Avril 27, 2017
Par Renversé (Suisse Romande)
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Le Jardin des Charrotons cesse d’exister à la fin de ce mois. Pour l’occasion, un communiqué sur la fin du jardin a été publié et une grande fête est organisée ce samedi pour fêter les 10ans de la coopérative (2007-2017) et la fin.

Un jardin organisé en coopérative où les décisions sont prises collectivement, sans hiérarchie et les responsabilités partagées par toutes*. Un jardin impliqué dans l’agriculture contractuelle de proximité (ACP). Des paniers de saison hebdomadaires, composés de légumes cultivés biologiquement sans label mais avec la confiance des coopératrices. Environ 6500 paniers par an, 65’000 paniers depuis le début de cette aventure. Les jardinières sont rémunérées correctement avec un revenu fixe chaque mois, les coopératrices s’engageant à payer pour la production annuelle et à partager les risques ou les surplus liés à la production.

Une initiative solidaire qui aura participé à faire vivre toute une filière bio :

  • Implication à la Fédération Romande de l’Agriculture Contractuelle de Proximité (FRACP), à la Via Campesina et à Reclaim the Fields, à diverses luttes et au syndicat Uniterre pour une solide défense professionnelle.
  • Aide à la survie de semenciers (Sativa, Zollinger, Kokopelli…) par l’achat régulier de graines et l’observation des spécificités variétales.
  • Idem pour des petits producteurs de plantons (Aigues Vertes, association les Artichauts) par des commandes et des dons de matériels.
  • Entraide avec d’autres jardins et des voisines par le partage de machines et de coups de main.

Un lieu d’expérimentation au maraîchage où de nombreuses jardinières ont eu l’occasion de cultiver avec une pression économique moindre, tout en assumant les responsabilités liées aux réussites des cultures. Inspirées par le projet et le travail dans la paysannerie, 14 jardinières ou stagiaires passées ici développent aujourd’hui des projets agricoles ailleurs avec des valeurs communes à ce projet. Les Charrotons ont aussi accueilli des chantiers participatifs avec des élèves de l’ECG et des initiations à diverses techniques écologiques (construction terre-paille, murs en pisé, cuisine solaire, etc.).

Un lieu d’accueil pour plus de 60 stagiaires, des étudiantes, des bénévoles, des personnes en exil, placées par l’hospice ou le chômage, où la volonté était de porter ensemble les tâches quotidiennes, sans patron, sans pression de rendement ou d’efficacité car l’épanouissement, le plaisir et l’expérimentation aux travaux maraîchers sont des valeurs plus importantes à vivre. Une ribambelle d’enfants et d’ados (maison de quartier, ECG, école de commerce) ont également pu goûter des produits et être sensibilisées à la culture biologique.

Une montagne de légumes distribuée aux familles abonnées ; une quarantaine d’espèces de légumes et pour des cocktails de couleurs et de goûts, près de cinq fois plus de variétés ont été cultivées. Pour n’en citer que quelques unes :

• 30 tonnes de patates et 1.5 tonnes d’aubergines

• 24’675 kg de tomates, 7000 kg de côte de bettes et 7’100 kg de bettes à tondre

• 53’400 laitues, 35’800 chicorées et 90’000 poireaux plantés

• 70’000 fenouils semés

• 30’000 bouquets de persil et autant de basilic

• 28 tonnes de courges

• Les légumes produits ont aussi permis de nourrir des délégations paysannes du Nord et du Sud passées par Genève (Etats-Unis, Canada, Inde, Pérou, Bolivie, France, Angleterre, Italie, Corée, Nouvelle-Zélande).

Un espace où des projets collectifs se sont créés et ont perduré. Une boulangerie et un four à pain ont permis à un collectif de s’approprier un savoir-faire et de panifier chaque semaine. Un lopin de terre a été cultivé par des copines afin de leur permettre de transformer les plantes en différents produits (savons, baumes, tisanes…) et de commencer l’aventure des « Paniers migrateurs ». L’association « Semences de Pays » a démarré le travail de sélection et de production de graines sur un espace prêté par les Charrotons. Une coopérative de livraison à vélo a pris vie à la table de l’apéro. On a perdu tous les outils de l’atelier plusieurs fois, au rythme des différents chantiers de radeaux, chars, autoclaves, roulottes, etc.

Un lieu de vie collectif habité par des roulottes, yourte, caravane, maison de paille, permettant aux jardinières d’aménager, construire et habiter la terre qu’elles cultivent et aux amies d’expérimenter le vivre ensemble autrement. Nombreuses sont les copines à être passées aux Charrotons, une heure, une semaine, un mois, un an. Ensemble, des liens, des rencontres, des solidarités ont été créées et des rires, des verres, des bouffes ont été partagées.

En 2011, une votation cantonale a décidé, malgré un résultat serré, du déclassement de 60 hectares de terres fertiles idéales pour la culture maraîchère. Les travaux ne commenceront pas avant 2021 sur notre parcelle, mais le bail agricole n’a pas été renouvelé par les propriétaires qui mettent ainsi fin au projet commun et solidaire de plus de 150 personnes pour laisser place à rien, ou au mieux à 2,5 hectares de céréales/cardons en plus pour une agricultrice de la place. Les parkings pour les entreprises de « Plan-les-Watch » qui poussent aujourd’hui sur la zone déclassée des Cherpines sont les prémices de cette politique sans vision à long terme, où le béton remplace la terre nourricière.

La politique agricole suisse (OFAG) et son administration cantonale (DGA) n’encouragent pas l’installation de nouveaux projets, encore moins s’ils sont portés par des sans-terres. Elle encourage l’industrialisation de l’agriculture, l’agrandissement des fermes, la disparition des paysannes, la spécialisation, la mécanisation à outrance, l’agrochimie et la technoscience. Les sols fertiles se raréfient. Le Jardin des Charrotons, sans subventions et loin de l’administration fédérale, a permis à des sans-terres de cultiver, de manière paysanne et collective, en promouvant une agriculture alternative, rémunératrice et respectueuse des ressources. Il inspirera, on l’espère, les nombreuses amies sans-terres souhaitant se réapproprier un savoir et habiter un territoire collectivement et différemment.

Le Jardin des Charrotons

Fédération Romande de l’Agriculture Contractuelle de Proximité

Uniterre Genève

*NB : ce texte fait usage du « féminin générique », petit coup de gueule et pratique amusante qui permet une relative prise de conscience, la même que quand on réalise que ce sont toujours les adjectifs masculins qui font la norme… dans un monde qui continue, malgré tout, à pratiquer ouvertement ou sous couvert la domination d’un groupe sur un autre, changer la langue soulage et parfois libère. une habitude prise au jardin des charrotons…

Fête des 10ans et de fin

Au jardin, dès 15h00. Concerts, DJ’s, projections, surprises … C’est buffet canadien, amènes ta spécialité. Il y aura un bar avec de la bière et du vin à prix libre conseillé.

33 chemin des Grands-Champs, 1232 Confignon




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