Avril 12, 2016
Par Indymedia Nantes
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GLISSEMENT DE TEMPS SUR TERRE (2)

2ème rapport de l’observateur Ospkd concernant les habitants de la planète Terre*

Beaucoup de choses se sont passées depuis mon précédent rapport et ma décision de rester, de partager du temps avec des autochtones de cette planète.

Des êtres avec qui j’avais noué des liens sont morts ; une centrale nucléaire – un de leurs incompréhensibles systèmes pour produire de l’énergie, énergie qu’ils utilisent la plupart du temps de façon incompréhensible – a explosé, pendant que d’autres qui fonctionnent normalement, fuient gaiement un peu partout ; de manière générale leurs rapports de domination-soumission continuent d’être leur principal mode d’organisation. Je côtoie néanmoins des personnes qui font toutes sortes d’expériences visant à être plus libre – terme qu’ils emploient pour désigner ce que nous appellerions simplement chez nous la vie….

Malgré ces nouvelles guère réjouissantes, malgré votre désapprobation bien compréhensible, comme je l’ai déjà dit, je me suis pris de tendresse et d’amitié pour ceux qui désirent et tentent autre chose que ce qui pourrait sembler être, au regard de l’histoire de leur espèce, une sorte de fatalité. Car ils savent que la fatalité n’est pas l’affaire des vivants !

En ce moment il se passe un tas de choses autour de l’activité (?) qu’ils appellent travail, cette mystérieuse notion que j’avais tenté de vous décrire. Il semble qu’au détour de péripéties législatives – des ramifications de leur organisation liées à des systèmes de pensée que ni vous ni moi ne pouvons comprendre, je vous passe les détails – nombre d’entre eux se mettent à douter de la pertinence d’inféoder leur vie à ce fameux travail et à la marchandise. Ah oui…. la marchandise…. Comment dire ?….

Pour faire simple, en plus des concepts déjà abordés de domination et d’obéissance qui caractérisent leur organisation, celle ci repose également sur le fait qu’ils transforment tout, absolument tout, y compris eux-mêmes, en marchandises. C’est-à-dire en quelque chose (?) de totalement dépossédé du moindre contenu, du moindre intérêt, de la moindre substance. Je sais, ça paraît un peu opaque. De fait, ça l’est. Et pas qu’un peu.

Actuellement, un nombre croissant d’entre eux font grève – vous savez, quand leurs journées ressemblent aux nôtres. Ils se parlent, s’occupent de choses importantes, comme remettre en question leur façon de vivre, rigolent, utilisent ce qu’ils appellent l’espace public autrement que comme des spectres qui vont d’un point à un autre. Ils habitent les endroits où ils sont, au lieu de les traverser.

Les plus jeunes notamment, bousculent joyeusement leur quotidien et celui de leurs aînés. Il faut dire, vous aurez du mal à le croire, qu’ils sont parqués une bonne partie de leur temps, plus ou moins par tranche d’âge, dans des sortes d’unités concentrationnaires. Si j’ai bien compris, c’est là que leur sont inoculées les valeurs qui permettent à leur étrange organisation sociale de se perpétuer. On comprend qu’ils veuillent tout chambouler. Ils ont souvent beaucoup de courage face aux employés armés de ceux qui veulent que rien ne change.

Car il y en a – et ceci explique cela – qui tiennent à l’autorité, à la soumission, au pouvoir, à la marchandise, à toutes sortes de choses extravagantes. Et qui n’ont rien de plus intéressant à faire de leur existence que de vouloir convaincre ou contraindre tout le monde à vivre selon ces principes abscons, que de coloniser temps et espace. Ce que globalement, sur l’ensemble de la planète, aussi incongru que cela paraisse, ils semblent parvenir à faire.

Je vous entends d’ici ricaner : ”Quel intérêt peut-il bien trouver à demeurer dans un milieu aussi hostile ?” C’est que je me suis pris de passion pour cette étrange forme de vie. La dualité qui l’habite, ce mélange insolite d’une tendance à se pourrir l’existence et d’une impressionnante vitalité, est particulièrement touchante. Le glissement d’un temps objectif imposé à du temps subjectif que ces êtres sont en train de réaliser est extrêmement émouvant. Rien n’est figé, tout est possible ; vous le savez bien. La vie pourrait bien prendre le dessus, faire voler en éclats toutes les absurdités que j’ai observées jusqu’à maintenant et réserver de belles surprises !

Voilà ce qui est en jeu ici, sur cette minuscule poussière, dans ce repli de l’univers. Je vous tiens au courant de l’évolution de la situation.

Terre, avril 2016

* Ce rapport, on ne sait trop comment, a atterri, comme le précédent, chez l’un de nos membres.

Ce dernier est consultable dans nos archives.

Le Gang Déprimeur (http://legangdeprimeur.blogspot.com)




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