Face à la maladie et au confinement on est pas égales. L’État ne fait rien sauf promettre des milliards pour les entreprises inutiles à notre survie, qui nous sucent le sang pour leur économie. Et comme toujours ce sont les assos mal subventionnées, les collectifs de bénévoles et les militant.es solidaires qui s’auto-organisent pour mettre en place une solidarité efficace entre galerien.nes. Et pendant ce temps la préfecture et la mairie n’en ont toujours à rien à foutre qu’on crève la dalle seul.es dans notre coin. Les sandwichs triangles ne sont pas une base alimentaire. Tu prend ça pour 1,2,3,4 repas mais t’as toujours faim, c’est pas bon et en plus après tu vomis.

La maladie touchera plus violemment les plus précaires et les plus isolés, c’est certain. Par ce que l’accès au soins pour toustes est un mythe tant que pouvoir se faire comprendre et comprendre ce qu’on nous dit dans les lieux d’accès aux soins n’est pas pris en compte, tant que nos conditions de vie ne sont pas prises en compte pour se soigner. Par ce qu’on renvoi de l’hôpital un malade qui ne pourra pas protéger ses proches pour la seule raison que ses conditions de vie ne le permettent pas. Et ça c’est surtout par ce que l’hôpital public et que les lieux d’accueil et de soin sont à l’abandon depuis bien longtemps et qu’on a plus le temps pour prendre en compte les gentes dans leur totalité. Rentabilité chérie !

Quand chez soi les conditions sanitaires ne sont pas réunies pour se prémunir contre la maladie par ce qu’on ne peut pas se laver les mains, par ce qu’on partage nos espaces de vie avec beaucoup d’autres personnes, des très jeunes, des malades et des agé.es, par ce qu’on a pas ou plus de ressources pour aller faire ses courses et que se nourrir devient un parcours du combattant à travers la ville, comment se protéger ?

La maladie ne nous touche pas de la même façon et qui s’en inquiète ? L’ofii ne paye pas les allocations à toustes les demandeur.euses d’asile, les travailleurs.euses précaires/intérimaires sont dans la merde : tomber malade ou gagner sa croûte et les factures qui continuent de tomber comme si de rien n’était. Trop de personnes sans ressources n’ont plus accès à rien.

L’État en a rien à foutre des plus précaires, des personnes isolé.es, fragiles, alors oui on se débrouille, des allers retours on en fait mille, on fait de la recup, on s’entraide, on squatte les baraques, on prend des risques par ce qu’on attend pas que l’État fasse le taf. Et puis de toute manière l’État tout ce qu’il nous propose après des mois de galère c’est du contrôle social ! Qui veut bouffer des sandwichs triangle sur un lit de camp ?

Alors voila la solution miracle face au corona : c’est l’État d’urgence sanitaire, le confinement et la répression. Et si t’essaye de t’y soustraire pour ta survie mentale et physique, ils te guettent avec des helicos, des drones et ton mouchard de téléphone pour te faire la morale et te punir. Mais qui c’est qu’on puni encore une fois ? C’est pas les gosses de riches ! Elleux sont tranquilles dans leurs belles baraques avec jardin, une chambre pour chacun.es, ou bien ils se sont enfuis à la campagne dans leur maisons secondaires ou de location, iels ont les moyens de se payer des soins de qualité et de la bonne bouffe, et pour le travail c’est pas elleux qui prennent des risques pour que le reste de la société survive. Et non par ce que les riches sont inutiles, iels ne sont pas éboueur.euses, ni caissier.es, ni travailleur.euses sociale, ni soignant.es, ni conducteurices,…

Pendant ce temps dans les squats on essaye encore et encore de remettre l’eau (si elle est chaude c’est du luxe), de pas faire cramer l’installation électrique et que chacun.es puisse se faire à bouffer. Dans les campements on tente de garder son coin viable, on cherche encore un accès à l’eau puisque la mairie a coupé toutes les fontaines, faire les poubelles est encore plus risqué. Pendant ce temps les gentes qui vivent à la rue se cachent pour ne pas se manger une amende ou se faire gazer, faire la manche est une vraie prise de risques, les rares espaces de socialisation et de distributions se sont réduit à peau de chagrin, et on cherche un coin pour faire ses besoins vu que les sanisettes ont été fermées et que les lieux d’accueil aussi. Pendant ce temps dans les barres des cités on essaye de respirer, de pas craquer, enfermé.es dans des apparts sans vues ou t’entend chaque pas de ton voisin, et quand on craque et qu’on va faire un tour dehors faut esquiver les condés qui profitent de l’état d’urgence pour poursuivre leur rêve de matraquer tout.es celleux qui ne sont pas blancs. Elle est où la case « j’essaye de survivre » sur vos attestations de déplacement ?

Et puis on a reçu des tonnes de sandwichs triangle en nous disant que quand on a faim et bin on les mange quand même. Ah merci et toi Mr le préfet t’en mange combien par jour de ces sandwichs en ce moment ? Non juste comme ça pour savoir si t’as déjà eu faim dans ta vie et que tu t’es dis « tiens, et si je mangeais cette merde ? »

Voilà ce que c’est l’état d’urgence sanitaire, il révèle une fois de plus la violence du racisme d’État et du fossé qui sépare les classes, que les miettes que vous nous filez ont un goût de fiel, que la répression c’est toujours pour les mêmes, et que l’autonomie et l’auto-organisation sont la seule solution pour assurer notre survie. T’as rien fait quand nos maisons brûlaient, alors pas de surprise, tu fais toujours rien quand la maladie nous atteint et nous décime !

Alors on a pris ce qui nous traînait sous la main pour vous rappeler que de votre merde on en veut toujours pas. Vos sandwichs triangle on en veut pas. Votre mépris on vous le renvoi. Ce qu’on veut c’est des conditions de vie dignes et en finir avec la chasse aux pauvres et aux non-blancs.



Article publié le 08 Avr 2020 sur Iaata.info