Gisèle Halimi s’est éteinte le 28 juillet dernier à l’âge de 93 ans. Son nom restera toujours lié à deux grands combats au service desquels elle avait mis son métier d’avocate : la lutte pour le droit à l’avortement et celle pour la criminalisation du viol.

En 1960, déjà engagée contre l’arbitraire de la justice militaire et coloniale et la défense des militants de l’indépendance algérienne, Gisèle Halimi défend, en pleine guerre d’Algérie, Djamila Boupacha, militante du FLN violée et torturée en détention par des soldats français. Halimi est signataire en 1971 du «  Manifeste des 343  », réunissant des femmes déclarant publiquement avoir avorté et réclame le libre accès aux moyens contraceptifs et l’avortement libre. Elle est la seule avocate signataire de la tribune. La même année, elle initie avec Simone de Beauvoir Choisir la cause des femmes, un mouvement de lutte pour la dépénalisation de l’avortement.

L’un de ses procès les plus médiatiques, le procès de Bobigny en 1972, fait figure de date majeure dans l’avancée de la lutte pour le droit à l’avortement. Elle y défend Marie-Claire, une jeune fille de 17 ans ayant avorté illégalement à la suite d’un viol, face à un tribunal entièrement composé d’hommes. Sa plaidoirie met en lumière la justice de classe qui touche particulièrement les femmes des milieux populaires  : «  Et si je ne parle aujourd’hui, Messieurs, que de l’avortement et de la condition faite à la femme par une loi répressive, une loi d’un autre âge, c’est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi est la pierre de touche de l’oppression qui frappe les femmes. C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans-argent et des sans-relations qui est frappée.  »

Marie-Claire est acquittée, alors que sa mère et l’avorteuse sont condamnées à des peines symboliques. Le procès ainsi que les nombreuses mobilisations féministes mettent en lumière l’iniquité et l’inutilité de l’interdiction de l’avortement, et conduisent à sa légalisation en 1975 avec la loi Veil.

Avocate de la criminalisation du viol

Halimi s’investit également dans la criminalisation du viol, en particulier lors du procès d’Aix-en-Provence en 1978, dans la défense d’Anne Tonglet et Aracelli Castellono, deux jeunes femmes violées par trois hommes. Son retentissement contribue à l’adoption en 1980 d’une véritable définition du viol qui passe de délit à crime et est puni de 15 ans de réclusion criminelle.
Elle s’engage en politique dans la première moitié des années 1980 au côté du PS, quand les premières années de la présidence de Mitterrand pouvaient encore faire illusion, afin d’y porter ses engagements féministes. Elle ne tarde pas à s’en éloigner en se rendant compte que ses espoirs n’aboutissent pas, refusant les compromissions et les injonctions sexistes à la discipline de parti. Elle y aura fait malgré tout fait avancer la dépénalisation des relations homosexuelles pour les mineur·es et la fin de la distinction discriminatoire en matière de majorité sexuelle pour les homosexuel·les.

À l’heure où des Darmanin et des Dupond-Moretti viennent d’être nommés au gouvernement, ses combats restent plus que jamais à rappeler.

Lucie (UCL Amiens), Marek (UCL Bordeaux)


Article publié le 28 Sep 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org