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Si, comme on l’entend souvent dire, avoir été maire d’une grande ville est un atout important pour postuler à un destin national en ce que cet exercice confère à l’impétrant à la magistrature suprême une expérience importante qui lui servira de boussole et de modèle, alors il n’est pas inutile de faire un tour dans la gestion municipale des nouveaux élus Vert de quelques cités d’importance pour avoir une idée de la sauce à laquelle nous allons être mangés si, par inadvertance, l’une ou l’un d’entre eux était élu au sommet de l’État.




Dans un document intitulé « Nos villes en vert, nos villes ensemble » datant de février 2020 EELV traçait les grandes lignes d’une gestion écolo des communes conquises : impulser la transition écologique par le bas (les Communes, selon eux, seraient responsables de la moitié des émissions de gaz à effet de serre [1] et « Réaménager nos territoires pour sauver le climat et vivre mieux maintenant  ». Rendre les villes accueillantes avec de nouveaux espaces verts, végétalisation des toits, et valorisation des déchets traçaient les lignes un peu concrètes de la gestion à venir. A ses yeux même c’était un peu court et surtout cela ne pouvait avoir d’effet qu’à moyen et long terme, un arbre ne poussant pas en un jour et les toits plats n’étant pas la caractéristique de villes comme Bordeaux, Poitiers ou Strasbourg…. Il ne restait plus alors à nos édiles qu’à marquer les esprits par des mesures dérisoires mais symbolique dès les premiers jours de la mandature : pas d’arbre de noël à Bordeaux, baisse du tiers de son indemnité par Léonore Moncond’huy à Poitiers. A Tours, un jardin public est rebaptisé « Fritz », en hommage à l’éléphant d’un cirque pris de panique et abattu dans les rues de la ville au siècle dernier. Un tour de France jugé machiste et polluant par Doucet le maire de Lyon (mais finalement bien accueilli). En somme, faire le buzz en créant des polémiques d’un très bas niveau et surtout ne touchant pas l’essentiel, la question sociale et la gentrification des villes.

Parlons du « social ».

Les Verts sont de gauche c’est bien connu. Autrement dit le « social », même s’il a tendance à se cacher à l’ombre du CO2 et d’une piste cyclable, est quand même parfois évoqué. Mais le plus souvent en revendiquant de manière très peu précise un « plus d’égalité ».

Alors comment s’entraînent nos néo-élu-es pour faire mieux qu’un vulgaire social-démocrate productiviste ?

A Grenoble le « radical » Eric Piolle est un adepte du « contrat horaire » pour tout le personnel non statutaire qui travaille dans les écoles. Cela signifie que les emplois du temps sont fonction des besoins décidés par la mairie. Impossible de savoir combien d’heures seront travaillés et à quel moment ni, en conséquence, quel sera le salaire. Une sorte d’« uberisation » du travail social que Piolle, par ailleurs, dénonce lorsqu’il s’agit de livrer des pizzas.




A Poitiers le socialiste Alain Claeys s’était employé, lors de la mandature précédente, à « rationaliser » la gestion des employé municipaux en prenant des mesures allant dans le sens d’une dégradation des conditions de travail. Des naïfs auraient pu penser que quelques-unes de ces mesures auraient été supprimées, pour permettre le déblocage de titularisations, des embauches et le paiement d’heures supplémentaire destinées à améliorer les services municipaux. Il n’en a, bien sûr, rien été. Au contraire, la nouvelle maire EELV, Léonore Moncond’huy s’est mise dans la tête de réorganiser une nouvelle fois les services de la ville pour « prendre en compte des orientations politiques nouvelles » en lien avec les « nouveaux enjeux de société ». Pour l’instant ce qui se cache derrière cette langue de bois ce sont des mutations internes, des changements de poste, et des décisions autoritaires prises sans discussion avec les intéressés. La situation est plutôt tendue entre les salariés et la nouvelle municipalité « de gauche ».

De toutes les façons la nouvelle maire a été dès la présentation de son premier budget, claire : « C’est le budget de l’équipe précédente, à part quelques modifications… ». Cette volonté de ne marquer aucune rupture avec la gouvernance précédente est aussi la caractéristique des nouvelles équipes à Strasbourg et à Besançon.

Une rupture qui est celle du langage

Les mesures emblématiques prises portent essentiellement sur des sujets sociétaux ou sur l’écologie, pas grand-chose sur l’égalité sociale : actions de végétalisation du centre-ville (un peu partout), lutte contre la chaleur dans les écoles et les gymnases (Besançon) et surtout de la rupture dans l’intitulé des délégations : « circuits courts », « condition animale » ; « ville résiliente et inclusive », « égalité des genres » ou « tranquillité publique » à la place de « sécurité ». Qu’en termes charmants ces choses-là sont dites. Bref en plein dans l’euphémisme et la novlangue. Pour s’illusionner sur un changement on change les mots. C’est d’ailleurs une caractéristiques malheureusement souvent présente dans les « nouveaux mouvements » de penser que changer de signe, de mots, suffisent à changer le fond, le rapport social.

Sous l’obsession vélocipédique…

Piolle met en place en 2017 les autoroutes à vélo quadrillant la ville aux quatre points cardinaux. Le concept est repris par Anne Hidalgo qui aménage pendant le confinement des pistes cyclables à Paris, puis par Jeanne Berseghian (EELV) à Strasbourg et par Emmanuel Denis à Tours. Parallèlement des mesures étaient prises dans ces villes pour limiter la circulation des voitures dans les centres-villes.




Certes la pollution s’est réduite dans les zones à circulation restreinte, mais elle a été constaté pour le moins stable dans les zones périphériques où le trafic, lui, s’est considérablement densifié, comme à Grenoble. Résultat, une gestion verte qui ne fait que confirmer les grandes tendances des politiques urbaines : continuer à chasser les pauvres du centre-ville et rendre la vie plus cool et respirable à ceux qui peuvent se payer un centre historique attractif et végétalisé. Mais, rassurez-vous, ce qui inquiète le plus nos Verts ce n’est pas tant la gentrification des centres que les mesures antipollution conforte, mais la grogne des petits commerçants que les restrictions de circulation irrite. Et comme on ne gère pas une ville en rognant le pouvoir de la « boutique » des mesures de compensation ont été prises qui ont nom « revitalisation des centres-villes ». A Poitiers, parmi les aides… aux entreprises ( !) figure l’exonération des droits de terrasses et création d’une plateforme numérique qui recense tous les commerces, histoire de renforcer encore la prégnance de ces commerçants de centre-ville touristique et bobo qui, bien sûr, appuient les mesures anti-mendicité et sécuritaire.

A ce propos, dans une profession de foi publiée en mars dernier des candidats écolos affirmaient vouloir rejeter la « militarisation des polices municipale »… tout en disant ne pas vouloir la désarmer « du jour au lendemain » en misant sur une approche préventive de la sécurité (à noter quand même que, malgré l’extrême prudence du texte, parmi les têtes de gondole élues, seul Grégory Doucet, le futur maire de Lyon avait signé ce texte. Pas trace de celles et ceux de Strasbourg, Bordeaux, Poitiers ou Grenoble).


… Une politique de classe

Le cas d’Eric Piolle est intéressant en ce qu’il s’agit d’une seconde mandature. Il est donc possible d’entrevoir qui a pensé quoi de ces 6 années de pouvoir municipal. Moins bien élu qu’en 2014 [2] , on s’aperçoit qu’en 2020 ses meilleurs scores l’ont été dans les quartiers les plus favorisés, ses scores les plus bas dans les quartiers populaires où l’abstention de près de 80 % était plus forte qu’auparavant ! On lit clairement dans ces résultats un abandon du vote populaire vis-à-vis d’une politique qui privilégie les actifs au capital financier et culturel élevé.

Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’on connait les domaines d’activité des nouveaux maires : Piolle (Grenoble) est ingénieur génie industriel chez Hewlett-Packard ** ; Doucet (Lyon), cadre de Handicap international, Hurmic (Bordeaux), avocat ; Barseghian (Strasbourg) : éco-conseillère, spécialiste du droit de l’environnement ; Anne Vignot (Besançon), ingénieur de recherche ; Emmanuel Denis (Tours), ingénieur en génie industriel ; Léonore Moncond’huy (Poitiers), diplômée en action publique et en coopération internationale à Science Po Paris, est chef de projets éducatifs pour l’association Cayambe (société de conseil stratégique, d’ingénierie-conseil et d’appui opérationnel, le groupe Cayambe développe son activité auprès d’entreprises, de gouvernements et d’organisations internationales. Secteurs d’intervention : les mines, l’oil & gas, les énergies… et le développement humain). Bref de ces nouvelles professions dont le Capital raffole, des ingénieurs colorés d’humanitaires… pouvant ratisser d’ex-contestataires tout en étant énergie nucléaire compatibles.


Nous aurons l’occasion, dans les prochains numéros de CA de revenir sur le « miracle » qui est en train de s’opérer sous nos yeux transformant un nucléaire sale et dangereux en une énergie propre et inoffensive, avec la bénédiction de nos révérends pères et maires écolos.

JPD




Source: Oclibertaire.lautre.net