Juin 21, 2021
Par Le Monde Libertaire
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L’éducateur libertaire est né le 10 janvier 1859 à Alella, en Catalogne, dans une famille de paysans catholiques. Il a eu 13 frères et sœurs… Pendant son apprentissage, il se familiarise avec les idées républicaines. En 1886, il participe à une tentative insurrectionnelle pour établir une République sociale. Exilé en France, il se rapproche des milieux libertaires.
Hostile sans le dire ouvertement à la propagande par le fait, Francisco Ferrer est favorable à une transformation par évolution de la société. Éducationniste–réalisateur [<a title="Gaetano Manfredonia, Anarchisme et changement social. Insurrectionnalisme, syndicalisme, éducation-réalisateur, Lyon, ACL, 2007″ class=”notebdp”>note] , il pense que l’enseignement amène la transformation de la société.
En 1901, après avoir enseigné en France, il a l’opportunité de rentrer à Barcelone où il peut ouvrir la première École moderne, fortement inspirée par l’orphelinat de Cempuis crée par Paul Robin. Les buts de l’École moderne sont d’aider les élèves à acquérir leur autonomie en passant par l’apprentissage par eux-mêmes et la solidarité, par l’acquisition des connaissances sans dogme ni moralisme. Elle rencontre un franc succès et se développe en Catalogne puis en Espagne, bulletins et ouvrages se diffusent massivement.
Le 31 mai 1906, le jour du mariage du roi, Mateo Morral, le bibliothécaire de l’école, fait exploser une bombe qui, au lieu de toucher le couple royal, tombe dans la foule faisant près de 30 victimes. Ferrer, suspecté, est arrêté. L’école est suspendue.
Acquitté l’année suivante, il se lance dans la création d’un réseau international et d’une nouvelle publication l’École rénovée qui s’étend à la France, aux États-Unis, en Suisse. Le type d’éducation proposé veut rompre avec le système scolaire républicain version IIIe République, même s’il s’inspire en partie de sa vision scientifique, intellectuelle et morale. En Espagne, il rencontre de nouveau un succès.
En 1909, Barcelone est au bord de l’insurrection. Le 26 juillet, la grève générale éclate pour protester contre l’envoi du contingent au Maroc. Le gouvernement envoie l’armée et décrète l’état de siège. La ville se couvre de barricades. Des casernes se mutinent. Le gouvernement central envoie alors des colonnes armées et, en trois jours, réduit à néant l’émeute. Cela ne suffit pas à la tourbe réactionnaire et cléricale du gouvernement d’Alphonse XIII qui veut des têtes. Elle fait fermer les écoles laïques et les locaux des organisations ouvrières. À partir du 31 juillet, plusieurs milliers d’arrestations ont lieu : les condamnations se multiplient à l’exil, à la prison à perpétuité.
Absent d’Espagne, Ferrer est arrêté à son retour le 31 août, suite aux accusations que portent les autorités ecclésiastiques. Mis au secret, l’annonce de sa disparition génère une campagne internationale. Un comité de défense des victimes de la répression en Espagne, composé, est mis sur pied. En dépit des interventions internationales, le sabre et le goupillon n’en ont cure. Jugé sans défense, il est condamné à mort avec ses quatre compagnons d’infortune lors d’un procès à huis clos.
L’exécution a lieu le 13 octobre au matin. Sa mort provoque un déchaînement de colère. À Paris, à l’annonce de son exécution, plusieurs milliers de manifestants tentent de prendre d’assaut le 34 rue de Courcelles, siège de l’Ambassade d’Espagne. Les émeutiers tiennent des barricades jusqu’à 3 heures du matin [<a title="voir le récit de Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir, Montreuil, Libertalia/L’insomniaque, 2014.” class=”notebdp”>note] . Mais l’Église espagnole a eu la tête d’un de ses principaux adversaires.

Cinquante ans après, Albert Camus écrivait, à propos de cet assassinat : « Francisco Ferrer pensait que nul n’est méchant volontairement et que tout le mal qui est dans le monde vient de l’ignorance. C’est pourquoi les ignorants l’ont assassiné et l’ignorance criminelle se perpétue encore aujourd’hui à travers de nouvelles et inlassables inquisitions. En face d’elles pourtant, quelques victimes, dont Ferrer, seront toujours vivantes. »

Pour poursuivre :
L’ouvrage de sa fille Sol Ferrer,. La Vie et l’œuvre de Francisco Ferrer Un martyr au XXe siècle, Paris, Librairie Fischbacher, 1962.consultable en ligne.
Les deux ouvrages de Sylvain Wagnon sur Francisco Ferrer. Pour une morale rationaliste, fraternelle et laïque et Une Éducation libertaire en héritage, Lyon, Atelier de création libertaire, 2017 et 2018.

Sylvain Boulouque

(1) Gaetano Manfredonia, Anarchisme et changement social. Insurrectionnalisme, syndicalisme, éducation-réalisateur, Lyon, ACL, 2007
(2) voir le récit de Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir, Montreuil, Libertalia/L’insomniaque, 2014.




Source: Monde-libertaire.fr