DĂ©cembre 8, 2020
Par ACRIMED
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« Tourner le dos Ă  l’hystĂ©risation de l’info Â» : c’était l’objectif de Franceinfo selon un de ses promoteurs, Michel Field, alors directeur de l’information de France TĂ©lĂ©visions. « On prĂ©fĂšre louper un scoop que raconter n’importe quoi Â», assurait quant Ă  elle Delphine Ernotte, prĂ©sidente du groupe [1]. Patatras : moins de trois semaines aprĂšs son lancement, le samedi 17 septembre 2016, la chaĂźne publique d’info en continu annonce une prise d’otage en cours Ă  Paris qui s’avĂšre
 une fausse alerte. On ne pouvait imaginer pire dĂ©marrage. Mais ce ratage n’a rien d’anecdotique : il tĂ©moigne des contradictions d’un projet qui, sous prĂ©texte de faire « autrement Â», emprunte aux chaĂźnes privĂ©es en place l’essentiel de ses principes de fonctionnement.

Un projet mis en Ɠuvre dans un temps trĂšs court : pris en charge par Delphine Ernotte Ă  son arrivĂ©e Ă  la tĂȘte de France TĂ©lĂ©visions (depuis la direction d’Orange France) en aoĂ»t 2015, il aboutit un an plus tard, au prix d’une rĂ©organisation et d’une mobilisation Ă©reintantes en interne, qui soulĂšvent dĂšs le dĂ©but des questionnements : quels seront les moyens mis Ă  disposition, Ă  quoi ressemblera le rythme de travail pour les journalistes et techniciens engagĂ©s dans le projet ? L’équipe prĂ©vue pour le lancement rĂ©unira prĂšs de 170 salariĂ©s dont la moitiĂ© sont issus de recrutements extĂ©rieurs, pour un coĂ»t de 15 millions d’euros pour France TĂ©lĂ©visions et 3,5 millions pour Radio France. Des sommes alors trois fois infĂ©rieures au budget annuel de BFM-TV et de I-TĂ©lĂ©. Des « synergies Â» Ă©taient cependant prĂ©vues entre les diffĂ©rents supports impliquĂ©s : la radio France Info, le site Francetvinfo.fr et la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision – les rĂ©dactions des deux premiers continuant cependant d’exister sĂ©parĂ©ment.

Quoi qu’il en soit, le ton est donnĂ© : celui d’un budget resserrĂ© au possible [2] et d’une information « low cost Â» caractĂ©ristiques des chaĂźnes d’info en continu. Le faible nombre de journalistes (70 environ) s’inscrit Ă©galement dans une fourchette basse par rapport aux autres chaĂźnes. Avec comme chez les concurrentes, des journalistes « assis Â» et multitĂąches, en charge de rĂ©aliser des sujets, images, sons, dans des temps record pour remplir le temps d’antenne. Et qui auront cependant – particularitĂ© de la chaĂźne – la possibilitĂ© de puiser dans les ressources (en termes d’images notamment) des partenaires de la chaĂźne : celles des chaĂźnes du groupe France TĂ©lĂ©visions, de France 24, de Radio France ou encore de l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Selon Renaud Revel, les journalistes reporters d’images (JRI) de la chaĂźne seront Ă©galement soumis Ă  des principes plus stakhanovistes encore que ceux adoptĂ©s par les autres chaĂźnes d’info en continu :

Cette Ă©quipe, pour ainsi dire commando, s’est vue dotĂ©e de moyens techniques pour les reportages en direct d’un systĂšme baptisĂ© TVupack. Les reporters d’image de France 2 avaient fait cinq jours de grĂšve en 2015 quand la direction de l’information avait voulu leur imposer ces matĂ©riels qui permettent Ă  un mĂȘme reporter de tout faire : du tournage au montage, jusqu’à la livraison de son sujet. MĂȘme chose Ă  France 3 nationale oĂč cet outil avait Ă©tĂ© refusĂ©. Et idem Ă  BFM-TV, une chaĂźne passĂ©e maĂźtre dans la compression des coĂ»ts et l’info « low cost Â», mais oĂč l’on a renoncĂ© de longue date Ă  dĂ©pĂȘcher sur le terrain des reporters sans Ă©quipier [3].

Avec des moyens si rĂ©duits, on pouvait d’emblĂ©e se douter que Franceinfo ne rĂ©volutionnerait pas l’information en continu. NĂ©anmoins la chaĂźne pouvait se prĂ©valoir, sur le papier, de quelques spĂ©cificitĂ©s, liĂ©es notamment Ă  ses partenariats avec France Info (la radio), France 24 ou encore l’INA. Qu’en est-il de « l’info autrement Â» prĂŽnĂ©e par la chaĂźne ? C’est ce que nous avons tentĂ© de savoir en examinant ses programmes.

Adaptation aux recettes du privé

La grille de Franceinfo est balisĂ©e par plusieurs « moments clĂ©s Â» et programmes rĂ©guliers : l’entretien de la matinale, les interviews politiques (« L’invitĂ© politique Â», « Questions politiques Â», etc.), les « pastilles Â» Ă©conomiques (« L’Éco Â», « L’interview Ă©co Â», etc.), les Ă©missions de dĂ©bat (« Les informĂ©s Â») et les magazines gĂ©nĂ©ralistes ou culturels (« La faute Ă  l’Europe ? Â» ; « Vrai ou fake Â» ; « Cultissime Â» ; « Culturebox Â», « Soyons Claire Â» ; « Ouvrez le 1 Â», etc.). Leur analyse permet de souligner combien la tĂ©lĂ© publique, loin de « faire autrement Â», produit Ă  quelques exceptions prĂšs la mĂȘme chose qu’ailleurs, et cĂšde en particulier aux mĂȘmes Ă©cueils que ses consƓurs du privĂ© :

— Triomphe du commentaire : les Ă©ditorialistes sont en bonne place dans les programmes de la chaĂźne, qu’ils assortissent les flash-infos de leurs « dĂ©cryptages Â» de la politique politicienne, qu’ils sĂ©vissent dans les interviews – en pratiquant le « deux poids deux mesures Â» traditionnel –, ou qu’ils pĂ©rorent sur tout et n’importe quoi dans les Ă©missions de dĂ©bat. À cet Ă©gard, la chaĂźne d’info ne peut se prĂ©valoir d’aucune originalitĂ© : comme BFM-TV ou LCI, elle porte haut les couleurs du commentaire en continu et de la communication en huis clos. Dans « Les informĂ©s Â», seul plateau de « dĂ©bat Â» Ă  proprement parler, nous avons calculĂ© que, sur une pĂ©riode de six mois, les journalistes, les communicants et les sondologues accaparaient 86 % des invitations. NouveautĂ© de la rentrĂ©e 2020 : l’émission connaĂźt dĂ©sormais une dĂ©clinaison matinale ! Pour deux fois plus de « blabla Â», et des dĂ©bats excluant quasi systĂ©matiquement les premiers concernĂ©s : Ă  titre d’exemple, nous avons relevĂ© que sur les 135 sujets ayant abordĂ© le mouvement des gilets jaunes en six mois (du 1er janvier au 30 juin 2019), une seule d’entre eux a Ă©tĂ© reçue en plateau ! D’oĂč nos conclusions de l’époque, que nous ratifions encore aujourd’hui :

[« Les informĂ©s Â» produisent] une information oĂč l’enquĂȘte et le reportage ont cĂ©dĂ© la place au journalisme de commentaire, aux boursicotages inspirĂ©s de tel ou tel tweet, et aux spĂ©culations sur les stratĂ©gies politiciennes prĂ©levĂ©es Ă  la source [
]. Un journalisme incarnĂ© par des professionnels si proches des cercles de pouvoir – politiques et Ă©conomiques – que leur mĂ©tier finit par se confondre avec le mĂ©tier de ceux dont ils prĂ©tendent rendre compte : les communicants d’entreprise, et les communicants politiques [4].

— Impasse du pluralisme politique. Un exemple clĂ© : celui de la matinale (« 8 h 30 Fauvelle/DĂ©ly Â») qui, comme ses concurrentes du privĂ©, se caractĂ©rise par un pluralisme anĂ©miĂ© [5]. Sur la pĂ©riode du 17 mars au 30 avril, les reprĂ©sentants politiques reprĂ©sentent 70 % des invitĂ©s (23 au total), et une Ă©crasante majoritĂ© du temps de parole est accordĂ©e aux partis de droite en gĂ©nĂ©ral (Modem, LREM, LR et RN), et au gouvernement en particulier : ce dernier cumule en effet Ă  lui seul 11 invitations, plus un fauteuil Ă  un dĂ©putĂ© LREM, et un second au Modem. Les RĂ©publicains totalisent quant Ă  eux 7 fauteuils, le RN 2, suivi des socialistes et des insoumis (1 invitation chacun).

— L’information Ă©conomique, qui se rĂ©sume simplement : parole aux patrons. Le verrouillage Ă©ditorial est identique du cĂŽtĂ© des interviews Ă©conomiques. Dans deux prĂ©cĂ©dents articles, nous avions passĂ© deux d’entre elles au crible, « L’Éco Â» et « L’interview Ă©co Â». Concernant la premiĂšre, notre Ă©tude de 75 interviews (aoĂ»t 2017-janvier 2018) ne dĂ©nombrait pas moins de 41 invitations de chefs et cadres d’entreprise, reprĂ©sentants patronaux et acteurs du monde de la finance, pour seulement
 3 dirigeants syndicaux. Concernant « L’interview Ă©co Â», notre analyse (octobre 2017-janvier 2018) portait sur 47 interviews, dont 38 Ă©taient accordĂ©es Ă  des dirigeants d’entreprise et reprĂ©sentants patronaux, contre
 3 Ă  des syndicalistes [6]. Comme nous l’écrivions alors :

Le programme ne dĂ©pareillerait pas sur BFM-Business. [
] Aucune chance d’entendre de « petits acteurs Â» de la vie Ă©conomique, simples salariĂ©s, artisans, travailleurs indĂ©pendants, intĂ©rimaires ou prĂ©caires, ni Ă©videmment le moindre chĂŽmeur – dont chacun sait qu’ils [
] ne sont en aucune façon concernĂ©s par « l’actualitĂ© Ă©conomique Â» –, venir parasiter les voix expertes des entrepreneurs, des reprĂ©sentants patronaux et des technocrates qui se succĂšdent au micro.

— Â« PrioritĂ©s au direct Â» et journalisme de remplissage. « Sur le fond, on va essayer de dĂ©crypter davantage, de moins hystĂ©riser l’information et de prendre un peu de recul [7] Â» promettait le journaliste Louis Laforge au moment du lancement de la chaĂźne. Depuis, pourtant, on ne compte pas les plantages, de la « fausse alerte attentat Â» de septembre 2016 aux couacs durant l’attentat de Barcelone (aoĂ»t 2017)
 jusqu’à l’arrestation supposĂ©e de Dupont de LigonnĂšs. Les journalistes de la chaĂźne publique, comme leurs homologues du privĂ©, n’avaient pas lĂ©sinĂ© sur le « feuilletonnage Â», Ă  grand renfort d’experts, d’une « affaire Â» qui s’avĂ©rait moins de 24 heures plus tard
 une fausse information. Autre exemple : le remaniement gouvernemental d’octobre 2018, ayant donnĂ© lieu Ă  des sĂ©quences de divination journalistique d’une vacuitĂ© sidĂ©rale. Des Ă©pisodes qui montrent combien la chaĂźne publique, alignĂ©e sur ses concurrentes, est prĂȘte Ă  bousculer son agenda, Ă  s’engager dans la course au scoop et dans le journalisme de remplissage caractĂ©ristique des « Ă©ditions spĂ©ciales Â»â€Š qu’importe l’information, pourvu qu’il y ait le flux – et des plateaux remplis.

Information ou produit de consommation ?

À considĂ©rer ces diffĂ©rents travers, on peine dĂ©cidĂ©ment Ă  percevoir en quoi consiste « l’info autrement Â» prĂŽnĂ©e par Franceinfo. Selon ses promoteurs, une des originalitĂ©s de la chaĂźne devait rĂ©sider dans des « modules de dĂ©cryptage Â», mettant l’accent sur des formats courts, des infographies facilement partageables sur mobile et sur les rĂ©seaux sociaux. L’objectif : proposer une « autre narration de l’actualitĂ© Â», selon le verbiage de Germain Dagognet, alors directeur dĂ©lĂ©guĂ© Ă  l’information de France TĂ©lĂ©visions.

Dans sa grille journaliĂšre, ces modules prennent notamment la forme de petites « pastilles Â» de reportage, parfois de trĂšs bonne facture, offrant une vitrine Ă  des sujets sociaux ou internationaux qui n’ont de place nulle part ailleurs (ou presque) sur les chaĂźnes d’info. Des pastilles qui tĂ©moignent d’une plus grande capacitĂ© de Franceinfo Ă  s’extraire de l’actualitĂ© dite « chaude Â», mais qui ne sont pas sans parfois laisser le tĂ©lĂ©spectateur sur sa faim.

D’une part, parce que toutes s’enchaĂźnent les unes aprĂšs les autres sans qu’aucune hiĂ©rarchie Ă©ditoriale apparente leur donne de colonne vertĂ©brale.

D’autre part, parce que la durĂ©e des sujets « maison Â» n’excĂšde gĂ©nĂ©ralement pas deux minutes, sujets souvent intercalĂ©s entre des contenus mutualisĂ©s avec d’autres mĂ©dias (Brut, INA, France 3, France 24, feue France Ô [8]) trĂšs courts eux aussi. Pour quel rĂ©sultat ? À titre d’exemple, en l’espace d’un quart d’heure seulement, le tĂ©lĂ©spectateur saute d’un reportage sur les « dĂ©mineuses du Vietnam Â» Ă  un voyage en compagnie des « derniers guerriers tatouĂ©s de Birmanie Â», en passant par un sujet sur les agressions sexuelles dans les festivals, un JT brassant cinq titres, un « Vu des rĂ©gions Â» sur l’hibernation perturbĂ©e des tortues d’Hermann et un numĂ©ro d’« Outre-mer Express Â» balayant Ă  son tour trois « actualitĂ©s Â»â€Š

Construites Ă  la maniĂšre des vidĂ©os des mĂ©dias sociaux type Brut [9] – dont Franceinfo diffuse certains contenus, et auquel il emprunte la principale marque de fabrique (du texte en surexposition de l’image, permettant de lire sans le son) –, les pastilles sont avant tout pensĂ©es pour les rĂ©seaux sociaux et la lecture sur smartphone. Un format qui permet certes d’informer sur certains sujets, mais a minima, contraignant au survol, pour ne pas dire Ă  la superficialitĂ©. À croire qu’il est devenu impensable, pour les rĂ©dactions, de tolĂ©rer une information du temps long ou moyen, au prĂ©texte (fallacieux) de perdre le tĂ©lĂ©spectateur, et aux dĂ©pens de journalistes qui, Ă  l’international ou en rĂ©gions, voient leur travail Ă©miettĂ© dans un produit (peu) fini.

« Nous devons rĂ©pondre Ă  un changement culturel : les gens consomment de l’information en mobilitĂ© Â», expliquait Germain Dagognet. C’est malheureusement le goĂ»t amer que nous laisse la majeure partie de la production de la chaĂźne publique : vite « consommĂ©e Â», vite oubliĂ©e. Une philosophie d’ailleurs revendiquĂ©e par la direction de Franceinfo. À propos de ceux qu’ils nomment les « consommateurs d’info Â», Germain Dagognet et Laurent Guimier (alors directeur de France Info – la radio) dĂ©claraient au Figaro (4 sept. 2016 [10]) : « Les jeunes sont devant leurs smartphones et ils veulent que l’info s’adapte Ă  eux. Volontairement, nous avons donc crĂ©Ă© des formats capables d’exister sur les smartphones. Nous avons adoptĂ© les codes de Snapchat et de Facebook. En tĂ©lĂ©, cela fonctionne aussi. Â» Il s’agit donc, avant toute rĂ©flexion proprement Ă©ditoriale axĂ©e sur les contenus que souhaitent produire les journalistes, de penser le « produit information Â» et les formes optimales que ce dernier pourra prendre en vue de capter le plus d’audiences.

Un raisonnement techniciste, justifiant la production d’une information hachĂ©e par les modes dĂ©cousus de la pseudo-consommation contemporaine. Le saucissonnage de l’information, caractĂ©ristique de la radio France Info, touche ainsi tous les formats, jusqu’aux Ă©missions : le talk-show principal est entrecoupĂ© de « flashs infos Â» intervenant toutes les dix minutes, et les magazines, conçus comme une accumulation de « pastilles Â». Un seul exemple : lancĂ©e en septembre 2020, la nouvelle Ă©mission hebdomadaire « INAttendu Â» se donne prĂšs de 25 minutes pour « revisiter l’actualitĂ© contemporaine grĂące Ă  des images d’archives Â» de l’INA. Un principe trĂšs enthousiasmant sur le papier, mais frustrant Ă  l’écran : le magazine est dĂ©coupĂ© en cinq chapitres au moins, pour autant de « sujets Â» diffĂ©rents, rĂ©duisant les possibilitĂ©s d’exploiter le puits d’archives de l’INA de maniĂšre rĂ©ellement informative. Et ce d’autant qu’en plus de varier les thĂ©matiques, la rĂ©daction varie les genres, souvent Ă  mi-chemin du divertissement, selon le modĂšle d’infotainment pratiquĂ© par exemple par « Quotidien Â» – ce qui n’est pas un mal en soi, mais vise des objectifs diffĂ©rents [11]
 Ainsi de la pastille « Vous pouvez rĂ©pĂ©ter ? Deux Ă©poques, une mĂȘme question Â», qui se propose de rĂ©aliser les mĂȘmes micro-trottoirs Ă  des annĂ©es d’intervalle ; ou encore l’éphĂ©mĂ©ride « Ă‡a s’est passĂ© un
 Â», proposĂ©e sous la forme d’un zapping. Sans surprise, la partie la plus intĂ©ressante de l’émission est celle qui dure le plus longtemps (et on ne parle lĂ  que de 7 minutes environ), lorsqu’un journaliste remet en perspective un fait social d’actualitĂ© au moyen de diffĂ©rentes archives sĂ©lectionnĂ©es et traitĂ©es de maniĂšre chronologique.

Enfin, le principe marketing d’une diffĂ©rentiation par les « nouvelles technologies Â» se retrouve dans la mise en scĂšne de toute une sĂ©rie de gadgets : le recours Ă  des dessins et tableaux « interactifs Â», Ă  un Ă©cran tactile baptisĂ© « mur magique Â» que les journalistes doivent s’employer Ă  manipuler pour faire dĂ©filer illustrations, graphiques et captures d’écran issues de Twitter ou Snapchat. Est Ă©galement mise en scĂšne une ambiance « start-up Â», sous le signe de la « transparence Â» : le cadreur se dĂ©place dans les locaux, en « open space Â», oĂč les tĂ©lĂ©spectateurs peuvent voir les salariĂ©s travailler. « Montrer les coulisses, c’est un choix. Voir des gens au travail est essentiel pour retrouver la confiance des gens, montrer que nous ne sommes pas dans la facilitĂ© Â», expliquait ainsi HervĂ© Brusini, directeur de la stratĂ©gie, au lancement de la chaĂźne [12].

D’autres options auraient pourtant pu ĂȘtre privilĂ©giĂ©es pour retrouver la confiance du public : comme mettre l’accent sur la qualitĂ© de l’information, le pluralisme des idĂ©es, l’originalitĂ© des programmes. Las, la direction de Franceinfo semble avoir plutĂŽt fait le choix de l’information « low cost Â» et du conformisme. Et malgrĂ© quelques exceptions notables, la diffĂ©rence revendiquĂ©e par la chaĂźne, Ă  grand renfort d’arguments « technologiques Â», semble se rĂ©sumer Ă  un simple argument marketing. Était-il possible de faire autrement, compte tenu des budgets mis en Ɠuvre ? On peut en douter. Plus que jamais, un vĂ©ritable service public de l’information, rĂ©ellement affranchi des logiques concurrentielles et consumĂ©ristes, reste Ă  inventer. Avec une condition nĂ©cessaire : ĂȘtre dotĂ© des moyens nĂ©cessaires pour remplir sa mission d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Tout l’inverse du projet de « holding Â» de l’audiovisuel public, adossĂ© Ă  des politiques – passĂ©es, en cours et futures – de saignĂ©es budgĂ©taires.

Frédéric Lemaire et Pauline Perrenot




Source: Acrimed.org