Cette phrase, beaucoup la prononcent ce matin, dans un coin du quartier où nous avons déjeuné à quelques uns, en faisant le point sur la situation. Un vieux compagnon anarchiste est convaincu que nous allons revivre 1985 ou 2008. Ces années-là, un jeune militant avait été assassiné par un policier, provoquant à chaque fois des émeutes très importantes. En décembre 2008, le pouvoir avait tremblé. Plus de 300 banques et magasins de luxe avaient brûlé. Le parlement avait été assiégé.

Aujourd’hui, l’ambiance n’est plus la même dans la société, mais la lassitude est à son comble. Quelque chose couve. Comme une douleur dans le ventre.



Les forces d’occupation du quartier multiplient les violences quotidiennes sur les migrant.es, les militant.es locaux, les solidaires venu.es d’autres pays et, plus récemment, un couple gay. Dans le nord-ouest du quartier quadrillé par la police (cf. carte), la situation devient très compliqué, notamment pour le squat Notara 26 qui est au milieu de la zone en question, quasiment encerclé par les postes de surveillance policière. C’est dans cette zone qu’un couple gay vient d’être frappé par des policiers de surveillance. C’est également dans cette zone que des fascistes ont été repérés à côté des flics, par exemple avec des tee-shirts des supporters néonazis de Rome et des identitaires de Defend Europe.

Mais ce qui se passe autour de la place ne vaut pas mieux. La grenade lacrymogène qui a été jetée à l’intérieur du centre social autogéré K*Vox, où beaucoup de monde se trouvait, aurait pu tuer quelqu’un. C’est d’ailleurs un acte illégal, même en temps de guerre, que de gazer un lieu clos. C’est un acte criminel théoriquement puni par les tribunaux internationaux.

Il se trouve qu’à l’intérieur du K*Vox, nous avons parfois la visite d’un vieux compagnon souffrant d’insuffisance respiratoire. S’il avait été parmi nous ce soir-là, il serait peut-être mort, tant la fumée toxique a été épaisse à l’intérieur du lieu dont les issues étaient bloquées par les policiers incontrôlables. Pire encore, l’une des membres du collectif a accouché récemment et passe parfois avec son bébé : que ce serait-il passé ?

Ce n’est pas tout. Comme le confirme Giorgos Kalaïtzidis (co-fondateur de Rouvikonas) relayé par les médias autogérés du mouvement social, l’un des policiers a dégainé son arme de poing en menaçant. Les témoins ne manquent pas, membres du K*vox et visiteurs, presque tout le monde l’a vu, même si on n’a malheureusement aucune photo du geste. Et si le policier avait tiré, que ce serait-il passé à Exarcheia et, au-delà, à Athènes ?

Hier soir, Giorgos Kalaïtzidis, qui connait bien le quartier et son histoire, a écrit sur sa page Facebook :

« Cela va arriver. Il est très probable que nous allons bientôt avoir des morts à Exarcheia. »

Vu l’évolution de la situation, la violence de l’occupation policière et le grand nombre de fascistes et de barbouzes qui vadrouillent dans le sillage des flics, nous sommes nombreux à penser la même chose. Ce matin, un peu avant 9:00 (heure grecque), des coups de feu ont retenti dans l’est d’Exarcheia. Quelques instants après, des voltigeurs de la police ont été aperçu. Pour l’instant, nous ne savons pas ce qui s’est exactement passé. À suivre.


Article publié le 01 Sep 2019 sur Paris-luttes.info