Décembre 15, 2020
Par Rapports De Force
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Après trois semaines de grèves, les salariés de General Electric Grid à Villeurbanne pensaient pouvoir arrêter leur mouvement et reprendre les négociations avec leur direction sur des bases jugées plus favorables. Mais l’accord de fin de conflit présenté ce matin ne correspond absolument pas à ce à quoi ils s’attendaient. Stupéfaits et révoltés, 12 salariés se sont alors mis en grève de la faim.

A Villeurbanne, après trois semaines de blocage du site de General Electric Grid, les salariés pensaient lever fièrement leur piquet de grève. Négocié de haute lutte, un projet d’accord de fin de conflit devait être signé ce lundi matin, leur permettant de reprendre le travail ainsi que les les discussions avec leur direction de repartir « sur de bonnes bases ». C’était sans compter un coup bas de leur direction. Alors que les trois organisations syndicales représentatives (CFE-CGC, CGT et CFDT) sont réunies à Paris pour signer l’accord, le texte qui leur est présenté ne correspond absolument pas à ce qu’ils pensaient avoir négocié. Impossible de le signer.

La nouvelle arrive instantanément à Villeurbanne par groupe WhatsApp et fait l’effet d’un électrochoc. La CGT témoigne : « La malhonnêteté de la direction a aggravé l’état psychologique des salariés, on entend parler de suicide nous sommes extrêmement inquiets. (…) Certains salariés nous ont dit qu’ils ne savaient plus quoi faire, ils ne veulent plus travailler, plus faire grève, plus voir le médecin, plus rien. Ils ont commencé une grève de la faim devant l’entreprise totalement désemparés. » Une alerte pour danger grave est imminent est tout de suite déposée, plusieurs salariés sont allés voir un médecin spécialisé en santé du travail pour faire constater leur état de santé.

Un retournement incompréhensible

« En prenant mon poste à 5h45, jamais je ne m’attendais à faire une grève de la faim… mais comment retourner travailler après trois semaines de grève sans avoir rien obtenu ? Sans que General Electric honore sa parole ? C’est strictement impossible », témoigne face caméra, Driss Bouiffor, technicien de contrôle sur le site de General Electric à Villeurbanne.

Face à cette grève de la faim inattendue, les délégués syndicaux réunis à Paris pour participer au CSE Central prévu ce jour sont totalement désemparés. « C’est spontané, ils ont décidé entre eux », commente Serge Paolozzi, délégué syndical central CGT. « Certains en avaient déjà parlé il y a 15 jours, je trouve ça extrêmement triste. Tout nous échappe un peu. », ajoute Isabelle Chevreux, qui occupe la même fonction pour la CFE-CGC. « On pensait arriver au bout du tunnel et on se retrouve face à un mur, tout le monde est abasourdi », résume Adam Mathieu, élu CGT présent sur le site. Tout deux considèrent que la nouvelle position de la direction est incompréhensible.

Quel PSE pour General Electric ?

La situation chez General Electric rappelle une triste réalité en matière de négociation salariale : tant que rien n’est signé… rien n’est signé. « Les procès-verbaux des CSE précédents laissaient penser qu’on été parvenus à un certain nombre d’accords notamment sur les catégories professionnelles, les indemnités légales et supra légales mais aussi le maintien de l’activité GCB sur Villeurbanne ». Les GCB ? Ce sont des disjoncteurs de générateurs, un produit de haute technologie que seul le site de Villeurbanne sait fabriquer.

Depuis le début du conflit, ce savoir-faire est brandi par les syndicats de General Electric comme un atout de souveraineté industrielle pour la France (voir notre article).

Or le nouvel accord de fin de conflit ne fixe pas de garanties suffisantes en la matière selon les syndicats réunis au CSE (CGT, CFE-CGC et CFDT). Alors que le PSE massif présenté par l’entreprise début septembre annonçait 634 suppressions de postes (dont 350 à Villeurbanne) sur environ 2000 en France, aucune garantie n’est donnée à ce jour pour que ce chiffre baisse.
A 14h les syndicats font une contre proposition qui leur paraît plus en accord avec ce qui avait été évoqué lors des négociations précédentes. Leur direction ne veut rien savoir. « Aujourd’hui on ne comprend plus la position de la direction », conclut Isabelle Chevreux.

Museler la grève

En plus de n’entériner aucune avancée significative pour les salariés, le projet d’accord de fin de conflit proposé ce matin par la direction de General Electric évoque des conditions de reprise du travail que les organisations syndicales jugent inadmissibles.

Et ce qui ulcère les grévistes, c’est notamment le premier article du protocole d’accord, qui évoque les conditions de reprise du travail. Le document que nous avons pu consulter demande aux trois organisations syndicales non seulement « d’arrêter le conflit collectif et en particulier le blocage des sites », mais également de s’engager « à veiller à la reprise du travail de l’ensemble des salariés des établissements concernés dès la signature de l’accord, et ce dans des conditions normales et habituelles, et sans ralentissement de production ». Le document conclut : « Cet engagement vaut pour toute la durée du présent accord », soit jusqu’en mars…

A Villeurbanne, Adam Mathieu, élu CGT, s’indigne : « Ce n’est pas aux syndicats d’empêcher les salariés de faire grève, encore moins de les fliquer pour voir s’ils ralentissent ou non la production. » « On n’a jamais vu ça, constate Serge Paolozzi délégué syndical central CGT, le droit de grève est un droit constitutionnel. On ne l’interdit pas dans une négociation. C’est carrément une provocation de la direction. » Même son de cloche du côté de CFE-CGE : « la loi n’interdit pas les grèves ».

Alors que les négociations sont désormais totalement bloquées, Serge Paolozzi déclare avoir une réunion au ministère de l’économie ce soir. La situation des salariés en grève de la fin n’a pas semblé tellement émouvoir General Electric.

Contacté, General Electric nous a envoyé une réponse par mail. Nous la reproduisons de manière exhaustive, estimant qu’elle se passe de commentaire :

« Dans un esprit d’ouverture et de dialogue constant, la Direction a proposé lundi 14 décembre 2020 aux Organisations Syndicales Représentatives au niveau central un protocole de sortie de conflit. Ces dernières ont rejeté ce protocole et ont voté à l’unanimité la suspension des discussions sur les solutions alternatives du plan industriel. La Direction regrette cette décision et réaffirme sa volonté de poursuivre les négociations sur le PSE dans le cadre d’un dialogue social apaisé et constructif, et dans l’intérêt de ses salariés. 

GE mesure l’inquiétude des équipes concernées par ce projet et tient à rappeler que l’entreprise mettra tout en œuvre pour accompagner individuellement tous ses collaborateurs impactés par ce projet afin de trouver une solution pour chacun. » 




Source: Rapportsdeforce.fr