L’information révélée par le journal l’Indépendant – et confirmée depuis par la Fédération départementale des exploitants agricoles de l’Indre – révèle qu’un fonds de gestion chinois, basé à Hong-Kong, a acheté trois exploitations céréalières depuis un an, soit 1 700 hectares dans le département de l’Indre.
Ce fonds, représenté par un gérant français, propose aux exploitants au bord de la faillite (après avoir examiné le détail de leur dette) de se convertir en Société agricole, afin de pouvoir leur racheter 98 % de leurs parts.

Selon le président de la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (FNSAFER), après enquête, cette entreprise a pour but aujourd’hui “d’acquérir des terres pour les exploiter” et non pour les mettre en fermage, et investit là où elle pense que cela sera le plus rentable.
Il s’agit là, d’un phénomène courant, notamment en Afrique et en Asie du Sud-est, mais tout à fait nouveau en France. D’autant “, poursuit le président de la FNSAFER, ” que l’hectare est acheté beaucoup plus cher que le prix du marché tout en échappant au contrôle de notre organisme “.

Après le départ des exploitants, ce sont des salariés de la société chinoise qui s’installent sur ces terres, vendent leurs productions aux coopératives dans un premier temps, puis peuvent ensuite, après un certain volume atteint, les vendre en direct à l’exportation. La société chinoise est en pourparlers pour acquérir une quatrième exploitation. Jusque-là, il ne s’agit “que” d’une sur-financiarisation de l’agriculture… Mais, il y a beaucoup plus grave quand on sait que la Chine, selon une annonce faite par les autorités, est en train de “faciliter” la plantation à l’échelle industrielle de maïs et d’autres cultures OGM pour les cinq prochaines années, alors qu’aucun plan commercial OGM n’a été autorisé dans le pays depuis dix ans.

Les cultures OGM sont l’objet de différends commerciaux réguliers entre la Chine et les États-Unis, dont le géant de l’agrochimie Monsanto est l’un des leaders mondiaux du secteur. Son rival, la firme suisse Syngenta, a accepté en février une offre de rachat de 43 milliards de dollars du groupe étatique chinois ChemChina.
Seuls deux produits OGM sont actuellement cultivés de façon commerciale en Chine : un type de coton (autorisé en 1996) et une variété de papaye résistante à un virus (approuvée en 2006). Le soja, le maïs, le coton et le colza OGM peuvent quant à eux être importés en tant que matières premières ou ingrédients constitutifs de produits transformés. La Chine voit donc d’un bon œil les biotechnologies, “efficaces pour garantir les apports alimentaires de sa population de 1,37 milliard d’habitants“. Ceci n’est pas sans rappeler schéma du lancement de la fameuse “politique de l’enfant unique”, sous la dictature de Mao-Tse-Toung…

Cependant, aujourd’hui, la plantation à grande échelle de cultures reste débattue dans le pays : l’opinion publique demeure réticente, tandis que les militants écologistes et certains scientifiques s’inquiètent des conséquences potentielles, encore inconnues sur le long terme, en matière de biodiversité et de santé humaine. Mais, cette résistance pourra-t-elle longtemps s’opposer aux désidératas du gouvernement ? Si cette politique de facilitation de plantation de céréales OGM sur cinq ans est mise en œuvre, les paysans berrichons mitoyens des champs achetés par le fonds de gestion chinois ont de quoi commencer à se faire du soucis… D’autant que, comme le prouve cet exemple, la mondialisation financière n’a pas fini de faire des ravages en essaimant sa merde, partout dans le monde où les paysans n’arrivent plus à faire face et en rachetant leurs terres.

(source : information envoyée par un militant de la Confédération paysanne).