Avril 25, 2016
Par Renversé (Suisse Romande)
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Tout en bas de la hiérarchie sociale, il y a les personnes en exil. C’est à elles que l’on réserve le pire de cette société, les plus misérables conditions, les plus méprisables humiliations. Lorsque les fonctionnaires se retournent contre le funeste budget 2016, que les maçon.ne.s se mettent en grève, que les migrant.e.s. se révoltent contre leurs conditions de vie, est-il si difficile de voir que les causes sont les mêmes ?

Les personnes en exil sont désigné.e.s comme responsables de la majorité des maux auxquels la société est confrontée : pénurie de logements, criminalité, chômage… Les discours racistes et xénophobes entretenus par les médias et les gouvernants, inscrits dans la loi et mis en pratique par les institutions ne nous font pas oublier qui sont nos ennemis, ni qui crée et profite de la précarité des autres. En cette période qu’ils nomment crise, les plus fortunés continuent de s’enrichir, les entreprises de construction dégagent près de 20 milliards de chiffre d’affaire par an, et les plus grands patrons gagnent 135 fois plus que leurs employé.e.s les moins payé.e.s. Dans le même temps, les travailleur.euse.s doivent se battre contre la détérioration de leurs conditions de travail. La violence d’État que subissent les personnes les plus démunies est symptomatique d’une violence plus générale qui s’étend, contre laquelle nous devons répondre par la solidarité.

À Genève, plus de 600 personnes en exil sont enterrées six pieds sous terre dans des bunkers, où il n’y a ni lumière du jour ni air frais et où elles mangent quotidiennement les mêmes repas, parfois avariés. D’autres sont entassé.e.s dans des foyers insalubres et relégué.e.s en périphérie de la ville. D’autres encore survivent en marge du système de l’asile, sans-papiers sous le couperet permanent de la violence policière et de la détention. On crie à la pénurie de logement, au manque de terrain pour construire des modulables alors qu’en parallèle, des bâtiments en centre ville sont convertis en bureaux et locaux commerciaux, achetés par les multinationales pour leurs employé.e.s, lorsqu’ils ne sont pas abandonnés à la spéculation des années durant. Qui peut vraiment croire que les loyers exorbitants qu’extorquent les propriétaires à leurs locataires sont la conséquence des migrant.e.s qui vivent à Genève ?

Les permis de séjour devraient permettre l’accès à l’emploi, mais l’éventualité de trouver un travail s’approche de celle de gagner au loto, tandis qu’on interdit tout bonnement aux débouté.e.s, destiné.e.s à être enfermé.e.s et renvoyé.e.s, de travailler. Que diriez-vous d’être rémunéré.e entre 150.- et 300.- par mois pour un 50%, ou d’être exploité.e parce qu’on vous a fait miroiter un permis B à l’arrivée ? Rappelons que l’utilisation de cette main d’oeuvre quasi gratuite, que ce soit officiellement ou au black, est fortement appréciée par les employeurs ! C’est aussi en se battant pour que les personnes en exil puissent travailler pour le même salaire que les autres habitant.e.s de Genève, que l’on empêchera la dégradation des conditions de travail de toutes et tous.

Faute de pouvoir travailler légalement, survivre dans la chère Genève internationale peut obliger à se tourner vers des pratiques dites illégales. Et on voudrait nous faire croire que c’est une question de choix. La politique “d’accueil” de la Suisse n’est jamais désignée comme étant l’une des causes de la construction de nouvelles prisons, qu’elles soient nommées centres fédéraux ou assumées comme telles. Car si les prisons sont pleines, c’est parce que l’État les remplit de personnes dont le seul délit est de ne pas avoir de papiers. 

Qu’ils et elles habitent à Genève depuis toujours ou depuis un mois, les maux dont souffrent les exclu.e.s de ce système sont les mêmes : une précarisation accrue, des conditions de travail détériorées, une qualité de vie dégradée et une répression sordide pour celles et ceux qui tentent de revendiquer leurs droits. De peur qu’ils et elles identifient et ne s’opposent aux sources de leur oppression, il est préférable que les pauvres se retournent les un.e.s contre les autres, laissant les dirigeants et les nantis préserver leurs privilèges, protégés qu’ils sont par les lois. Si l’Etat et les médias ont trouvé leur bouc émissaire idéal en la figure des personnes migrantes, ils ne parviennent pas à détourner notre attention des véritables responsables.

Parce qu’ensemble, nous sommes plus forts contre l’État et les patrons,

Soyons nombreuses et nombreux pour défendre nos conditions d’existence !

Collectif Sans Retour




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