bravé le risque et ont donné quelques bribes d’informations.

DEUX CENTRES DE DÉTENTION EN VUE D’EXPULSION AUSSI NOMMÉS DE PRÉ-RENVOI PARMI D’AUTRES …

PARANESTI

Depuis Septembre 2012, Paranesti (Drama) au nord-est de Thessalonique, accueille ce centre prévu pour 320 hommes (pas de femmes), des détenus ont parlé de 1000 à ce moment là. Il s’agit d’une réaffectation financée par des fonds européens2, d’une ancienne base militaire (Pappa 2012).

De hautes clôtures de plus de 4 mètres surmontées de fils barbelés entourent les bâtiments les

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rendant tout à fait invisibles de l’extérieur. Chaque section du camp

est séparée par des clôtures supplémentaires. Les gens sont logés

dans de petits bungalows, qui ne les protègent pas correctement du

froid pendant l’hiver comme cela a été précisé. Des projecteurs sont

placés afin de permettre à la police de retrouver les personnes

immédiatement en cas d’évasion.

Les conditions de détention sont catastrophiques, les détenus ne reçoivent qu’un repas par jour, des pâtes… Il semblerait qu’ils doivent payer ce repas avec les 5,80 euros d’argent de poche (le repas coûte 3 euros).

Les migrants détenus rapportent qu’il y aurait un millier de personnes, majoritairement des Afghans, Pakistanais, Marocains, Syriens ou Égyptiens. Certains sont détenus depuis 11 ou 12, voire 18 mois ! Les conditions hygiéniques sont désastreuses, un filet d’eau en guise de douche par exemple, peu de savon, certains détenus ne portent pas même un t-shirt.

Un des hangars sert à loger les mineurs de moins de 18 ans, il s’agit en fait d’enfants de 15, 16 ans qui sont ainsi enfermés pendant des mois.3

En guise de gardiens ils sont surveillés par la police. Ce sont des policiers qui sont à l’intérieur et observent, ils apportent la nourriture, des policiers qui appellent un docteur le cas échéant et les besoins sont fréquents. En effet en mangeant des pâtes tous les jours les détenus souffrent fréquemment des intestins.

Les cas sont interpellants puisque par exemple des Pakistanais ne sont pas considérés comme fuyant un conflit, ils se retrouvent bloqués pendant des mois, seuls, sans famille et aucun accès à l’information sans savoir quel sera leur avenir.

Ils demandent « tu sais toi ce qui va nous arriver ? », ne se rendant même pas compte qu’ils vont être déportés vers la Turquie ou encore rapatriés vers le Pakistan !

XANTHI

Autre centre autre immeuble isolé entouré de barbelés, une capacité d’environ 580 personnes migrantes, il semblerait qu’il y en ait 800, qui sont en attente… d’être expulsées. En attendant elles

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sont fréquemment maltraitées par des policiers. D’ailleurs lors

de la manifestation lorsque des détenus ont fait des signes et

crié aux fenêtres pour communiquer, ils ont été repoussés par

les autorités de l’intérieur.

Une haie de policiers en tenue de combat entourait

l’ensemble

pour s’assurer que personne ne s’approche. Il faut

évidemment bien isoler ces détenus de tout contact extérieur

et empêcher toute personne extérieure d’y pénétrer. Les

forces de l’ordre se sont amusées à tirer des gaz

lacrymogènes pour éloigner les manifestant-es venu-es

témoigner de leur solidarité.

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Mais il existe un très grand nombre d’autres centres en Grèce, comme celui de Corinthe près d’Athènes. Un migrant y ayant été enfermé raconte comment, pendant 6 mois, il a survécu dans cet ancien camp militaire transformé.

La vie y est particulièrement difficile, les conditions telles qu’un plat de pâtes pour seul repas par jour s’ajoutent au fait de se retrouver derrière des barreaux avec une sortie quotidienne de 2 heures seulement. Ici non plus, il n’y a pas de gardiens, mais des policiers qui assurent la surveillance. Ce sont des militaires qui distribuent la nourriture, gèrent l’endroit… tout un symbôle.

Camps de « relocalisation »

Ces camps au nombre de 11 autour de Thessalonique se situent dans des régions tout à fait isolées ce qui de facto les rend quasi inaccessibles. Les demandeurs d’asile qui y sont « logés » ont l’autorisation de sortir, doivent se représenter le soir, mais il ne nous a pas été possible d’y entrer (centre Kalohori : 500 personnes) sans « autorisation du Ministre ». Installés dans des hangars situées dans des zones industrielles, l’hébergement consiste en des tentes d’environ 5m² pour les familles. De grands grillages entourent l’ensemble. Affreux spectacle que d’y voir tous ces enfants si heureux des quelques heures de sortie qui leur sont rendues possibles par les participants du camp NB allés les inviter et les chercher avec leur famille afin d’échanger sur les circonstances et les luttes nécessaires.

Ici aussi la nourriture est pointée du doigt, pas adaptée et surtout pas pour ce qui concerne les enfants en bas âge. Nous avons observé des migrants s’approvisionnant auprès d’un petit marchand de quatre saisons qui passe sur le chemin de terre qui longe le camp.

Plus fondamentalement l’accès à l’information et l’introduction des demandes d’asile sont organisées de manière tout à fait hasardeuse. Deux heures de contact par Skype par semaine, par camp, pour introduire un dossier et après pour connaître la suite qui y est réservée, c’est l’attente et l’inconnue. Pendant des semaines, pendant des mois. S’y trouvent aussi des personnes avec des laissez-passer en règle pour un pays européen (Allemagne) mais arrêtées par des policiers et placées dans le camp.

Quelques témoignages

  • Une dame kurde de Syrie se retrouve bloquée dans le camp avec 3 enfants en bas âge. Tout le reste de sa famille se trouve en Allemagne, elle a été stoppée par la police sur la route en Grèce et placée dans un camp. Elle a d’abord séjourné à Ventimillia pendant 5 mois et est envoyée ensuite à Thessalonique où elle se trouve depuis 11 mois. Elle a introduit une demande d’asile en Allemagne et il lui est dit qu’elle doit attentre encore entre 4 et 6 mois. Elle espère, c’est tout ce qui lui reste. Elle témoigne pour d’autres femmes seules et parle aussi de la nourriture déplorable. Certaines réussissent à cuisiner sur un petit réchaud de manière à manger plus « correctement ».
  • Un jeune homme syrien, explique qu’il a quitté la Syrie parce qu’il refusait de participer aux combats et tueries fratricides qui leur sont imposés en Syrie. Il refuse de faire partie de ces combats qui le révulsent et s’attendait à trouver en Europe des organisations qui pouvaient l’aider dans cette lutte et accéder à son rêve de liberté. Il ne pouvait pas s’imaginer que cela prendrait si longtemps ! il se retrouve ici depuis 6 mois, il pensait que cela prendrait quelques semaines… Il raconte qu’avant la guerre, ils avaient un pays magnifique, qu’ils avaient tout. Maintenant ils ont tout perdu ! Ils se battent pour un meilleur futur pour les enfants.
  • Une dame syrienne elle aussi décrit son pays comme un merveilleux pays qu’elle aime. Elle l’a quitté pour sauver ses enfants. « En Syrie on meurt une fois, dans les camps de Thessalonique on meurt tous les jours ». Elle espère qu’ensemble on trouvera une solution.

D’autres nous disent encore :

  • Vous devez faire pression sur vos gouvernements pour qu’ils nous laissent partir d’ici. (Thessalonique)
  • Il n’est pas logique de nous empêcher d’aller rejoindre nos familles dans d’autres pays européens. De telles lois ne devraient pas exister, diviser les familles n’est pas humain.
  • Il faut que vous vous battiez contre cela.
  • Un étudiant évoque ses études interrompues par la situation de guerre en Syrie. Il nous dit que graduellement il a appris à mieux reconnaître le bruit des bombes et quel avion les lance que de connaître sa matière d’université. Lui aussi insiste : pourquoi l’Europe nous empêche de passer les frontières afin de rejoindre nos familles ?
  • Une femme seule dont le mari se trouve en Allemagne sait ses enfants dans un autre pays. Elle n’a aucun argent et ne peut s’acheter ne serait-ce qu’un gsm de manière à communiquer .
  • Un homme nous dit qu’il refuse de tuer ses frères et n’a donc aucune autre solution que de quitter le pays.
  • Une femme seule raconte qu’en raison de manque total de ressources, elle ne peut même pas s’acheter de quoi améliorer légèrement son ordinaire (y compris pour son hygiène).
  • Un jeune homme a quitté la Syrie, est passé par la Turquie et puis la Grèce, il dit que c’est très très dur. Il veut juste vivre sans bombes et librement.
  • Une femme se plaint du fait que ses enfants ne vont plus à l’école depuis des mois4

De manière générale les témoignages vont tous dans le même sens :

Il faut tout faire pour ouvrir les frontières et permettre aux gens de circuler librement.

Pour quelles raisons les ferme-t-on ?

Ce lever d’un petit coin du rideau opaque placé par les autorités grecques avec l’appui de l’Europe forteresse, donne une image très éloignée des discours prononcés et des textes rassurants qui pullulent pour faire bonne figure. Cela a déjà été dit et redit, dénoncé et re-dénoncé5, pourtant il est et reste scandaleux de traiter ainsi les dizaines de milliers de personnes en détresse. 6

Le discours « officiel » des gouvernants européens se veut rationnel et structuré, il permet de se voiler la face, d’un voile épais dépourvu d’aérations d’humanité !

C’est ainsi qu’on est stupéfait du culot des gouvernants qui se permettent de conter des mensoges sans rougir, comme relaté par communiqués de presse. La Commission européenne (15 juin 2016) beugle pour justifier un non-accueil généralisé et mettre en avant le révulsant et injuste règlement Dublin :

M. Dimitris Avramopoulos, commissaire pour la migration, les affaires intérieures et la citoyenneté, a déclaré : « Alors que les difficultés et la pression liées à la crise des migrants ont persisté au cours des derniers mois, la Grèce a indéniablement amélioré son système d’asile ainsi que la situation des migrants et des réfugiés. La Commission, avec les autres États membres, continuera d’aider la Grèce à gérer de manière appropriée le nombre élevé de demandeurs d’asile présents dans le pays, de sorte qu’elle soit en mesure de revenir progressivement au système de Dublin. »

Il appartient aux autorités des États membres, sous le contrôle de leurs juridictions et des juridictions européennes, de décider si la situation permet une reprise des transferts vers la Grèce au titre du règlement de Dublin. La recommandation de la Commission consiste en une feuille de route définissant les mesures que doit adopter la Grèce pour disposer d’un système d’asile opérationnel et faire partie intégrante du système de Dublin.

La Commission constate dans la recommandation adoptée aujourd’hui que, depuis l’adoption de la première recommandation et suite aux problèmes qu’elle a soulevés, des efforts continus ont été déployés par les autorités grecques, avec l’aide de la Commission, du Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), des États membres et des organisations internationales pour améliorer le fonctionnement du système d’asile.

Avec le soutien financier de la Commission, la Grèce a considérablement augmenté ses capacités globales d’accueil des migrants en situation irrégulière et des demandeurs de protection internationale. Elle a avancé dans la mise en place de bureaux régionaux d’asile et a augmenté sa capacité de traitement grâce au recrutement de personnel affecté au service d’asile. Ce dernier dispose désormais de deux fois plus de ressources humaines qu’il n’en avait en 2015. Son rendement s’est donc amélioré et une bonne partie du retard accumulé dans le traitement des dossiers de demande d’asile a été rattrapée.

(…)

La recommandation adoptée aujourd’hui (15/6/16) définit les mesures concrètes que doit prendre la Grèce en vue de sa réintégration dans le système de Dublin. Elle doit mettre l’accent en priorité sur :

  • l’établissement de structures d’accueil, permanentes et temporaires, ouvertes et adaptées, et la garantie que celles-ci offrent des conditions d’accueil satisfaisantes, notamment en s’assurant que les mineurs ont accès au système éducatif ;
  • l’accès effectif à la procédure d’asile, en veillant notamment à ce que le service d’asile grec soit correctement organisé et doté d’effectifs suffisants ;
  • l’institution sans délai de la nouvelle instance de recours, en garantissant que celle-ci est dotée d’effectifs suffisants pour traiter tous les recours en instance et à venir ;7

Nous en avons plus que marre de cette « politique » qui ne fait que refléter les égoismes nationaux et les courses à l’élection ou la ré-élection et maintenir les privilèges bien organisés. Ces politiques régies par les influences plus que tolérées des lobbies à qui la Commission européenne et le Parlement européen tirent leur révérence et déploient le tapis rouge. Ces politiques de bas échelle sans réflexion approfondie, pourvu que l’on donne le change au capitalisme et les intérêts géopolitiques myopes et repliés. Marre de ces politiques en notre nom, pour notre « sécurité » alors que nous souhaitons une réelle solidarité humaine. L’accueil est la plus fondamentale caractéristique humaine : ne plus le pratiquer signifie ne plus être humain, tout simplement.





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