Il y a livre et Livre, certains font l’effet d’une claque salutaire, on en sort bouleversé, remué de pied en cap, dégoûté , Pédophilie de Gérard Ponthieu est de cette trempe. Je suis resté muet, incrédule devant les preuves à charge, quelques grands noms, certains admirés, qui sous couvert de provocations, de prétendus consentements, d’air du temps, de slogans dévoyés comme « un Jouissons sans entrave » à l’usage des pervers, se révélèrent au mieux complices au pis acteurs de ce massacre des innocents que fut, dans les années soixante-dix et quatre-vingts la pédophilie définie comme l’un des beaux-arts, et entachèrent par leurs dits et écrits une libération, le plus souvent irréprochable, des pensées et des mœurs.

S’ouvrant sur la très récente affaire Matzneff, écrivain primé, pédophile notoire, revendiqué, protégé par ses éditeurs, les médias, l’intelligentsia au nom du beau style et de la liberté d’expression, jusqu’à l’inévitable et très tardif lâchage suite au livre de Vanessa Springora Consentement , Gérard Ponthier, qui dirigea, dans ces années-là, la revue Sexpol, sexualité-politique, qui entendait porter un regard neuf sur l’histoire humaine en particulier à partir des travaux de Reich, montre avec une grande honnêteté, la complaisance d’un certain nombre d’intellectuels à tolérer l’intolérable.

Contextualisant sans excuser, le livre s’avère un réquisitoire redoutablement efficace. Ne s’appuyant jamais sur de simples allégations, il cite ses sources, lesquelles sont précises et vérifiables, écrits, entretiens des Matzneff, Duvert : « Je n’ai jamais fait l’amour à un enfant de moins de six ans », Cohn-Bendit, Finkielkraut, et tout aussi accablantes les paroles d’une Françoise Dolto renvoyant la responsabilité des actes pédophiles aux enfants eux-mêmes : « Les enfants ont des désirs pour les adultes, ils piègent les adultes à cause de ça » ; les articles pro-pédophilie du journal Libération…

Au moment où des libertaires révolutionnaient des pratiques pédagogiques d’un autre temps, il y eut aussi quelques ogres, chantres d’une sexualité tellement libérée qu’elle pouvait se libérer de toute éthique et faire fi des paroles de Camus, que Gérard Ponthier nous rappelle : « Un homme ça s’empêche. Voilà ce qu’est un homme, ou sinon… »

Il était temps de remettre les pendules à l’heure.

Thierry Guilabert

Pédophilie, de la chute de Matzneff à une lecture sexo-politique de l’après 68. Gerard Ponthieu. Éditions Libertaires – 14 euros
En vente à la librairie Publico.


Article publié le 25 Mai 2020 sur Monde-libertaire.fr