Mai 12, 2021
Par Le Poing
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Le 21 avril dernier, une tribune de militaires publiĂ©e dans le journal Valeurs Actuelles s’inquiĂ©tait d’un dĂ©litement de la France, menacĂ©e par « l’islamisme Â» et les « hordes de banlieue Â». Ce texte prophĂ©tisant une guerre civile et une intervention de l’armĂ©e se soldant par des « milliers de morts Â» (rien que ça) n’avait entrainĂ© presque aucune rĂ©action dans un premier temps. À la suite d’une intervention de Jean-Luc MĂ©lenchon, certains membres du gouvernement ont finalement condamnĂ© la tribune et appelĂ© Ă  des sanctions. Tout en minimisant. S’agit-il pourtant d’une initiative isolĂ©e de gĂ©nĂ©raux retraitĂ©s, pour reprendre les termes de la ministre de la DĂ©fense
 ?

Une répression inspirée du Brésil ou des Philippines

Certainement pas. Selon un sondage Harris Interactive rĂ©alisĂ© pour LCI, 58% des Français interrogĂ©s expriment leur accord avec le texte. Une majoritĂ© consĂ©quente de la population envisagerait donc sĂ©rieusement un recours Ă  l’armĂ©e face Ă  des troubles graves que subirait actuellement le pays. Dans quel cadre ? Avec quels effets ? MystĂšre. MĂȘme s’il faut prendre ces enquĂȘtes d’opinion avec des pincettes, un tel rĂ©sultat devrait nous interpeler.

 Le 9 mai, rebelote – toujours dans Valeurs Actuelles. Cette fois, des militaires d’active s’expriment anonymement pour « alerter sur la gravitĂ© de la situation Â». Ils y font rĂ©fĂ©rence Ă  leurs collĂšgues morts sur divers champs de bataille, ayant « offert leur peau pour dĂ©truire l’islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol Â». Trois jours plus tĂŽt, un syndicat policier (France Police) adressait une lettre ouverte au prĂ©sident, rĂ©clamant l’aide de l’armĂ©e pour boucler des « territoires perdus Â», suivant en cela « le modĂšle israĂ©lien de sĂ©paration mis en place avec les territoires palestiniens Â». Et de poursuivre : « notre syndicat de police vous recommande de vous inspirer du modĂšle brĂ©silien et Philippin (sic) en matiĂšre de lutte contre le narco-terrorisme Â». Rappelons que dans chacun de ces pays, les victimes d’exĂ©cutions extralĂ©gales par les forces de l’ordre se comptent chaque annĂ©e en milliers, et le nombre est en augmentation.

Le serpent se mord la queue

Avec un tel soutien de l’opinion publique, nul doute que les militaires et les policiers rĂȘvant de reconquĂ©rir les banlieues Ă  coups de canons et de balles traçantes seront confortĂ©s dans leurs fantasmes sanglants. Qu’est ce qui a pu conduire Ă  une telle situation, dans un pays oĂč les coups de force sont associĂ©s Ă  la Guerre d’AlgĂ©rie ou aux dictatures bananiĂšres
 ? Si la CinquiĂšme rĂ©publique se construit par un coup d’Etat – celui du gĂ©nĂ©ral De Gaulle, l’armĂ©e est depuis sensĂ©e ĂȘtre apartisane. Et les forces de police strictement contrĂŽlĂ©es. Oui, mais non.

L’hystĂ©rie droitiĂšre qui prĂ©vaut dans les mĂ©dias permet d’entretenir un cycle sans fin, une surenchĂšre perverse menant Ă  une prophĂ©tie autorĂ©alisatrice : Ă  force d’annoncer la guerre civile, de menacer d’un grand danger, on finit par le faire apparaĂźtre pour « prendre les devants Â». Qu’on ne s’y trompe pas : des Ă©ditorialistes rĂ©acs aux officiers nostalgiques du putsch des gĂ©nĂ©raux en passant par les syndicats policiers et les politiques opportunistes, tout ce petit monde profite de la situation et entretient ce climat de terreur. Pourquoi parler des vrais sujets quand on peut se poser en rempart contre le chaos Ă  venir ? Rappelons alors quelques faits.

Les syndicats de police jouent la surenchĂšre fascisante car les gouvernants leur offrent tout ce qu’ils demandent. Les guerres au Mali, en Afghanistan ou en Centrafrique Ă©voquĂ©es par la nouvelle tribune des militaires ne permettent pas de faire reculer le terrorisme : elles se font au nom d’intĂ©rĂȘts Ă©conomiques occultes, et nourrissent justement le terrorisme. Le trafic de drogue ou l’islamisme ne sont pas les consĂ©quences d’un laxisme imaginaire mais de dĂ©cennies de gestion sĂ©curitaire et de mesures d’austĂ©ritĂ© ayant pavĂ© la voie au chacun pour soi et aux idĂ©ologies rĂ©actionnaires. Parler de valeurs rĂ©publicaines et de libertĂ©s publiques en appelant Ă  la rĂ©pression militaire est une hypocrisie sans nom. Les mĂ©dias ne se font pas les porte-paroles de ce que l’opinion publique pense : ils façonnent cette derniĂšre. Enfin, tout ce personnel vivant des peurs qu’il attise a et aura du sang sur les mains, et devra ĂȘtre considĂ©rĂ© pour ce qu’il est.

Plus que jamais les pires criminels sont au pouvoir. Et ils nous préparent un futur bien sombre.




Source: Lepoing.net