Août 28, 2019
Par Paris Luttes
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EXARCHIEAVOILÀ LETRO

Exarchiea est, depuis des décennies, un incubateur du combat social, de la lutte et aussi un phare pour l’autodétermination et la résistance contre toutes les formes d’autorité et l’État. En même temps, l’histoire d’Exarchiea comme quartier de lutte a été caractérisée par une répression constante de l’État et les tentatives d’asphyxie des projets autogérés. Ces actions ont pour but, d’abord, la persécution des squats, des anarchistes, des migrants et plus généralement de tous les mouvements antagonistes et de résistance, ensuite les tentatives de plus en plus nombreuses d’éradiquer l’essence même des quartiers par les effets de la gentrification.

Notre vision d’Exarchiea est celle d’un lieu de lutte des classes opprimées et nous comprenons bien que l’intervention de l’État est faite pour servir les intérêts de la classe dirigeante.

Le dernier coup en date a été la remise en route du projet d’une station de métro sur le Square Exarchieon. Un plan qui est présenté comme le conte de fées d’un développement économique.

Nous comprenons que ce plan est en fait une attaque contre l’insurrection et d’écraser les souhaits collectifs, les aspirations du peuple et la résistance dans le quartier.

Le nouveau métro d’Athènes, ligne 4, est prévu pour aller de Alsos Veikou jusqu’à Galatsi et Goudi en passant par Exarchiea, en plus, 2 stations supplémentaires sont aussi prévues aux bordures d’Exarchiea et qui sont aussi sur les plans, l’une au coin de l’avenue Alexandras et la rue Moustoxydi ; un autre sur Akadémias ( quelque part entre les rues Ippokratous et Sina).

Le coût estimé de cette « Grande Bouffe » est estimé à 1,5 milliard d’euros. Au moment de l’écriture de ce texte (janvier 2019), 3 conglomérats sont en lice pour le marché :

TERNAVINCISIEMENS

AKTORANSALDHITACHI

• J&P – AVAXALSTHOMGHELLA

L’un des trois conglomérats va prendre le marché, normalement en juin 2019. Le contrat signé, les travaux pourront commencer, normalement fin 2020 et les stations de métro seront livrées après 8 ans de travaux.

Nous avons donc encore le temps de contrecarrer leur plan si nous le faisons dès maintenant.

Cette tentative de redéveloppement d’Exarchiea en accord avec des intérêts corporatistes n’est pas sans précédent :

Déjà, en 2003, le gouvernement avait mis la pression dans la course aux Jeux olympiques d’Athènes de 2004, dans un effort d’étendre l’activité économique des magasins, cafés des alentours.

À ce moment-là, il était clair que cela était dans le but d’augmenter la profitabilité et la valeur commerciale de ce périmètre aux dépens du mouvement, et donc, dès le début, le site de construction a été la cible d’action directe (sabotage). À la fin, le gouvernement et les investisseurs durent se retirer face à la résistance contre ces plans.

Pendant des années les combattants des classes sociales se sont battus contre un métro uniquement dédié au profit, un système de métro exclusif à Athènes.

Nous comprenons bien le système du métro comme étant une classe de société. Les constructions des stations du métro ont gentrifié et violemment transformé des lieux de vie en des lieux de l’entreprise capitaliste et, pendant cela la stigmatisation accrue et l’appauvrissement d’autres quartiers, la mise en place des barrières électroniques dans le métro, cette année a été la dernière démonstration d’un parti-pris pour un État basé sur des profits et en excluant ceux qui ne peuvent pas payer. Il est alors clair qu’au centre de cette stratégie, se profilent les questions de déplacement des populations non désirées et les intérêts de classe antagonistes – nous l’avons constaté dans d’autres métropoles.

Le transport public est un autre outil de l’attirail dans les mains du capital et de l’État à travers une surveillance militarisée et le harcèlement et la persécution des marginalisés, des nouveaux pauvres et des migrants.

Bien que le capitalisme et l’exploitation existent déjà à Exarchiea, au travers des intérêts d’un côté des commerces petits-bourgeois et des différentes mafias qui opèrent dans le quartier, l’annonce d’un plan de construction du métro est un appel aux investissements capitalistes à grande échelle ; il fleurète avec les grandes sociétés et à pour but de séduire ceux qui profiteront personnellement de la gentrification de cette partie du centre.

Pour la plupart des résidents, cependant, le métro signifie une hausse des loyers, de l’immobilier et du coût de la vie avec de plus en plus de spéculation et de sociétés de l’internet comme Air B’NB

En même temps, le métro va augmenter la présence policière, la sécurité privée et la surveillance et cela avant, pendant et après la construction. Il nous parait évident que les premières cibles de cette répression accrue seront les squats, les migrants, et toutes les tentatives de création de structures autogérées, en dehors de l’autorité de l’État et des institutions et la lutte antiétatiste. L’installation d’un contrôle d’état au cœur d’un quartier qui s’est révélé jusqu’à présent être un endroit de liberté pour les populations persécutées et une base pour ceux qui cherchent à s’organiser en faveur de l’émancipation et la libération collective.

Voici là une attaque directe à l’encontre de tout ce que Exarchiea représente ; l’espace public dans cette zone n’est pas fait pour la spéculation, ne l’est pas non plus pour fliquer les gens. Nous rejetons cette vision d’un progrès promu par un état néolibéral. Nous croyons que le progrès est issu de l’autogestion collective et horizontale et de la lutte du peuple pour remplir ses besoins et non les désirs de la classe dirigeante. La menace de la construction d’une station de métro à Exarchiea est chargée du potentiel de la colonisation du voisinage avec une domination capitaliste, mais nous prenons à pleines mains cette lutte comme une opportunité pour le voisinage de se rassembler comme une force de résistance collective et un lieu vital pour la communauté et ceux qui se donnent la main contre la répression pour le bien de leur portefeuille.

La lutte collective contre l’État et l’exploitation est le germe d’une transformation sociale. Nous n’abandonnerons pas notre histoire et notre quartier aux criminels de la gentrification et de la répression.

Janvier 2019 – Assembly of Exarchiea square against the metro




Source: Paris-luttes.info