L’estuaire de la Loire est sous la menace de l’extension du grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire. Une ZAD s’est implantée sur le site du Carnet, tandis qu’à Donges, quasiment en face, l’occupation d’une ferme a donné naissance au Village du peuple. Les deux lancent à présent un appel commun à rejoindre l’estuaire pour le défendre.

Le Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire et la communauté d’agglomération locale cherchent à étaler de nouvelles industries de part et d’autre de la Loire. D’un côté l’île du Carnet, haut lieu d’une lutte antinucléaire victorieuse des années 80-90, réensauvagée depuis, aujourd’hui mosaïque de milieux secs et humides, destinée à être en partie remblayée mais défendue par une toute nouvelle zone à défendre depuis le 31 août : La ZAD du Carnet.

De l’autre, un bocage de 57 hectares et un lieu de vie collective et solidaire, dans une ancienne ferme où vivent des familles avec enfants, à présent menacé : défrichement en cours, expulsion prévue début octobre. Le Village du peuple (VDP), le collectif Stop Carnet et la ZAD du Carnet lancent un appel commun à rejoindre l’estuaire de la Loire.

La résistance contre le projet de zone industrielle dédiée aux écotechnologies en bord de Loire s’est implantée sur le site du Carnet, où 110 hectares de zone naturelle et 116 espèces protégées sont menacées [1]
. Le week-end de mobilisation festive organisé par le collectif Stop Carnet les 29 et 30 août a réuni près de 1 500 personnes et a permis de sensibiliser la population locale et les médias aux conséquences écologiques d’un tel projet. 

L’implantation de la ZAD au Carnet

Suite à l’appel du collectif à empêcher les travaux dès le ­lundi suivant, des militant·es venu·es de toute la France ont dressé des barricades afin de bloquer les accès aux bulldozers. Malheureusement, le début des travaux destinés aux mesures dites « compensatoires  » avait débuté en catimini la semaine précédente. Ces travaux qui devaient enlever le baccharis, une plante invasive, ont été effectués au bulldozer, dévastant tout sur leur passage (30 cm de terres arables sur plusieurs centaines de mètres carré) : le bord de la Loire commence à s’affaisser et une partie des roselières a été dévastée… 

Pour empêcher les travaux, des militant.es venu.es de toute la France ont dressé des barricades.
GABRIEL PACHECO

Mais la ZAD empêche la poursuite des travaux et la vie quotidienne s’organise sur place : des barricades ont été érigées sur les deux points d’accès à la zone, des terrains adjacents inutilisés sont squattés, des camps ont étés créés à différents lieux stratégiques de la zone. Sur ces lieux, des auto-constructions légères voient le jour pour protéger les habitant·es du froid et de la pluie : lieux de vie communs aménagés grâce à la récupération et aux dons de matériels, atelier réparation de vélos pour se déplacer sur le site, etc. 

La jeune ZAD s’affranchit des règles imposées par le capitalisme et espère fédérer afin d’instituer un rapport de force physique et matériel suffisant contre les porteurs du projet, le Grand Port maritime de Nantes – Saint-Nazaire, les acteurs politiques (Etat, Région, Département) et des acteurs économiques (Engie, Cargill, Total…).

Cependant elle n’envisage pas d’évoluer, en cas de victoire, en Zone autonome définitive, en raison de la grande fragilité de l’écosystème − l’ambition étant plutôt de protéger la zone afin de la sanctuariser. Le collectif Stop Carnet, quant à lui, soutien indispensable à la ZAD, mobilise les recours juridiques et organise des événements afin de sensibiliser, mobiliser et de réfléchir à un estuaire de la Loire plus désirable, loin de l’artificialisation et la marchandisation du milieu vivant. 

Les activistes présents sur place font face à une répression toute particulière. Bien que le nouveau préfet de la Loire-Atlantique Didier Martin ne semble pas pressé d’évacuer la zone, préférant d’abord se concentrer sur l’expulsion du Village du peuple de Donges, une surveillance constante a lieu.

En effet un hélicoptère survole quotidiennement la zone, des drones ont déjà été aperçus, des tentatives d’infiltration ont eu lieu, du matériel de surveillance de haut niveau a été repéré, et des contrôles de police quotidiens ont lieu sur les route menant à la zone.

Le Village du peuple sous menace d’expulsion

Quasiment en face du site du projet industriel du Carnet, de l’autre côté de la Loire, une zone naturelle et agricole de 57 hectares est menacée par un autre projet d’extension des activités industrielles du grand port maritime Nantes Saint-Nazaire ! La résistance aux travaux qui devraient commencer sous peu s’est matérialisée dans l’occupation d’un corps de ferme et de terres agricoles qui devaient être rasées pour l’extension du site industriel de Donges. 

En mai 2019, quelques Gilets jaunes et membres de l’ex-Maison du peuple de Saint-Nazaire se sont regroupés dans la campagne de Donges, au lieu-dit La Petite Lande, pour rénover et entretenir un ancien corps de ferme abandonné, dans le but de développer un village autonome et de préserver ce lieu et les alentours. Entre-temps, certain·es sont parti·es, d’autres sont arrivé·es, notamment depuis la fin du confinement. Elles et ils ont rejoint le collectif Sourie’ion anti-gaspi qui récupère les invendus des marchés.

Le terrain de 10 hectares comprend, outre la maison, une ancienne presse, un four à pain et un atelier attenant, un puits et une grange. Ce terrain et ses bâtiments ont été rachetés par une entreprise privée pour une future démolition et un agrandissement de la zone industrielle de Donges. Les terrains alentours, appartenant à un éleveur de chevaux, seraient également impactés (45 hectares).

L’occupation de ce lieu a donc aussi pour but de préserver cet environnement. Une personne sur place témoigne : « Nous avons pour projet le développement d’un village autonome avec cultures de légumes, fruits, en favorisant les projets créatifs, alternatifs, d’énergie verte, d’écoconstruction et de chantiers partici-patifs ».

Suite à la décision du tribunal d’expulser le village du peuple début octobre, celui-ci lance un appel à soutien. Un week-end festif s’y tiendra pour l’occasion les 3 et 4 octobre.

Des militant·es de la ZAD, avec la commission Ecologie de l’UCL


Article publié le 12 Oct 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org