Avril 16, 2022
Par Le Monde Libertaire
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« De toutes les illusions modernes, le bulletin de vote a certainement été la plus puissante. D’ailleurs, la plupart des gens y croient. » Lucy Parsons.
En ce moment, et comme à chaque fois lors des élections présidentielles, la majeure partie de la sphère politico-médiatique s’agite autour de ce non-événement qui consiste à élire un.e futur.e monarque, qui de toute façon, ne changera rien, ou si peu.

Le système végétatif qu’est la démocratie représentative
Élire des représentant.es qui pourront, une fois élu.es, jouir à leur guise du pouvoir reçu du peuple et prendre n’importe quelle décision en son nom, semble insensé et suicidaire. D’autant plus que, même parés de bonnes intentions, ces représentants n’auront de toute manière pas d’autre choix que d’obéir aux lois du capitalisme mondialisé, et de la sorte, prendre des décisions pour lesquelles les électeurs.trices n’ont pas voté.
Mais c’est pourtant bien ça la démocratie représentative : un système qui végète, et penser pour que rien ne change vraiment… tout en faisant croire le contraire !
Soyez-en sûr.es, qu’untel ou unetelle soit élu.e, les 1 % continueront de s’accaparer les richesses que produisent les 99 autres, et poursuivrons la destruction de la planète et du vivant pour leur seul profit.

Seulement, nos politiques, ces VRP des capitalos, iels les veulent ces places, et pas uniquement le trône bien entendu.
Ainsi, pour être élu.es, iels retournent leur veste, font semblant, illusionnent, font des smileys, se prêtent aux comédies télévisuelles, retournent leur chemise, mentent, opèrent des alliances contre nature, se donnent en spectacle, dénigrent leurs opposants puis louent leurs qualités lorsque le vent tourne, promettent, se servent de n’importe quel fait comme argument de campagne, s’affrontent puis se rabibochent, font des bisous, retournent leur pantalon, enlèvent leur… bref, iels sont prêt.es au pire pour gagner l’élection et obtenir la place tant convoitée, qui leur permettra d’user du pouvoir, d’engranger les deniers de l’État et de placer leurs proches.
Et puis, combien d’entre elles et eux, une fois un peu de pouvoir entre les mains, se retrouvent corrompu.es et empêtré.es dans de multiples « affaires » ? De droite, de gauche ou d’ailleurs, iels sont plus ou moins tous les mêmes. Les luttes sociales ne les intéressent plus autant une fois au pourvoir, car iels savent bien qu’iels ne sont pas mesure de changer les choses. Alors, on se rince comme on peut, tant que l’on est assis sur son siège… éjectable.

N’en déplaise à la pensée dominante, la démocratie représentative et sa meute de politicien.nes ne sont pas crédibles, comme on le voit trop bien lorsque l’on veut bien ôter ses œillères.

À la place, nous, les anarchistes, luttons pour l’avènement de la démocratie directe…

La démocratie directe, l’unique et véritable démocratie
Comme montré dans un article [note] , il apparaît clairement que seule la démocratie directe, qui dans les faits est un procédé anarchiste, s’avère crédible comme système politique.
Dans une démocratie directe, il n’y a pas d’élu.es mais des mandaté.es sans pouvoir sur les autres personnes et non rémunéré.es. Ces mandaté.es, volontaires et bénévoles, sont désigné.es par la base pour réaliser des tâches définies à l’avance, et sont révocables à tout moment s’iels ne remplissent pas leur mandat. C’est ce que l’on appelle le mandat impératif. Par là même, nous ne déléguons pas notre pouvoir à d’autres qui en feront ce qu’iels en voudront une fois l’élection gagnée, mais nous gardons le contrôle sur les décisions collectives qui sont prises au consensus par celles et ceux qui voudront bien s’y coller.
En élargissant ce principe aux autres domaines sociétaux, on remplace la hiérarchie par l’autogestion, et l’on éradique ainsi l’exploitation de l’humain par l’humain. On s’organise, à l’internationale, sur le principe du municipalisme et du fédéralisme libertaire, et l’on éradique ainsi les frontières et les guerres. On met en place une décroissance économique basée sur l’écologie radicale et l’arrêt de la recherche de profit pour ne produire que ce dont nous avons besoin, et l’on éradique ainsi la surconsommation et la destruction de la Terre et du vivant. Et cetera, car c’est sans fin une fois que l’on a compris le principe.
On parvient alors à une société sans dieu ni maître, sans classe ni État, plus juste, plus égalitaire et plus respectueuse, une société où nous avons le temps de vivre sans courir derrière l’argent, bref, une société anarchiste.

Mais les 1 %, celles et ceux qui profitent plus que de raison du système dominant actuel, ne veulent pas entendre parler d’une telle société, bien évidemment.
Légitimant leur position et leurs richesses sur le fait que, « Nous sommes en démocratie », et que, « C’est l’égalité des chances », iels attendent des 99 % qu’iels se rendent aux urnes, ces dernier.ères exprimant ainsi leur accord avec le système dominant actuel.
Alors, foutons-leur la trouille en n’allant pas voter !
Mais, ne pas voter…

Ne pas voter ne suffit pas
Et simplement protester ou appeler au changement non plus !
Il nous faut nous organiser et lutter.
Les dominés, les exploités et les dépossédés ont tout intérêt à s’organiser et à lutter contre les dominants, les exploiteurs et les possédants, qui eux luttent aussi, mais pour conserver leurs privilèges.
Et les façons de faire ne manquent pas.
Rejoindre des collectifs, des associations, des mouvements, des fédérations… ou construire n’importe quel moyen de lutte, puis militer et agir ensemble pour inventer un monde plus juste et parvenir à une vie plus digne.
Défiler, manifester, se rassembler, participer à des actions publics, occuper des ronds-points, coller autocollants et affiches… permet de s’exprimer, de montrer qu’on existe, ainsi que de toucher et de sensibiliser la population, tout en restant visible et présent sur le terrain.
Diffuser journaux, livres, brochures, tracts, vidéos… organiser des prises de parole, des visionnages publics, des conférences… sont encore autant de moyens d’informer la population de ce qu’on lui cache, et de contribuer à l’éducation populaire nécessaire à chacun afin de parfaire son esprit critique et sa liberté de penser.
Dans la mesure du possible, désobéir, ne pas se soumettre et ne pas tomber dans le conformisme sont des manières de s’affirmer et d’exister en tant qu’individu. Cela permet aussi d’éviter de faire des choses allant à l’encontre de nos convictions, et de refuser de collaborer avec les 1 %.
Faire preuve d’empathie, d’entraide et de solidarité à tout moment.
Adopter un mode de vie plus simple et plus proche de la nature en ne consommant que ce que l’on a réellement besoin, en ne gaspillant pas les ressources, et en se débarrassant du superflu qui nous emprisonne, ainsi qu’en éliminant ces détails dans lesquels se cache le diable comme on dit. Et pour aller plus loin, abandonner la voiture pour le vélo, choisir un habitat alternatif (léger, participatif, collectif, écologique…), ou opter pour le zadisme et le nomadisme.
Au travail, débrayage, grève, occupation, sabotage… le rejet des cadences infernales, des tâches inutiles, des hiérarchies et de l’autoritarisme, sont autant de manière de faire, non seulement collectives, mais si l’on réfléchit bien, individuelles aussi. Le tout est d’enrayer la machine, et encore une fois, de collaborer le moins possible avec les 1 %. Ne pas engraisser le patronat, l’actionnariat et l’État avec notre sueur est déjà un pas vers l’autogestion.
Se rassembler, résoudre les problèmes, décider en commun et gérer nos vies nous-mêmes, plutôt que de laisser des élu.es nous gouverner et nous diriger comme des pions.

De façon générale, vivre le plus possible en accord avec ses principes libertaires et les propager autour de soi et au-delà, de même que militer et se rebeller, permettra l’émancipation individuelle et collective, et l’aboutissement à une société libertaire. Et ce n’est pas en votant, en attendant le grand soir ou une révolution qui sera immanquablement récupérée, que nous parviendrons à l’anarchie, mais en la vivant, en militant et en se rebellant au quotidien. La révolution ultime, celle qui installera l’anarchie, sera celle des esprits.
Cependant, les représailles et la répression nous guettent, et se montrent parfois impitoyables avec celles et ceux qui luttent et refusent d’entrer dans le moule de la société dominante. Dès lors, on ne veut pas perdre son boulot ou le peu dont nous nous contentons. On ne souhaite pas non plus être poursuivis par la justice ou être blessés.
Il est alors légitime d’avoir peur d’affronter le patronat et l’État.
C’est pourquoi la peur…

La peur doit changer de camp
Gardons bien une chose à l’esprit : nous sommes les 99 % ! Nous sommes donc les plus nombreux !
Vous croyez que les 1 % n’ont pas peur de nous ?
Mettons-nous deux minutes à leur place.
Iels savent bien que, non seulement le nombre joue en leur défaveur, mais qu’en plus, nous pouvons tout bloquer du jour au lendemain si nous le décidons. Si les humains arrêtent de s’entre-déchirer pour des questions ethniques, religieuses ou politiques et s’unissent tous, quelle que soit leur classe, contre celle des dominants, alors la donne changera. Et les dominants en sont bien conscients.
Les 1 % savent bien que les privilèges dont iels profitent sont illégitimes et peuvent brusquement leur échapper. Iels savent bien, pour la plupart, que la répartition des richesses est injuste et qu’il n’est pas normal qu’un enfant meure de faim toutes les cinq secondes dans le monde alors qu’iels croulent sous des tonnes de bouffe.
Vous croyez que les bourgeois n’ont pas peur de toutes ces manifestations, de tous ces drapeaux, de tous ces slogans, de tous ces heurts et de tous ces prolétaires ? Iels ont même eu peur de l’arrivée au pouvoir de la gauche socialo-communiste en 1981 !
Vous croyez qu’iels n’ont pas peur de tous ces gens dans les rues lors des manifs qui s’attaquent au capital et en détruisent ses symboles à coup de slogans ou de masse ? Vous croyez qu’iels n’ont pas peur de ces innombrables auteurs et artistes divers dénonçant sans relâche dans leurs œuvres combien toutes ces iniquités sociales sont la faute du capitalisme ?
Bien sûr qu’iels ont la pétoche et se demandent jusqu’où et jusqu’à quand les États et leurs chiens de garde (police, armée…) pourront contenir ces hordes qui pourraient encore se multiplier si les autres savaient ou arrêtaient de faire semblant de ne pas savoir.
Assurément que celles et ceux d’en haut ont les chocottes pour leurs grosses baraques, leurs grosses bagnoles, leurs piscines, leur Rolex, leur caviar, leur yacht, leur avion ou je ne sais quoi encore. C’est certain même qu’iels ont plus que peur de perdre leur pactole. Pourtant, nous n’en voulons pas de leurs artifices et de leur luxe. Tout ce que nous voulons, c’est mettre fin à leur domination, à leur exploitation, et vivre librement dans l’égalité et la dignité.

Alors, de temps en temps, lorsque celles et ceux d’en bas grognent plus que de coutume, les nantis du système, pour conserver leurs privilèges, leur lâchent quelques miettes du gâteau ou quelques pâquerettes. Ce sont les acquis sociaux, souvent très difficilement conquis dans les luttes. Ces acquis sociaux, certes nécessaires, mais qui, en fin de compte, ne font qu’assurer la continuité du système dominant actuel… tout comme les élections !
Ces élections qui légitiment l’ordre établi qui ne sera jamais renversé de cette façon, quel que soit le vainqueur, auxquelles les 1 % nous invitent tant à participer, afin que… les choses restent telles qu’elles sont !

En somme, qui a le plus peur ?
Nous ?
Un peu, et c’est normal.
Ou l’oligarchie, pour tout ce qu’elle possède ?
Et qui a le plus à perdre ?

Glisser un bulletin dans une urne et ne rien faire d’autre n’ont jamais changé l’ordre des choses. Au contraire, cela le rend acceptable et autorise sa reconduction perpétuelle.
C’est pourquoi, nous devons refuser cette parodie de démocratie, et nous auto-organiser pour reprendre nos vies en main.
Alors, foutons-leur la trouille en n’allant pas voter, et surtout, dès à présent, en militant et en nous rebellant.
« Pourquoi aller voter pour un moindre mal qui reste un trop grand mal. En continuant à accepter un moindre mal, nous acceptons d’oublier la possibilité du bien. » Ashon Crawley.

Frédéric Pussé
Fédération anarchiste – Moselle/Luxembourg
Le 25 janvier 2022




Source: Monde-libertaire.fr