Août 25, 2019
Par La Rotative (Tours)
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Samedi matin

10 Ă  15 000 personnes se retrouvent pour le grand baroud altermondialiste sur le port d’Hendaye, on semble faire un grand bond en arriĂšre dans le temps, Ă  l’époque des grands sommets qui avaient quand mĂȘme un peu plus de gueule… Comme on pouvait s’y attendre, le seul rendez-vous officiel annoncĂ© par la plate-forme est le moment oĂč toutes les organisations et associations, du PCF Ă  la ConfĂ©dĂ©ration Paysanne, sont prĂ©sentes, mais Ă©trangement le nombre de personnes n’est pas aussi important que l’on pouvait l’espĂ©rer
 C’est poussif, et malgrĂ© la mobilisation et l’énergie sincĂšre d’une partie du cortĂšge, on n’arrive pas Ă  ressentir une dĂ©termination Ă  la hauteur des enjeux. Un service de « mĂ©diation Â» bien fourni composĂ© notamment de membres d’Alternatiba et Bizi se positionne devant le commissariat et tire des banderoles devant les vitrines et les distributeurs de banque pour les protĂ©ger des vilain.es casseur.euses.

Le dĂ©filĂ© se termine par des prises de paroles convenues devant le centre des congrĂšs, aprĂšs le passage de la frontiĂšre. Les forces de police, discrĂštes pendant la manifestation – malgrĂ© la prĂ©sence d’un drone et de deux hĂ©licoptĂšres –-, se sont redĂ©ployĂ©es immĂ©diatement pour quadriller le centre ville d’Hendaye. Le spectacle est tellement triste que les personnes qui cherchaient autre chose qu’une simple opĂ©ration mĂ©diatique se sont donnĂ©es rendez-vous Ă  Bayonne l’aprĂšs-midi.

Arrivée à Bayonne vers 15h

La ville est transfigurĂ©e, fantomatique. Seuls la peuplent des zombies en uniformes et quelques militant.es qui se croisent du regard tout en cherchant un point de convergence pour se rassembler. La quasi totalitĂ© des commerces sont fermĂ©s, claquemurĂ©s, il rĂšgne une ambiance post dĂ©sastre qui prend aux tripes. Le dispositif mĂ©ritrait l’usage de tous les superlatifs. C’est du jamais vu.

Le rendez-vous en pĂ©riphĂ©rie de Bayonne pour le convoi en provenance du camp, ne semble pas avoir fonctionnĂ©. Le parking du Castorama est rempli de vĂ©hicules de flics en tout genre. Quelques personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es, celle-eux qui ont pu Ă©chapper aux mailles serrĂ©es refluent vers le centre-ville oĂč les contrĂŽles de sacs et d’identitĂ© sont incessants — certaines personnes se feront contrĂŽler plusieurs dizaine de fois, parfois Ă  moins de 20 mĂštres de distance entre deux fouilles.

Contre tout pronostic, un cortĂšge de quelques centaines de personnes parvient tout de mĂȘme Ă  se former. Il tourne en rond dans le petit Bayonne de l’autre cĂŽtĂ© de la rive qui le sĂ©pare du centre ville oĂč nous rĂ©ussissons Ă  nous regrouper. Il est dĂ©jĂ  19h. Se met en place un vague jeu de miroir avec deux cortĂšges de chaque cĂŽtĂ© de la Nive. On chante en canon, on scande des slogans, on se rĂ©pond de part et d’autre de l’eau, on arrive Ă  sentir un peu de joie d’avoir, maigre consolation, rĂ©ussi Ă  former un petit cortĂšge face Ă  une telle armĂ©e.

Des grenades lacrymogĂšnes pleuvent de l’autre cĂŽtĂ©, oĂč le cortĂšge est plus offensif. Certaines rebonsissent sur les murs, les balcons et les toits des immeubles du Petit Bayonne, la plupart finissent Ă  la flotte. Quelques cailloux atteignent les fourgons sous les hourras. A une centaine, cĂŽtĂ© vieille ville, nous sommes repoussĂ©.es et emmenĂ©.es dans un entonnoir de CRS bretons qui nous ramĂšne du mĂȘme cĂŽtĂ© que la manif sauvage qui semble s’ĂȘtre dispersĂ©e entre temps. Entre dĂ©sespoir et fatigue, le retour au camp s’impose, qui en vĂ©lo, Ă  pied, en stop, ou en voiture en essayant d’éviter les contrĂŽles sur les quelques dizaines de kilomĂštres que constituent l’agglomĂ©ration de Biarritz, Bayonne et Anglet. Sur l’autoroute du retour, nous sommes constamment dĂ©passĂ©s, encerclĂ©s par des camions de CRS ou des dizaines de voltigeurs qui conduisent en horde.

Barricades et sit-in avorté

Au camp, une AG compliquĂ©e dĂ©marre Ă  21h. Les membres de la plate-forme prennent la parole pour annoncer que la seule action encore vaguement dĂ©fendue par elle consiste Ă  organiser un sit-in de midi Ă  14h sur une plage Ă  proximitĂ© de Biarritz, alors qu’initialement sept points de rassemblement avaient Ă©tĂ© imaginĂ©s. Avant mĂȘme que leur proposition puisse ĂȘtre discutĂ©e, iels se retirent dans leur bulle vitrĂ©e pour discuter entre elles et eux. Les quelques centaines de personnes prĂ©sentes sur le camp essayent tant bien que mal de poursuivre, sans information, interrompues par des prises de parole portant sur des objets perdus. On est au bord de la crise de nerf.

Alors que le G7 a dĂ©jĂ  commencĂ©, nous essayons de prĂ©parer une action de masse du jour pour le lendemain, sans que les organisateur.ices du contre-sommet ne soient prĂ©sent.es pour rĂ©pondre aux interrogations. D’autres personnes proposent un rassemblement devant le CRA d’Hendaye rĂ©quisitionnĂ© pour enfermer les personnes interpellĂ©es pendant le contre sommet ; des gilets jaunes proposent une marche sur Biarritz depuis Bidart. Tout semble improvisĂ©, dans une confusion croissante.

La situation change encore au cours de la nuit. Des rumeurs de prĂ©sence policiĂšre aux abords immĂ©diats du camp amĂšnent quelques personnes Ă  monter des barricades Ă  toutes les issues, et jusqu’à la route menant Ă  la corniche. Des feux sont allumĂ©s. Depuis le camp, on entend des bruits de pĂ©tards et on perçoit des tirs sporadiques de gaz lacrymogĂšne. La situation semble absurde. Un scĂ©nario devenu banal est en train de se rejouer : quelques personnes recherchent l’affrontement avec les flics, faisant peser une menace sur le camp qu’elles prĂ©tendent protĂ©ger ; et les flics alimentent la tension pendant une partie de la nuit.

D’aprĂšs des membres de la plateforme, qui reviennent sur les Ă©vĂ©nements de la nuit pendant l’AG du dimanche matin, l’un des organisateurs du rassemblement a Ă©tĂ© contrĂŽlĂ© en revenant d’un repĂ©rage ; comme il faisait l’objet d’une interdiction de territoire français, il a Ă©tĂ© expulsĂ© immĂ©diatement vers le Pays basque sud. En consĂ©quence, la plateforme a dĂ©cidĂ© de « repousser Â» le sit-in prĂ©vu, sans pour autant annoncer de date de report… D’aprĂšs nos informations, la prĂ©fecture a menacĂ© d’intervenir sur le camp s’il n’était pas vidĂ© lundi Ă  12h. On est trĂšs loin du « succĂšs Â» revendiquĂ© par G7-EZ et Alternative G7 dans un communiquĂ© commun publiĂ© samedi soir.

Au cours de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, la legal team a dĂ©noncĂ© les pratiques du bĂątonnier de Bayonne, qui s’est opposĂ© Ă  ce que les avocat-es de la dĂ©fense collective se substituent aux avocats commis d’office [1]. Un nouvel exemple de collusion de la justice et de la police.




Source: Larotative.info