Nous sommes heureux d’annoncer la publication du 5e volume de lundimatinpapier [1].

Sans surprise, c’est un numéro thématique qui revient sur les quatre premiers mois du mouvement des gilets jaunes. Nous avons sélectionné et condensé en 224 pages la trentaine d’articles qui nous semblaient le plus à même de restituer et de comprendre ce soulèvement inédit. Beaucoup de textes d’analyses donc, mais aussi des témoignages, des entretiens, des photographies et de la poésie.

Comme toujours, les plumes connues se mélangent à autant de pseudonymes ou d’anonymes, et les angles d’appréhension du sujet sont aussi divers que possibles : des appels au soulèvement, des gloses sur Hanouka, le détournement d’une chanson célèbre de Sabine Paturel, un hommage à Christophe Dettinger, une critique brutale de la violence médiatique, une discussion sur la guerre et la langue avec Eric Vuillard, etc.

lundimatinpapier #4 – novembre 2018 / mars 2019

224 pages

16€

ISBN : 978-2-34804197-6

Diffusion/Distribution : Éditions La Découverte / Interforum




Ce nouveau lundimatinpapier sera dans toutes les (bonnes) librairies à partir du 4 avril. Si vous ne le trouvez pas chez votre librairie, incitez-le à se le procurer !

Si vous voulez savoir quelle librairie indépendante en a en stock près de chez vous, consultez le site Place des libraires.


Préentation

Le 9 mai 2017, quelques minutes avant l’annonce officielle de l’élection d’Emmanuel Macron, nous diffusions sur notre site ainsi que sur les réseaux sociaux, une vidéo sarcastique de félicitations à l’adresse du nouveau président. Notre chroniqueuse pondérait cependant ses encouragements de quelques mises en garde :

« Mais j’ai peur que quelque chose t’empêche de gouverner. Que nous ne soyons pas la France insoumise mais la France ingouvernable, fût-ce par ordonnances et sous état d’urgence. J’ai peur que ton programme soit trop clairement ennemi pour un trop grand nombre de gens. J’espère que tu vas réussir à mettre de l’économie partout où il y a encore un peu de vie. Que sous couvert d’économie du partage, chacun puisse s’auto-exploiter un maximum !

Méfie-toi des gens Emmanuel !

J’ai peur que partout où tu économises, ils veuillent communiser.

Que partout où tu mets en concurrence, ils veuillent mettre en commun.

Que partout où tu dépossèdes, ils essaient de se rendre autonomes.

Tu vas avoir une guerre psychologique à mener Emmanuel, dès aujourd’hui. »

En creux, quoique assez explicitement, nous lancions le pari que M. Macron ne parviendrait pas à gouverner plus de deux ans. Cette nouvelle tête de gondole censée dépasser les vieux clivages pour mieux manager le pays nous semblait bien au contraire synthétiser toutes les contradictions de l’époque. Sans fard et sans équivoque, M. Macron se proposait d’incarner la gouvernementalité pure et nue ; qui le promettait à la détestation de tous.

Il n’aura finalement pas fallu deux ans pour que celui dont une classe médiatique unanime célébrait la fraîcheur et le dynamisme, apparaisse sur tous les écrans éreinté et défait. Mais le pouvoir rend fou, aussi il s’y accroche comme un dément.




L’un des plus grands mérites de ce que les éditorialistes ont nommé la « crise » des gilets jaunes aura été d’exhiber aux yeux de tous cette vérité fondamentale : tout gouvernement est, dans son essence même, manœuvre, et manœuvre sans objet puisque ne visant qu’à se maintenir.. Depuis le 17 novembre 2018, la configuration des hostilités est limpide. Le cœur même de ceux que l’on imaginait composer la population gouvernable à merci, ne veut plus l’être. Les cibles choisies par les gilets jaunes sont aussi claires qu’évidentes : ronds-points, centres commerciaux, axes secondaires, péages, centres-villes. C’est la trame comme le décor de la normalité et de la vie quotidienne qui se sont vus occupés, bloqués, sabotés.

Ce que le pouvoir ne pardonne pas et ne pardonnera jamais, ce ne sont pas les insultes, les dégradations ou les émeutes mais ce sursaut de dignité de masse qui refuse désormais de jouer le jeu. C’est parce que les vérités formulées et portées sur les ronds-points étaient intraitables qu’il a tant fallu mentir, mutiler, brutaliser.

Cependant, les gilets jaunes n’ont pas seulement rompu avec l’anesthésie organisée des 40 dernières années, c’est aussi toute « la gauche » qui s’est retrouvée abandonnée sur le bas-côté et ramenée à sa plus stricte impuissance. Comme ils ont bavardé ceux qui n’avaient rien à dire puisqu’ils ne voulaient surtout pas comprendre !

Depuis le 17 novembre, plus de 150 articles ont été publiés sur le site de lundimatin : tours de France des manifestations, analyses politiques, juridiques ou philosophiques, récits d’assemblées ou reportages au cœur d’émeutes, poèmes, bandes dessinées, vidéos et chansons. Chacun à leur manière et depuis leur point d’énonciation singulier, ils révèlent notre propre stupéfaction face aux évènements. Il s’agissait, au fil de ce mouvement, de faire preuve d’humilité autant que de curiosité, d’y contribuer sans pour autant tout écraser de certitudes hors-sol. Pour cette édition papier, nous avons sélectionné 25 textes, le contenu est dense et à première vue disparate : une étude sociologique au milieu des Champs-Elysées côtoie le détournement d’une chanson populaire en ode au pillage, une discussion littéraire à propos d’un soulèvement de paysans du Moyen-âge suit un hommage au boxer Christophe Dettinger. À travers cette apparente hétérogénéité, ce volume condense et concentre ce que nous avons vu et compris au long de ces quatre premiers mois.




Au moment où nous écrivons ces lignes, le mouvement semble enfin rassurer ses commentateurs en concédant un certain « essoufflement », toutes les métamorphoses restent pourtant possibles. Rappelons-nous que tout a commencé sur de simples ronds-points.



[1] Oui, il y avait un numéro 0 mais il est épuisé.