Combien de temps encore va-t-on accepter l’insupportable ? Accepter passivement des lois, un État, une société et des dirigeants de plus en plus racistes ? Combien de temps encore va-t-on essayer d’oublier que ce qu’on appelle victoire aujourd’hui, c’est le refus – une fois n’est pas coutume – d’une des si fréquentes intiatives xénophobes, alors que l’ensemble du système politique institutionnel est en fait ravi que l’UDC sorte ses poubelles pour garder les mains propres.

Cet été et les mois qui l’ont précédé ont montré que nous étions nombreuses et nombreux à refuser la passivité. Nous avons lutté au côté du collectif Stop Bunkers depuis janvier 2015, nous avons empêché le renvoi d’Ayop, alors que l’État tentait de se débarrasser discrètement d’un témoin de l’incendie meurtrier du foyer des Tattes, nous avons été des milliers dans la rue suite à l’occupation du Grütli en juin 2015.

Nous avons longtemps fustigé l’inaction du gouvernement, peut-être nous sommes-nous alors trompé-e-s. Nos gouvernants n’ont en fait pas chômé : enfermement généralisé des migrants mobilisés cet été, couverture de tabassages dans les postes de police, renvoi forcé de Khaled, un des migrants interlocuteurs de la délégation du Conseil d’État, ouverture de plusieurs nouveaux bunkers depuis juin 2015 pour en compter 11 aujourd’hui, et bientôt pour accueillir des familles. Sans parler de l’emprisonnement des enfants avec leurs parents, principal enjeu de la transformation d’un foyer d’accueil en centre de départ fédéral à Meyrin.

Probablement jamais depuis la Deuxième Guerre mondiale le principe de catégoriser les êtres humains n’a été autant assumé. Tout en bas d’une hiérarchie sociale de plus en plus inégalitaire, les institutions étatiques distribuent des statuts juridiques multiples et plus ou moins discriminatoires à des personnes déjà profondément meurtries. Ils scellent chaque jour le destin de milliers de gens, entre bunkers, enfermements, vols spéciaux, et parfois chemin de croix humiliant vers un permis de séjour. Ce qu’on appelle ironiquement le système d’asile est construit, géré et revendiqué comme un outil de non-intégration voire de désintégration. La Suisse comme l’Europe ne veut pas d’immigré-e-s. Tout sera fait pour les empêcher d’arriver jusqu’à nous. Et, lorsqu’ils y parviennent, les accords Dublin seront là pour les renvoyer dans un autre État européen. Pour peu qu’ils et elles évitent l’enfermement dans l’attente d’un vol, il leur sera interdit de travailler, il leur faudra pointer chaque semaine pour toucher la misérable aide d’urgence qui rapporte finalement beaucoup plus en économie de surveillance qu’elle n’en coûte au contribuable. En reléguant les immigré-e-s à la marge, l’État les transforme volontairement en sous-êtres humains, pour nous conduire peu à peu à accepter l’insupportable.

Durant l’été 2014, l’État posait la première pierre du chantier de la Brenaz 2, avec comme objectif 168 places de détention administrative à Genève. L’inauguration récente de ce méga-centre d’emprisonnement des étranger-e-s résulte d’une planification du Grand Conseil datant de 2012. Entre-temps, l’enfermement pénal des sans-papiers avait été réintroduit par le Ministère public. Il n’y a pas de réel déficit de prévoyance de la part des autorités, on est face à une politique de gestion de la précarité par la violence légale. Et croire que celle-ci s’arrêtera aux étranger-e-s, c’est au mieux faire l’autruche, au pire la cautionner.

Alors que l’Europe ferme ses frontières et construit des murs, qu’on évacue massivement des migrant-e-s à Calais, qu’on les enterre à Genève, il nous faut réagir. Le peuple, ce n’est pas un pourcentage de résultat électoral. Prenons ensemble la rue !

Collectif Sans Retour

Par Renversé,

Source: http://renverse.ch/Manifestation-pour-le-droit-de-rester-19-mars-14-heures-Place-de-Neuve-564