Octobre 17, 2019
Par CNT Travail & Affaires sociales
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Dans un contexte d’effondrement des services publics, de dĂ©mantĂšlement du ministĂšre du travail et d’épuisement de l’inspection du travail en particulier, la DGT n’a rien trouvĂ© de mieux que d’ajouter une nouvelle couche de rĂ©pression et stigmatisation des agents.

Tout pour le GOSPLAN1

Certes la direction du ministĂšre n’en est pas Ă  son coup d’essai et semble coutumiĂšre du fait. Matraquer les agents avec la politique du chiffre et les rendre responsables des suppressions de postes et donc de la dĂ©gradation de leurs conditions de travail n’est pas nouveau. Le courrier honteux de 12 pages du DGT envoyĂ© en mars dernier constitue un modĂšle du genre et venait acter une rupture totale entre une vision d’un service public au service des salariĂ©s dĂ©fendue tant bien que mal, et au dĂ©triment de leur santĂ©, par les agents de terrain ; et une administration obnubilĂ©e par une politique du chiffre qui n’a d’autre objectif in fine que de justifier leur existence, leur poste et l’inflation plĂ©thorique d’échelons hiĂ©rarchiques et de pilotes en tout genre qui sont apparus ces derniĂšres annĂ©es. Tout peut bien disparaĂźtre tant qu’il y a des chiffres Ă  faire remonter et des plans d’actions Ă  valoriser. Peu importe le travail rĂ©el, peu importe l’état des agents du moment que les objectifs du GOSPLAN sont atteints.

stakhanov benchmarking

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NĂ©anmoins devant le tollĂ© suscitĂ© par ce dernier courrier nous aurions pu penser que la DGT allait avoir la dĂ©cence de calmer le jeu pendant quelques temps. Mais non ! Toute honte bue notre administration va toujours plus loin, toujours plus fort. DĂ©sormais elle passe Ă  la vitesse supĂ©rieure en ordonnant le fichage des agents. Dans un mail du 12 septembre 2019, Laurent Vilboeuf, DGT adjoint, a ainsi demandĂ© Ă  l’ensemble des DIRECCTE de « faire remonter la liste des agents qui ne saisissent pas leur activitĂ© dans Wiki’t pour le 31 octobre 2019 au plus tard », ceci afin de « dĂ©terminer les mesures les plus appropriĂ©es ».

C’est donc bien d’un fichier nominatif des agents manquant d’enthousiasme dans le renseignement de WIKI’T dont il s’agit ; charge Ă  l’encadrement intermĂ©diaire d’effectuer le sale boulot. Nous allons voir que dans certains endroits c’est avec zĂšle qu’ils s’y sont appliquĂ©s.

Cachez cet avis que je ne saurais voir

Pour atteindre ses objectifs la direction du ministĂšre ne s’embarrasse mĂȘme plus de lĂ©galitĂ©. Depuis le dĂ©but de la mise en place de ce merveilleux outil, la DGT n’a eu de cesse de rĂ©pĂ©ter que WIKI’T ne devait pas servir Ă  un fichage individuel Ă  des fins d’évaluations. Dans cette lignĂ©e la CNIL rappelait dans, sa dĂ©libĂ©ration du 6 octobre 2015, que WIKI’T ne pouvait, conformĂ©ment aux objectifs officiels affichĂ©s : « que le suivi de l’activitĂ© sera fait sous formes de statistiques agrĂ©gĂ©es ne permettant pas d’identifier les personnes et prend acte du fait que le prĂ©sent traitement n’a pas pour finalitĂ© le contrĂŽle individuel des agents ».

Nous n’avons jamais Ă©tĂ© dupes et les dĂ©rapages rĂ©currents de RUCS et RUDS sur le sujet tendaient dĂ©jĂ  Ă  se multiplier. DĂ©sormais le masque tombe et la DGT assume de s’asseoir sur les engagements pris devant les agents et surtout devant la CNIL.

Mais qu’attendre d’une administration qui, encore rĂ©cemment, n’a pas Ă©tĂ© gĂȘnĂ©e de passer Ă  son encadrement intermĂ©diaire des instructions afin de gonfler artificiellement les chiffres sur les PSI et faire plaisir Ă  la ministre PENICAUD. A tel point que le CNIT a fini par recadrer de cette mascarade en avril dernier. La direction du ministĂšre ne respecte pas notre travail, ne respecte pas les agents, c’est entendu. Devant de tels procĂ©dĂ©s, on se demande si elle se respecte elle-mĂȘme.

And the winner is
?

Dans cette fuite en avant, il faut toujours quelques collaborateurs zélés pour se distinguer. RhÎne-Alpes a la palme.

LĂ  oĂč la DGT ne demande, officiellement du moins, qu’un fichage de ceux qui ne remplissent pas WIKI’T, certains hiĂ©rarques ont dĂ©cidĂ© de faire plus fort en appliquant des seuils de productivitĂ© obligatoires. C’est ainsi qu’en Direccte RhĂŽne-Alpes, certains agents ne remplissant « pas assez Â» ne sont Ă©galement trouvĂ©s convoquĂ©s par leur hiĂ©rarchie locale. Sur la base de quels critĂšres ? Le pĂŽle T a phosphorĂ© et Ă©tabli une mĂ©diane de la moyenne (ou l’inverse), tous ceux qui se trouvent en dessous du seuil dĂ©crĂ©tĂ© ont Ă©tĂ© fichĂ©s. DĂšs lors que l’on Ă©tablit un seuil d’activitĂ© basĂ© sur une productivitĂ© attendue, on peut ĂȘtre sĂ»r que celui-ci a vocation Ă  augmenter les annĂ©es suivantes.

gosplan stakhanov URSS

gosplan stakhanov URSS

On le voit le dĂ©lire de la politique du chiffre est sans fin et n’a pas vocation Ă  s’arrĂȘter de lui-mĂȘme si l’on n’y rĂ©siste pas.

Nous appelons les agents à refuser collectivement ces convocations pré-disciplinaires.

Nous appelons tous les agents à sauvegarder le sens de leur travail en ne cédant pas à la pression de la politique du chiffre.

Nous appelons tous les agents victimes Ă  saisir la CNIL.

Nous appelons l’encadrement intermĂ©diaire, s’ils ont encore une peu de conscience professionnelle et de respect pour le service public, Ă  refuser d’ĂȘtre utilisĂ©s Ă  une entreprise de dĂ©lation.

L’idĂ©ologie managĂ©riale comme seule boussole de la DGT

DerriĂšre cette fuite en avant politique qui peut paraĂźtre, Ă  juste titre, complĂštement folle et destructrice pour les agents et au final de l’ensemble des services, il y a bien une orientation qui est tout sauf originale. Vincent de Gaulejac, sociologue du travail, appelle cela la « nouvelle gouvernance managĂ©riale», soit un ensemble d’élĂ©ments interdĂ©pendants associĂ©s :

1) l’intensification et la flexibilitĂ© du travail – « faire plus, mieux et plus vite avec moins » ;

2) l’évaluation – « la folie Ă©valuatrice » – fondĂ©e sur des dimensions quantitatives, sur des indicateurs chiffrĂ©s,

4) l’individualisation,

5) l’instrumentalisation des salariĂ©s/agents Ă  des fins managĂ©riales
 (et non Ă  des fins de services rendus aux usagers dans le cas d’un service public)

Les consĂ©quences lors de leur mise en Ɠuvre sont chaque fois les mĂȘmes : coĂ»ts sociaux, perte de sens, dĂ©gradation de l’amour du mĂ©tier, injonctions paradoxales, travail empĂȘchĂ©, culte de l’urgence, dĂ©ni de reconnaissance, statuts et identitĂ©s bousculĂ©s, etc. La plupart de ces causes agissent de maniĂšre interdĂ©pendante et coordonnĂ©e par des techniques de gestion, aussi bien dans le privĂ© que dans le public. Les effets sont donc cumulatifs et vĂ©cus le plus souvent sur le mode individuel, les collectifs Ă©tant progressivement dĂ©litĂ©s.

Plus particuliĂšrement les pratiques managĂ©riales se sont dĂ©veloppĂ©es autour de la politique du chiffre, de la « lean production », de la culture de la « haute performance Â» exclusivement centrĂ©e sur l’amĂ©lioration des rĂ©sultats financiers et qui ont envahi progressivement le service public.

Ainsi sitĂŽt que l’on Ă©largit le regard, non seulement la politique suivie par la DGT est tout sauf originale, mais elle ne fait que singer l’idĂ©ologie managĂ©riale qui s’est d’abord dĂ©veloppĂ© dans le secteur privĂ© pour l’appliquer au secteur public et le dĂ©truire de l’intĂ©rieur.la hiĂ©rarchie c'est comme les Ă©tagĂšres plus c'est haut moins ça sert

la hiérarchie c'est comme les étagÚres plus c'est haut moins ça sert

La politique du chiffre n’est donc pas un moyen de sauver nos services en justifiant de notre utilitĂ© auprĂšs d’une autoritĂ© politique qui se soucierait de nous en fonction du taux de remplissage de WIKI’T. Les suppressions de postes sont dĂ©jĂ  actĂ©es jusqu’en 2022 et seule la lutte peut les empĂȘcher.

En revanche la politique du chiffre est bien le cheval de Troie de l’idĂ©ologie managĂ©riale qui va dĂ©truire jusqu’au sens mĂȘme de notre travail et tout idĂ©e de service public, au profit d’une valorisation permanente Ă  la main d’un encadrement toujours plus dĂ©connectĂ© du travail du rĂ©el et centrĂ© sur lui-mĂȘme.

Pour notre part, nous continuons Ă  penser, et Ă  revendiquer, que nous n’avons pas besoin de plus de pilotes, de chefs, de sous-chefs pour effectuer des mĂ©dianes de la moyenne Ă  destination des Ă©chelons du dessus, mais d’agents de terrain pour un rendre un service public de qualitĂ© au service des salariĂ©s.




Source: Cnt-tas.org