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Gourbi VIII au cœur de la Plaine

Le 20 octobre, quelques habitants de la zad de Notre-Dame-des-Landes participaient à la grande manifestation contre le réaménagement de la Plaine. Une fois arrivé place Jean Jaurès ils offrirent aux marseillais une cabane : Gourbi VIII, que nous édifiâmes tous ensemble. Histoire d’une construction.

L’usage du nom propre n’a jamais été très répandu chez les occupants de la zad. Même si tout le monde ne s’y appelle pas Camille, on rechigne à employer le patronyme au moyen duquel la République française nous identifie. On lui préfère un prénom ou un surnom assorti si besoin du lieu de vie ou de l’activité caractéristique de la personne. Au point que certains amis, malgré plusieurs années de vie commune, persistent à ignorer leurs noms de naissance respectifs. À l’inverse, il est des noms de famille que personne n’ignore : Thébaut, Fresneau, Durand… La distinction sur ce point reste si flagrante qu’elle pourrait même servir de critère pour distinguer les habitants historiques des nouveaux occupants. Et puis il y a, c’est le miracle de ce territoire, une somme de ponts inattendus et amusants entre ces deux cultures de l’identité. Comme quand après avoir bricolé une cabane sur les ruines d’une maison détruite en 2012, les bâtisseurs lui donnèrent le nom des anciens habitants des lieux : les Gourbil. Un nom qui allait, au fil des années de lutte, devenir commun tout en perdant son « l » final. Le baptême fut en tout cas fort à propos puisque cette cabane, la seule de la zone à se voir affublée d’un nom de famille, allait devenir la première d’une véritable lignée de bâtiments. Gourbi c’est une petite dynastie, il y a le Gourbi deux, le gourbi cinq, le sept…la série s’arrêtant à l’heure actuelle au huitième rejeton. Leur épopée frôle cependant la tragédie car jusqu’alors, aucun ne semble avoir survécu. Sans doute un jour des généalogistes retraceront-ils la longue histoire de chacune de ces maisons ; chaque chapitre aura des airs de South Park dans lequel notre héros finit inexorablement démonté, détruit, incendié ou encore écrasé par un tank… Pourtant c’est quasiment sans surprise qu’à l’épisode suivant on le retrouve, ressuscité, sous une nouvelle forme. Nous nous limiterons aujourd’hui, pour faire court, à l’ultime et huitième apparition. Sa destinée, peut-être encore plus que les autres Gourbi, est surprenante et inattendue. Le bois de sa charpente, coupé dans la forêt de Rohanne, fut intégralement scié au hangar de Bellevue, ses poteaux arqués vers l’intérieur furent pensés pour faciliter son déplacement, une fois assemblé, sur les routes enroncées de la zad. Toute son architecture semblait se confondre avec le bocage. Celui-ci l’appelait à corps perdu. Mais son destin allait être tout autre.

À mille kilomètres de là, de l’autre côté de l’hexagone, quelques aménageurs ourdissaient un plan de défiguration de la plus grande place du centre-ville marseillais : la Plaine. Rien ne ressemble moins à une plaine que cette place, mais l’usage populaire n’a cure des erreurs de traduction1, et quand on dit « la Plaine » désormais, cela permet de se distinguer avantageusement des bétonneurs et de la municipalité, pour qui il n’y a qu’une « place Jean Jaurès ». C’est une véritable punition pour ce pauvre Jaurès que nos chères édiles aiment à convoquer lorsqu’ils entendent nettoyer de son passé un espace par trop combatif. La faculté du Mirail à Toulouse, dont la tendance aux grèves systématiques était devenue légendaire, a ainsi connu le même sort.

La bataille des noms, qui est aussi celle de l’imaginaire, est un des rares terrains sur lequel nous arrivons à faire perdre pied à l’adversaire. Il faut dire que d’imagination, la Soléam2 n’en a guère. Il suffit de regarder la plaquette présentant son projet : « Place Jean Jaurès, une place à vivre ». Qu’est-ce donc qu’une place à vivre ? Le même type d’esplanade qu’on trouve dans toutes les métropoles de France, identique de par sa structure, ses matériaux et son économie. Les habitants n’ont pas eu trop à forcer pour tordre les arguments en bois des bureaucrates. Ceux qui voudraient approfondir le sujet consulteront pour leur édification différents textes disponibles ici.

Par leur résistance, les usagers de la Plaine s’en sont au passage réapproprié l’histoire, qui jamais ne fut aussi vivante et partagée. On disserte désormais publiquement des communards qui s’y rassemblèrent au XIXe siècle, du carnaval sauvage qui chaque année y commence et s’y termine, mais aussi des combats contre la pose de barrières, et de celui plus récent contre l’installation de caméras de vidéo-surveillance.


Mais l’usage chez les aménageurs reste, en dernier recours, de se foutre de l’histoire comme des arguments. Au début du mois d’octobre, les bûcherons de la Soléam viennent donc sans vergogne mettre plusieurs arbres à terre, dont des tilleuls d’un demi-siècle que le projet prétendait sauvegarder, et qui prodiguaient à la place une fraîcheur salutaire durant les chaudes journées estivales. L’indifférence face aux milliers d’hectares de coupes à blanc réalisées chaque année par l’industrie forestière laisse parfois place à une froide colère devant quelques spécimens menacés. Ce revirement paraît bien difficile à prévoir, et il arrive qu’il surprenne les promoteurs trop confiants. Les platanes du canal du midi, le parc mistral à Grenoble, le Gezi Parki de la place Taksim à Istanbul ou encore plus récemment les oliviers du Salento dans le sud-est italien, ont-ils ainsi été les catalyseurs d’un combat plus large. Des années de lente pousse, cerne après cerne, annihilées en quelques secondes par des mains irresponsables, c’est une allégorie de l’aménagement et du respect qu’il porte à ce qui lui préexiste. Comme leurs homologues grenoblois, salentins ou stanbouliotes, les habitants de la Plaine se sont donc perchés dans les branches menacées. L’émotion provoquée par l’abattage a ensuite tant enhardi leurs corps qu’ils ont trouvé le courage de les mettre en travers des velléités des flics et des ouvriers.

Après ce premier coup d’éclat, le chantier allait se poursuivre d’une manière très chaotique : quelques travaux mineurs, un jour sans que rien ne se passe, puis la pause de quelques frêles barrières rapidement dispersées aux quatre coins du quartier par les habitants. Tout cela ne faisait pas très sérieux. À tel point qu’au bout de quelques jours, la fébrilité gagna les chefs de chantier : ils demandèrent aux ouvriers de retourner leurs vestes pour en masquer le logo. Cela ne sauva pas les pneus de leurs camions, mais déclencha en revanche parmi les opposants un vaste débat étymologique pour déterminer le rapport de ce geste avec l’expression bien connue.

Le 20 octobre, date de la grande manifestation des opposants, la Plaine, débarrassée par la Soléam de ses voitures et ceinte de plots en béton, demeurait tout à fait habitable, plus agréable qu’avant même, oseront certains. Une jolie surprise attendait les milliers de personnes s’y entassant après le joyeux cortège de l’après-midi. S’extrayant à grand-peine d’une cave du quartier à deux rues de là, douze demi-fermes, des chevrons, des solives, passés de main en main par les manifestants, sont portés jusqu’au rassemblement. C’est l’essentiel de Gourbi VIII qui, après un voyage de 15 heures dans une frêle remorque de la zad, et une nuit à patienter dans la cave humide, s’épanouit enfin sous le chaud soleil provençal. La chaîne humaine s’organise naturellement, elle rappelle, toutes proportions gardées, celle qui vint porter les cabanes de la Châtaigne le 17 novembre 2012 dans la forêt de Rohanne. L’automne 2012, c’est justement la date à partir de laquelle la zad se mit à accueillir sur son sol humide des constructions provenant de diverses régions : de l’Aveyron, du Limousin, de Montreuil ou encore récemment de Bressuire… Gourbi VIII pourrait être un des premiers retours de solidarité bien naturel, étant donné celle dont la zad a pu bénéficier. Comme une promesse tenue aussi, quant au fait que Notre-Dame ne serait jamais un territoire endormi et pacifié, mais continuerait à porter le fer partout où la situation l’exige.

Les morceaux de fermes sont en train d’être emboîtés désormais, soutenus par la chorale du quartier. On chante beaucoup dans les manifestations marseillaises : des airs anachroniques de carnaval, des créations en occitan qui remplacent avantageusement les slogans beuglés depuis le camion syndical. Les assemblages prennent place à côté des bancs, des tables et des estrades de la place. Un vieux monsieur explique : « Elle est très belle cette histoire des huit Gourbi, car nous aussi, le mobilier de cette place, ils l’ont détruit une fois, deux fois, cinq fois, et on l’a toujours refait avec la même persévérance. » Le soir tombe à mesure que les six fermes sont levées, tout le quartier et ses usagers sont là, qui pour apporter une visseuse, qui un spot halogène, qui une boîte de clous. La générosité le dispute à la gratitude envers cette cabane tombée du ciel. L’effet est fort, le symbole dépasse largement les quelques morceaux de bois, certains ont les larmes aux yeux. Construire une cabane serait-il devenu le geste symbolique d’une époque ?

Alors que les derniers morceaux sont vissés, quelques feux d’artifice surprennent la foule et des fumigènes sont glissés dans les poteaux des caméras de la place, détruisant le câblage permettant la transmission des images. La fête, peu à peu, se concentre sous la charpente, et tandis que la police observe à distance, le caviste de la rue d’à côté arrive les bras chargés de caisses de vin naturel. Dans l’euphorie générale et les solos du trompettiste de la fanfare, les corps collés les uns aux autres donnent sa matière à la maison, se substituent aux toits, murs et fenêtres qui ne seront placés que le lendemain.


Cinquante-six heures après cette nuit d’ivresse, la police viendra finalement régler son compte, au milieu de la nuit, à la présomptueuse charpente. Coups de tronçonneuse et évacuation musclée de ceux qui dormaient suspendus dans les hamacs, ce « cadeau des zadistes » n’était pas le type de symbole qu’une préfecture peut laisser parader trop longtemps. Les morceaux de Gourbi VIII ont rejoint ceux des tables, des bancs et des estrades, eux aussi mis sauvagement en pièces. La charpente est redevenue tas d’allumettes, comme ses aïeux. Puis le calme règne sur la place jusqu’à lundi dernier (29 octobre). Les aménageurs ont eu le temps de peaufiner leur plan et déploient en quelques jours un énorme mur de béton haut de 2,50 mètres encerclant toute la place. Quelle sera la réaction des plainards ?

Article initialement paru sur https://zadibao.net/

Source: http://mars-infos.org/gourbi-viii-au-coeur-de-la-plaine-3483 -

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Gourbi VIII au cœur de la Plaine

Le 20 octobre, quelques habitants de la zad de Notre-Dame-des-Landes participaient à la grande manifestation contre le réaménagement de la Plaine. Une fois arrivé place Jean Jaurès ils offrirent aux marseillais une cabane : Gourbi VIII, que nous édifiâmes tous ensemble. Histoire d’une construction.

L’usage du nom propre n’a jamais été très répandu chez les occupants de la zad. Même si tout le monde ne s’y appelle pas Camille, on rechigne à employer le patronyme au moyen duquel la République française nous identifie. On lui préfère un prénom ou un surnom assorti si besoin du lieu de vie ou de l’activité caractéristique de la personne. Au point que certains amis, malgré plusieurs années de vie commune, persistent à ignorer leurs noms de naissance respectifs. À l’inverse, il est des noms de famille que personne n’ignore : Thébaut, Fresneau, Durand… La distinction sur ce point reste si flagrante qu’elle pourrait même servir de critère pour distinguer les habitants historiques des nouveaux occupants. Et puis il y a, c’est le miracle de ce territoire, une somme de ponts inattendus et amusants entre ces deux cultures de l’identité. Comme quand après avoir bricolé une cabane sur les ruines d’une maison détruite en 2012, les bâtisseurs lui donnèrent le nom des anciens habitants des lieux : les Gourbil. Un nom qui allait, au fil des années de lutte, devenir commun tout en perdant son « l » final. Le baptême fut en tout cas fort à propos puisque cette cabane, la seule de la zone à se voir affublée d’un nom de famille, allait devenir la première d’une véritable lignée de bâtiments. Gourbi c’est une petite dynastie, il y a le Gourbi deux, le gourbi cinq, le sept…la série s’arrêtant à l’heure actuelle au huitième rejeton. Leur épopée frôle cependant la tragédie car jusqu’alors, aucun ne semble avoir survécu. Sans doute un jour des généalogistes retraceront-ils la longue histoire de chacune de ces maisons ; chaque chapitre aura des airs de South Park dans lequel notre héros finit inexorablement démonté, détruit, incendié ou encore écrasé par un tank… Pourtant c’est quasiment sans surprise qu’à l’épisode suivant on le retrouve, ressuscité, sous une nouvelle forme. Nous nous limiterons aujourd’hui, pour faire court, à l’ultime et huitième apparition. Sa destinée, peut-être encore plus que les autres Gourbi, est surprenante et inattendue. Le bois de sa charpente, coupé dans la forêt de Rohanne, fut intégralement scié au hangar de Bellevue, ses poteaux arqués vers l’intérieur furent pensés pour faciliter son déplacement, une fois assemblé, sur les routes enroncées de la zad. Toute son architecture semblait se confondre avec le bocage. Celui-ci l’appelait à corps perdu. Mais son destin allait être tout autre.

À mille kilomètres de là, de l’autre côté de l’hexagone, quelques aménageurs ourdissaient un plan de défiguration de la plus grande place du centre-ville marseillais : la Plaine. Rien ne ressemble moins à une plaine que cette place, mais l’usage populaire n’a cure des erreurs de traduction1, et quand on dit « la Plaine » désormais, cela permet de se distinguer avantageusement des bétonneurs et de la municipalité, pour qui il n’y a qu’une « place Jean Jaurès ». C’est une véritable punition pour ce pauvre Jaurès que nos chères édiles aiment à convoquer lorsqu’ils entendent nettoyer de son passé un espace par trop combatif. La faculté du Mirail à Toulouse, dont la tendance aux grèves systématiques était devenue légendaire, a ainsi connu le même sort.

La bataille des noms, qui est aussi celle de l’imaginaire, est un des rares terrains sur lequel nous arrivons à faire perdre pied à l’adversaire. Il faut dire que d’imagination, la Soléam2 n’en a guère. Il suffit de regarder la plaquette présentant son projet : « Place Jean Jaurès, une place à vivre ». Qu’est-ce donc qu’une place à vivre ? Le même type d’esplanade qu’on trouve dans toutes les métropoles de France, identique de par sa structure, ses matériaux et son économie. Les habitants n’ont pas eu trop à forcer pour tordre les arguments en bois des bureaucrates. Ceux qui voudraient approfondir le sujet consulteront pour leur édification différents textes disponibles ici.

Par leur résistance, les usagers de la Plaine s’en sont au passage réapproprié l’histoire, qui jamais ne fut aussi vivante et partagée. On disserte désormais publiquement des communards qui s’y rassemblèrent au XIXe siècle, du carnaval sauvage qui chaque année y commence et s’y termine, mais aussi des combats contre la pose de barrières, et de celui plus récent contre l’installation de caméras de vidéo-surveillance.


Mais l’usage chez les aménageurs reste, en dernier recours, de se foutre de l’histoire comme des arguments. Au début du mois d’octobre, les bûcherons de la Soléam viennent donc sans vergogne mettre plusieurs arbres à terre, dont des tilleuls d’un demi-siècle que le projet prétendait sauvegarder, et qui prodiguaient à la place une fraîcheur salutaire durant les chaudes journées estivales. L’indifférence face aux milliers d’hectares de coupes à blanc réalisées chaque année par l’industrie forestière laisse parfois place à une froide colère devant quelques spécimens menacés. Ce revirement paraît bien difficile à prévoir, et il arrive qu’il surprenne les promoteurs trop confiants. Les platanes du canal du midi, le parc mistral à Grenoble, le Gezi Parki de la place Taksim à Istanbul ou encore plus récemment les oliviers du Salento dans le sud-est italien, ont-ils ainsi été les catalyseurs d’un combat plus large. Des années de lente pousse, cerne après cerne, annihilées en quelques secondes par des mains irresponsables, c’est une allégorie de l’aménagement et du respect qu’il porte à ce qui lui préexiste. Comme leurs homologues grenoblois, salentins ou stanbouliotes, les habitants de la Plaine se sont donc perchés dans les branches menacées. L’émotion provoquée par l’abattage a ensuite tant enhardi leurs corps qu’ils ont trouvé le courage de les mettre en travers des velléités des flics et des ouvriers.

Après ce premier coup d’éclat, le chantier allait se poursuivre d’une manière très chaotique : quelques travaux mineurs, un jour sans que rien ne se passe, puis la pause de quelques frêles barrières rapidement dispersées aux quatre coins du quartier par les habitants. Tout cela ne faisait pas très sérieux. À tel point qu’au bout de quelques jours, la fébrilité gagna les chefs de chantier : ils demandèrent aux ouvriers de retourner leurs vestes pour en masquer le logo. Cela ne sauva pas les pneus de leurs camions, mais déclencha en revanche parmi les opposants un vaste débat étymologique pour déterminer le rapport de ce geste avec l’expression bien connue.

Le 20 octobre, date de la grande manifestation des opposants, la Plaine, débarrassée par la Soléam de ses voitures et ceinte de plots en béton, demeurait tout à fait habitable, plus agréable qu’avant même, oseront certains. Une jolie surprise attendait les milliers de personnes s’y entassant après le joyeux cortège de l’après-midi. S’extrayant à grand-peine d’une cave du quartier à deux rues de là, douze demi-fermes, des chevrons, des solives, passés de main en main par les manifestants, sont portés jusqu’au rassemblement. C’est l’essentiel de Gourbi VIII qui, après un voyage de 15 heures dans une frêle remorque de la zad, et une nuit à patienter dans la cave humide, s’épanouit enfin sous le chaud soleil provençal. La chaîne humaine s’organise naturellement, elle rappelle, toutes proportions gardées, celle qui vint porter les cabanes de la Châtaigne le 17 novembre 2012 dans la forêt de Rohanne. L’automne 2012, c’est justement la date à partir de laquelle la zad se mit à accueillir sur son sol humide des constructions provenant de diverses régions : de l’Aveyron, du Limousin, de Montreuil ou encore récemment de Bressuire… Gourbi VIII pourrait être un des premiers retours de solidarité bien naturel, étant donné celle dont la zad a pu bénéficier. Comme une promesse tenue aussi, quant au fait que Notre-Dame ne serait jamais un territoire endormi et pacifié, mais continuerait à porter le fer partout où la situation l’exige.

Les morceaux de fermes sont en train d’être emboîtés désormais, soutenus par la chorale du quartier. On chante beaucoup dans les manifestations marseillaises : des airs anachroniques de carnaval, des créations en occitan qui remplacent avantageusement les slogans beuglés depuis le camion syndical. Les assemblages prennent place à côté des bancs, des tables et des estrades de la place. Un vieux monsieur explique : « Elle est très belle cette histoire des huit Gourbi, car nous aussi, le mobilier de cette place, ils l’ont détruit une fois, deux fois, cinq fois, et on l’a toujours refait avec la même persévérance. » Le soir tombe à mesure que les six fermes sont levées, tout le quartier et ses usagers sont là, qui pour apporter une visseuse, qui un spot halogène, qui une boîte de clous. La générosité le dispute à la gratitude envers cette cabane tombée du ciel. L’effet est fort, le symbole dépasse largement les quelques morceaux de bois, certains ont les larmes aux yeux. Construire une cabane serait-il devenu le geste symbolique d’une époque ?

Alors que les derniers morceaux sont vissés, quelques feux d’artifice surprennent la foule et des fumigènes sont glissés dans les poteaux des caméras de la place, détruisant le câblage permettant la transmission des images. La fête, peu à peu, se concentre sous la charpente, et tandis que la police observe à distance, le caviste de la rue d’à côté arrive les bras chargés de caisses de vin naturel. Dans l’euphorie générale et les solos du trompettiste de la fanfare, les corps collés les uns aux autres donnent sa matière à la maison, se substituent aux toits, murs et fenêtres qui ne seront placés que le lendemain.


Cinquante-six heures après cette nuit d’ivresse, la police viendra finalement régler son compte, au milieu de la nuit, à la présomptueuse charpente. Coups de tronçonneuse et évacuation musclée de ceux qui dormaient suspendus dans les hamacs, ce « cadeau des zadistes » n’était pas le type de symbole qu’une préfecture peut laisser parader trop longtemps. Les morceaux de Gourbi VIII ont rejoint ceux des tables, des bancs et des estrades, eux aussi mis sauvagement en pièces. La charpente est redevenue tas d’allumettes, comme ses aïeux. Puis le calme règne sur la place jusqu’à lundi dernier (29 octobre). Les aménageurs ont eu le temps de peaufiner leur plan et déploient en quelques jours un énorme mur de béton haut de 2,50 mètres encerclant toute la place. Quelle sera la réaction des plainards ?

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