Face à la montée en puissance d’un sentiment anti-impérialiste et anti-français au Sahel – où sont présents près de 5000 soldats pour protéger les intérêts économiques de la fRance -, Macron a avancé la date du G5 Sahel, et convoque les dictateurs du Sahel (Burkina Faso, Niger, Mali, Tchad, Mauritanie) au Château de Pau, le lundi 13 janvier 2020, afin de leur rappeler qu’on ne déconne pas avec la fRance et sa présence militaire.


Alors le G5 Sahel, kezako ?

Le G5 est un cadre de coordination en matière de politiques de développement et de sécurité, créé lors d’un sommet du 15 au 17 février 2014 par la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.


Mais dis-moi, Jamie, qu’est-ce que vient donc poindre l’ingérence française dans les affaires du Sahel ? C’est pas fini depuis un moment, la colonisation ?

Il faut un peu comprendre l’intérêt économique de la fRance pour ces pays (pétrole, uranium,..) [1], ce qui justifie son intervention militaire [2], notamment depuis le début de la guerre du Mali. Et ne l’oublions pas, avant les années 60, ces pays étaient encore officiellement des colonies françaises (donc l’histoire n’est pas si lointaine) ! En janvier 2012, le président Hollande déclenchait l’opération Serval : la fRance envoyait ses Rafale et débarquait ses troupes au Mali pour « stabiliser le régime » et « repousser les djihadistes ». Les militaires de Serval ont ensuite été intégrés à l’opération Barkhane, qui compte à présent environ 4 200 soldats. Prétextant que cette force d’occupation coûtait trop cher (800 millions par an environ), le président Macron, tout juste élu, a initié la « Force Conjointe – G5 Sahel », qui, au fait, ne remplace nullement Barkhane. Il s’agirait d’une force composée uniquement de soldats « locaux » de cinq pays (Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger et Tchad). Que ce soit, comme le titrait Le Figaro le 3 juillet 2017, « Macron [qui] lance une force militaire africaine contre les djihadistes » ne constitue sans doute pas une contradiction. Destinée à lutter contre les « djihadistes » donc, mais aussi les « trafics » (de drogue, d’armes), et, bien entendu, à contrôler les « flux migratoires », cette force conjointe ambitionne de compter 5 000 soldats voire 10 000 à terme. Problème : il n’y a pas d’argent ; qu’à cela ne tienne, le président Macron a rassemblé en décembre une grande réunion internationale pour lever des fonds. Si la fRance se contente pingrement de 8 millions d’euros, chacun des pays du G5S doit payer 10 millions, et l’UE accepte de donner 50 millions. Mais les généreux donateurs sont… les Émirats Arabes Unis (30 millions) et surtout l’Arabie Saoudite (100 millions). On en tirera les conclusions qu’on voudra sur les objectifs certainement démocratiques de l’opération. Non mandatée par l’ONU (qui s’est contentée d’en « saluer le déploiement »), la Force Conjointe peine cependant à se mettre en place, et à voler de ses propres ailes, puisque la seule opération guerrière, pour le moment, a été « soutenue » par 200 militaires français. Fin 2017, il y avait officiellement en ordre de marche 5 bataillons (un par pays) de 750 soldats, qui s’ajoutent donc aux français de Barkhane, qui sont loin d’avoir plié bagage. Bref, cinq ans après, c’est la continuation de Serval, avec des moyens en moins : une logique coloniale qui s’appuie, pour ses opérations de police, sur ce qu’on appelait naguère des « forces supplétives ». [3] [4]

Le sommet du G5S, c’est dans moins d’une semaine, à Pau, et on n’entend pas une vive opposition dans les réseaux anti-impérialistes, décoloniaux, anti-militaristes, anti-nucléaires.. C’est à peine si l’info circule. Big up quand même à Survie 31, qui en a parlé dans un article récemment [5] (Mais néant sur le blog de Survie, plus largement). Pas un article sur Iaata, non plus, alors que Pau n’est qu’à 2h de là. C’est aussi à 1h30 de Bayonne, mais à croire que tout le monde était ok pour consommer un contre G7 organisé depuis des mois, consommer de la conférence alternative et/ou du folklore émeutier (s’il en était..) et des rencontres militantes, mais quand ça touche au colonialisme, lae militant·e blanc·he privilégié·e prend ses distances. On ne trouve pas d’appel à opposition tout court sur Pau, le jour même, que ce soit une manifestation ou un simple rassemblement.

Ca me fout la rage, sérieux.

A croire que tout le monde s’en calisse du colonialisme, de l’ingérence française dans les politiques des ex(?)-colonies. On voit bien que se déroule symboliquement le tapis rouge de tout ça à Pau lundi prochain et on n’ira pas y pointer son nez, ne serait-ce que pour dire “non”. Ca me fout la rage qu’on ne dénonce plus les guerres qui continuent, au nom du pognon, au nom de l’exploitation et de l’extractivisme, et que par des tours de passe-passe connus de tou·tes, ce sont des entreprises françaises qui produisent et exportent leurs armes qu’on retrouve dans les différents conflits [6] . Et humainement, ça donne des millions et des millions de migrant·es qui se barrent de ces pays, non pas pour le rêve européen, mais pour fuir toute la merde que l’Etat français a foutu chez elleux.

Fermer les yeux sur ce G5 Sahel, c’est accepter les dictateurs actuellement en poste comme Idriss Déby au Tchad [7] ; quand des présidents comme Thomas Sankara au Burkina Faso, qui dénonçait la néo-colonisation et s’opposait au paiement de la dette par les Africains, se font tout simplement assassiner. [8]. La françAfrique, ou le maintien des anciennes colonies par la fRance, c’est aussi la monnaie du franc CFA qui est imprimé en frAnce, et dont le taux est toujours décidé en fRance (environ 1€ équivaut à 600F, c’est dire si la monnaie est faible..).

C’est oublié aussi que le nucléaire tant vanté pour l’indépendance énergétique de la fRance et son revers militaire sont principalement issus de l’extraction de l’uranium au Niger. Une des faces cachées du nucléaire français c’est la situation catastrophique qui entoure l’extractivisme dans les mines d’Arlit au Niger, l’indescente gestion des mines mais aussi des hôpitaux (comment contester une maladie liée au nucléaire ?), de l’eau et de l’électricité par l’entreprise française Orano (ex-Areva). Et si on n’est pas content·es, y a toujours l’armée française et l’Etat nigerien corrompu pour taire ta révolte. [9]

Franchement, j’ai la rage que tout ça passe aussi inaperçu. Sérieux, paie tes privilèges, quoi.

Et pour reprendre les paroles de Martial Pa’nucci… [10]

Sonnez, sonnez, sonnez la vendetta !!

Mort à la françAfrique !!

** Un électron libre **

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Source: Iaata.info