Juin 27, 2021
Par Sans Nom
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Gênes : Incendies de l’antenne-relais 5G du Pôle technologique Erzelli, d’armoires de data-serveurs et contre un pylône à haute-tension de Terna
traduit de l’anglais de Darknights, 25 juin 2021

Ndt : selon la presse italienne (Genova24 du 20 juin), les dégâts contre le pylône de Terna ont également conduit ce gestionnaire national du réseau électrique à haute-tension (équivalent de RTE en France) à couper provisoirement l’électricité dans toute la zone de Coronata où se sont produits ces sabotages.
Voici le long communiqué de revendication, paru semble-t-il directement en anglais :

Nous vivons une époque où le triomphe de la science, de la technologie et de la technique ne cesse de s’imposer. Cela ne signifie pas que nous sommes dans un monde de science-fiction ou visionnaire, mais que, dans la réalité crue, la science après avoir fidèlement servi la politique (l’État) et l’économie (le capital), est désormais devenue le moteur du nouvel ordre productif et économique.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, elle fournissait à l’Etat les moyens de propagande (TV, radio, presse), les moyens de répression (armes) et les moyens de production industrielle qui réduisaient la force de travail. Depuis le milieu du siècle dernier, le pouvoir de la science s’est accru toujours plus pour envahir chaque aspect de nos vies et, grâce aux technologies bio-nano, la vie elle-même.

Le monopole de la vérité semble avoir rendu la science toute-puissante, comme il l’a fait avec l’État et son monopole historique de la violence.

Dans le passé, la science, l’Église et l’État se sont affrontés dans la lutte pour le pouvoir ou pour la division des pouvoirs. A présent, ce sont la science et la technologie qui déterminent et influencent la politique de l’État et les stratégies économiques, sociales et répressives : elles ne sont donc pas neutres.

Le capitalisme finance des armées de techniciens dédiés à la recherche et à la création de nouveaux produits et « ressources » uniquement gérables par des spécialistes, ainsi que des produits qui autrefois mis à la disposition des masses façonnent le monde qui nous entoure en devenant « indispensables » et parfois indestructibles, comme l’énergie nucléaire.

Ce processus est aussi rapide que la croissance de la technologie, et a restreint la liberté individuelle.

Les algorithmes qui décident des rythmes de la production, les grands data-serveurs de collecte de données, la géolocalisation, les applications nous réduisent à des sujets/objets de consommation. Si les restrictions de liberté mises en œuvre dans le passé par l’État et le capital ont pu provoquer une résistance farouche des exploités, cela n’arrive pas avec la science. Dans l’imaginaire collectif, elle reste neutre et, qui plus est, ses produits ont accru en Occident le confort et le bien-être de la plupart des gens. Face à ce bien-être, l’absence de liberté, l’exploitation des ressources, l’asservissement de populations entières, l’inhabitabilité de zones entières de la planète, les migrations dues à la guerre et au changement climatique, ne sont d’aucun intérêt.

Managers, chercheurs, technocrates et médias diffusent à l’unisson le message du « n’ayez pas peur des technologies », de l’intelligence artificielle et de tout ce qui touche aux innovations et automatisations qui s’imposent de toute façon.

Ne nous laissons pas distraire par le faux débat sur l’utilisation des outils dans la vie de tous les jours ou sur les divisions rhétoriques entre « bonnes » ou « mauvaises » technologies.

Dans le « Plan national de relance et de résilience » (1), une restructuration économique sera mise en œuvre entre le capital, les entreprises, les start-ups technologiques et les géants de la haute technologie. Les capitalistes et le secteur industriel accueillent à bras ouverts l’injection de liquidités d’argent public et privé.
Le Recovery Fund  (2) est une autre mine d’or. Parmi ceux qui bénéficieront des investissements en capital figurent les « pôles d’excellence » de la recherche techno-scientifique, les universités et aussi l’Institut italien de technologie (ITT) de Gênes, afin qu’il puisse agrandir son technopole en y construisant un centre high-tech nommé « Énergie et Environnement », qui recevra environ 80 millions d’euros d’investissement initial.

En avril 2021, le Premier ministre italien Mario Draghi a annoncé la création d’un énième comité de techniciens et d’experts. Une « task force » qui s’occupera spécifiquement du Recovery Fund, en contournant et en accélérant les bureaucraties et tout problème éventuel concernant les autorisations, les contraintes et les concessions. Ils rattraperont par exemple ainsi le « retard » à propos du plan de numérisation et d’installation de la fibre sur tout le territoire.
Le 1er avril 2021, il y a eu l’accord financier sur FiberCop, la société qui rassemble les deux plus importantes parties du réseau Internet italien. TIM s’occupera de la fourniture des dernières infrastructures qui vont jusqu’aux domiciles avec l’installation des « armoires » de rue, et le réseau national de fibre optique sera quant à lui développé par Flash Fiber (détenu à 80% par TIM et 20% par Fastweb). Pour accompagner ces deux grandes entreprises du marché de la numérisation, le fonds financier KKR Infrastructure a collaboré et versera 2 milliards d’euros à TIM (avec des actifs qui atteindront 7,8 milliards).

Par rapport aux procédures qui seront accélérées, un gros travail d’ingénierie, le stockage des déchets nucléaires, l’installation infinie d’antennes et de relais auront la voie toute tracée pour leur mise en œuvre : les champs électromagnétiques, les cancers, les radiations et la dévastation environnementale sont considérés comme des conséquences acceptables.

Avec un décret ad hoc reflétant la « nouvelle gestion » efficace du gouvernement Draghi, le soi-disant « modèle de Gênes » sera étendu, c’est-à-dire concrètement des dérogations aux règles sur les contrats qui permettront d’éviter l’arrêt des chantiers pour tel ou tel problème, pour telle ou telle autorisation : soit un feu vert pour les businessman du BTP, le clientélisme et la corruption.

Dans ce contexte, à Gênes même, le chantier de construction du viaduc autoroutier nommé « Gronda » redémarre, malgré le fait qu’il n’y ait même pas eu d’autorisations de chantier ni de concessions présumées pour les travaux. Ainsi Autostrade per l’Italia (les mêmes spéculateurs responsables de l’effondrement du pont Morandi) continuera à enrichir ses dirigeants meurtriers (3).

La gestion du Recovery Fund sera donc confiée à un comité interministériel de techniciens composé de l’ancien top manager de Vodafone Vittorio Colao (numérisation), Enrico Giovannini (infrastructures), Maria Cristina Messa (recherche), Roberto Cingolani (transition écologique). Les ministres auxquels la Commission européenne a confié directement les flux d’argent les plus importants sont Cingolani et Colao, qui pourront dépenser plus que tout autre ministère. La très réputée « transition écologique », parrainée par l’ex-directeur de l’IIT, remplira les poches et les comptes bancaires du « club des amis » de l’investissement et du développement techno-industriel.
La « transition écologique », si on sort de sa définition « verte », n’est pas une opération de sauvegarde du panda en voie de disparition ou de reboisement de la forêt amazonienne, mais une opération politique et économique visant encore et toujours à stimuler le système industriel et pas à l’éliminer ou à le remplacer par magie.

Dans toute transition économique, il y a toujours une classe dirigeante qui s’enrichit, dans ce cas cela arrivera grâce à l’accumulation d’une importante dette publique que les exploités devront rembourser demain, avec des conséquences dévastatrices évidemment sur les plus pauvres.

Alors que beaucoup sont suffisamment distraits par la presse pour parler de responsabilité, de sécurité, de masques, de vaccins, de normes comportementales et de sacrifices, il y a ceux qui continuent de s’enrichir.

Au cours de la dernière année, la pandémie virale de Covid-19 a encore accéléré le processus de technicisation de la société. L’État a abdiqué le pouvoir politique [sic], en accord avec le Comité scientifique et technique qui, sur la base de données et de chiffres, a contraint des millions de personnes à rentrer chez elles ; la mobilité n’était autorisée que si l’on participait au cycle de production. La production et la consommation étaient assurées, c’étaient les seules libertés consenties.

Cela doit nous faire réfléchir sur la façon dont les conditions d’exploitation dans lesquelles nous vivons dans le capitalisme ont fait coïncider une plus grande « liberté de mouvement » avec l’opportunité ou le besoin d’aller travailler. Une mobilité consentie, afin que le virus ne soit pas plus dangereux sur le lieu de travail qu’il ne l’est en marchant dans la rue ou en forêt, et devienne encore plus dangereux si vous faites grève en vous tenant debout dans la rue pour protester ou manifester.

La tendance à la numérisation, à la technicisation et à l’efficacité se poursuivra même après la fin de la pandémie. Ce dernier est un événement dont l’État, la science et la technologie ont su tirer le meilleur parti.

Face à cela, si les individus, les exploités, ne veulent pas se retrouver dans un avenir pas trop lointain à vivre dans un monde où ils seront écrasés par une « liberté » corrélée à l’utilité productive, il est nécessaire de combattre  sans même hésiter une seconde cette nouvelle transformation de la société.

Pour cette raison, la nuit du 19 juin 2021, nous avons détruit par le feu 5 armoires de data-servers et l’antenne de téléphonie mobile 5G du Pôle technologique Erzelli à Gênes, ainsi que le pylône à haute-tension adjacent de Terna.

Solidarité internationaliste et combattante avec les prisonniers de guerre sociale !
Lutte permanente contre l’État et le capital. Pour l’anarchie !

NdT
1. Le Piano di Ripresa e Resilienza (PNRR), du gouvernement italien est constitué des fonds européens lancés dans le cadre du plan NextGeneration UE, et se monte à 235,12 milliards d’euros pour ce pays, qui en est le premier bénéficiaire en Europe. Début mai 2021, une première enveloppe de 49,86 milliards d’euros vient d’en être attribuée par le gouvernement Draghi à la « Digitalizzazione, Innovazione, Competitività, Cultura
2. Le Recovery Fund est le plan de 750 milliards d’euros adopté à l’issue du Conseil européen du 17 au 21 juillet 2020, et dont 191,5 milliards sur six ans sont destinés à l’Italie (une partie en prêts et l’autre en subventions).
3.  Le 14 août 2018 à Gênes,  une longue portion du viaduc autoroutier Morandi, du nom de l’ingénieur qui l’a conçu dans les années 1960, se plie comme un château de cartes et entraîne dans sa chute des dizaines de véhicules, sous le regard effaré des habitants des immeubles situés en contrebas. Le bilan officiel est de 43 morts et une quinzaine de blessés. Le gestionnaire du viaduc était Autostrade per l’Italia, dont l’actionnaire principal est la famille Benetton, qui en a profité pour relancer la Gronda, sa nouvelle bretelle d’autoroute à Gênes longue de 72 kilomètres, composée de 23 tunnels et 13 nouveaux viaducs.

 




Source: Sansnom.noblogs.org